Affichage des articles dont le libellé est 1968. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 1968. Afficher tous les articles

mercredi 30 janvier 2013

PINK FLOYD A Saucerful of Secrets (1968)

Pink Floyd - A Saucerful of Secrets
Psychédélisme/Progressif/Space Rock/Expérimental (Grande-Bretagne)


Un disque de transition… Le groupe navigue désormais sans véritable capitaine, de manière un peu irrationnelle. Une nouvelle fois enregistré à Abbey Road, A Saucerful of Secrets reste également le dernier album marqué par la patte de Syd Barrett (enfin le bout des doigts), avec notamment le morceau ‘Jugband Blues’, dopé par la participation très improvisée de membres de l’Armée du salut, et dans lequel on retrouve un tout petit peu l’esprit du premier album. Progressivement remplacé par David Gilmour, Syd Barrett joue pourtant sur d’autres morceaux, mais il semble devenir fantôme, sans prise sur le réel, et sous l’emprise des drogues en vigueur…

Roger Waters, David Gilmour, Richard Wright & Nick Mason : il faudra donc composer avec.

Emmené par quelques titres de renom, comme ‘Let There Be More Light’ et ‘Set the Controls for the Heart of the Sun’ écrits par Waters, le groupe prépare une musique toujours plus expérimentale, presque comme une fin en soi, ce qu’on pourrait éventuellement leur reprocher. En tout cas, leurs univers sonore intrigue et met le cap sur le cœur de la musique expérimentale, en proposant une expérience auditive. Une nouvelle ère est lancée, un nouveau groupe aussi, le nom et la popularité croissante étant les matrices sur lesquelles se grefferont des albums à géométrie variable, et donc bien différents les uns des autres.

Pour l’écriture de A Saucerful of Secrets, on retrouve également Rick Wright pour deux morceaux à l’empreinte sixties surannée vraiment très agréable et prenante : ‘Remember a Day’ et ‘See-Saw’, ce dernier plus dans une veine psyché-prog, notamment grâce à l’usage du mellotron. Mais l’on rencontrera davantage l’aspect progressif dans ‘A Saucerful of Secrets’ : plus conceptuel, ce morceau spatial reste aussi le plus long du disque (une douzaine de minutes) et montre le groupe sous un jour encore plus ambitieux, avec cette volonté de créer des paysages sonores, de construire une composition sur la durée, articulée en quatre parties se voulant évocatrices.

En fait, si thématiquement on retrouve encore un aspect « spatial », le groupe ourdit également une dynamique de space rock plus ou moins embryonnaire et parfaitement préparée par les guitares flottantes de Gilmour et les atmosphères de Rick Wright. La composante mystique est d’ailleurs bien présente, avec notamment une influence orientale disséminée par endroits. Dans les titres plus anecdotiques et moins aventureux, je note tout de même ‘Corporal Clegg’, que j’aime bien, mis à part la mélodie forcée au kazoo, qui a particulièrement mal vieilli. Le son du morceau est très sixties, et demeure une forme de contrepoint aux Beatles. N’oublions pas que ces derniers ont enregistré leur Sergent Pepper à Abbey Road à peu près en même temps que Piper des Floyd ; les groupes savent à peu près ce que font leurs contemporains et baignent de façon plus ou moins volontaire dans le même son, celui d’une époque.

A Saucerful of Secret ressemble à un disque psychique, un peu déroutant, préférant un scientisme parfois un peu naïf au règne de l’émotif, mais restant avant tout une belle pièce clair-obscur (et plus obscure que claire) pour laquelle j’éprouve une certaine nostalgie, celle de l’époque à laquelle je l’avais découvert, et qui offrait à moi un nouveau monde de possibles.

Note : 4,5/6

lundi 9 juillet 2012

Van MORRISON Astral Weeks (1968)

Van Morrison - Astral Weeks
Folk / Psyché / Jazz / Blues (Irlande du Nord)


Sérénité. S’il y a bien un terme que j’ai envie d’utiliser, un peu exceptionnellement, pour décrire cette musique qui semble nous échapper, c’est bien « sérénité ». Astral Weeks est une ode à la sérénité. Et un voyage vers les étoiles, accessoirement. Van Morrison, en 1968, nous offre un opus classieux, une musique au croisement des courants folk et psyché, des héritages blues et classique, avec une influence jazz et des connexions soul. À la fois amateur des grands espaces sonores et de la minutie de la chamber pop, Van Morrison dévoile un des grands classiques des années 60. La liberté artistique reste au service d’une musique subtile et agréable, céleste, dans laquelle sa voix s’épanche et navigue sur un lit de cordes, de guitares folk et de percussions légères. Astral Weeks réinvente la narration musicale, devenant une forme de flux de pensées vocales en apesanteur. Les titres du disque sont autant d’itinéraires, de tableaux impressionnistes évoquant nos errances, à travers les temps et les espaces : projection spirituelle d’une enfance révolue sur son fils adopté (‘Beside You’) ; ballade mystique dans un Belfast révolu propice à l’imagination et aux rêves (‘Cyprus Avenue’) ; célébrations des espoirs lumineux et des promesses du futur, teintées de romantisme (‘Sweet Thing’ & ‘Astral Weeks’), pour renaître… Et puis il y a cette traversée parmi les astres avec ‘Madame George’, le plus grand titre de l’opus à mon sens. Une odyssée onirique et scintillante, sillonnant nos pensées les plus intérieures. Astral Weeks demeure une œuvre sophistiquée, mais authentique, interprétée grâce à une forme de spontanéité inspirée des cieux. Et avec une sérénité qui ressemble davantage à une libération.

Note : 6/6

dimanche 1 juillet 2012

THE LEFT BANKE There's Gonna Be A Storm (1967-69)

The Left Banke - There's Gonna Be A Storm
Pop baroque (U.S.A.)


There’s Gonna Be A Storm est une compilation de 1992 rassemblant le contenu des deux principaux albums de The Left Banke : Walk Away Renée/Pretty Ballerina (1967) & The Left Banke Too (1968), qui raviront tous les amateurs de pop sixties raffinée et distinguée, dite « baroque ». On y compte aussi les singles ‘Ivy Ivy’/’And Suddenly’ (mars 67), et ‘Myrah’/’Pedestal’ (novembre 69)...

Le premier renforça les désaccords au sein du groupe (enregistré par Michael Brown et des musiciens de session, également sous le nom de The Left Banke), le second fut engendré à la suite d’une reformation. Les problématiques de line up sont donc multiples. D’autant que je ne saurais oublier la forte implication de Michael Brown dans Montage, autre groupe de renom évoluant dans le même genre. Un seul disque au compteur pour cette formation, mais de bonne facture. Nous aurons peut-être l’occasion d’en parler dans une chronique ultérieure.

Mais penchons-nous un peu plus sur There’s Gonna Be A Storm. Plusieurs classiques mélodiques sont évidemment présents : ‘Walk Away Renée’ et ‘Pretty Ballerina’ sur le premier album, ‘Desiree’ sur le second. J’aime vraiment beaucoup ‘Pretty Ballerina’, une magnifique mélodie typique de l'époque, deux minutes 30 en or fin. À noter que ‘Walk Away Renée’ fut repris par Sylvie Vartan avec ‘Quand un amour renaît’ (vous admirerez au passage le petit tour de passe-passe avec « Renée » devenu « renaît »). Enfin, ‘Desiree’ figure aussi sur l’album de Montage (à l’instar de ‘Men Are Building Sand’), sous un autre enregistrement.

Ce n’est pas tout. Parmi les meilleurs morceaux, on note ‘Barterers And Their Wives’, ‘Lazy Day’ et surtout ‘Shadows Breaking Over My Head’ sur le premier album ; ‘Dark Is The Bark’ (avec la présence du jeune Steven Tyler, future figure d’Aerosmith), ‘Sing Little Bird Sing’ (très mélodique, je dois avouer avoir eu un peu de mal avec cette chanson au départ), ‘Give The Man A Hand’ (très chantant aussi, avec une fin bien maîtrisée, très instrumentale), et ‘There’s Gonna Be A Storm’ sur le second opus. Sur ce dernier on recense aussi, et sans surprise, de solides inflexions Beach Boys (le très bon ‘My Friend Today’, voire ‘Goodbye Holly’).

Certes tout n’est pas parfait, loin s’en faut. J’ai parfois (et même souvent) du mal à décoller à certains moments. Paradoxe d’une pop riche dotée d’éléments mélodiques et d’arrangements parfois un peu faciles, un peu chiches. Mais bon, à part ‘What Do You Know’ voire ‘Nice To See You’ (pour son refrain un peu niais), chacun sur un album, il n’y a pas de gros ratage. Cette compilation, à cheval entre l’anthologie et l’intégrale, est donc une chance d’avoir en face de soi l’essentiel d’un groupe incontournable dans le genre. Même si The Left Banke ne fait pas vraiment partie de mes artistes favoris, je ne saurais négliger les passages musicaux qu’ils ont su ourdir avec grand talent.

Note : 4,5/6

mardi 17 avril 2012

THE SOFT MACHINE Vol. 1 (1968)

The Soft Machine - Vol. 1
Psychédélisme / Jazz Prog (Angleterre)


Mon rapport avec Soft Machine a dû se faire en deux temps. Assez jeune (16 ans ?), mon regard a croisé les disques du groupe dans une discothèque (l’endroit où on emprunte des albums, pas là où on danse hein…). Il devait s’agir du volume 6, enfin je ne sais plus trop. Je l’avais emprunté je crois, mais je n’ai pas réussi à en maîtriser vraiment le contenu. J’étais en tout cas bien intrigué par la présence de ce machin. L’essentiel pour commencer, paradoxalement.

C’est plutôt durant mes premières années de fac en sciences humaines que j’ai décidé d’approfondir ma connaissance du groupe. Et donc de réellement débuter, mais d’arrache-pied. Les volumes 1, 2 & 5 étaient les passeports dédiés à cette découverte. Et ils furent abordés, eux aussi, dans une discothèque locale. Que de souvenirs… C’était vraiment la symbiose culturelle : des bouquins de philo scientifique et des disques de Soft Machine, entre autres. Voilà pour le quart d’heure disco-autobiographique.

Le premier Soft Machine fut enregistré à NY, entre deux tournées avec The Jimi Hendrix Expérience. Les acteurs en présence étaient Robert Wyatt, multi-instrumentiste mais avant tout chanteur-batteur, fringant et explosif ; Kevin Ayers, guitariste créatif, construisant également les fondations de la machine avec tout le poids de sa basse ; Mike Ratledge, l’érudit, le philosophe, le poète, muni de son orgue ronflant, volubile et endiablé. Alors ça pulse, ça éructe, ça va dans tous les sens, ça euphorise, ça électrise. Un vrai fatras. La machine est en marche.

On peut ajouter quelques remarques sur le line-up pour mieux cerner la galaxie Canterbury à venir. À l’origine, The Soft Machine fut formé en 1966 avec David Aellen, qui créa Gong ultérieurement. C’est un peu un signe du destin, car un problème de visa l’empêcha de retourner en Angleterre avec Soft Machine après un séjour en France ; et c’est à partir de ce moment-là que son projet personnel commença à émerger. De plus, on note les participations de Brian Hopper (guitariste/saxophoniste, écriture de ‘Hope for Happiness’, arrangé par le trio) et surtout de son petit frère Hugh Hopper (roadie, basse) qui écrivit la musique de ‘Why Am I So Short?’, de ‘A Certain Kind’, et joua de la basse sur ‘Box 25/4 Lid’. Par ailleurs, ajoutons que les connexions avec Hendrix sont évidentes puisque Chas Chandler se trouve à la production (en compagnie de Tom Wilson connu entre autre pour son travail avec le Velvet Underground). Cela peut nous permettre de mieux cerner le style du disque.

Alors qu’est-ce qu’il nous dit le premier volume de Soft Machine ? Eh bien pas mal de choses, peut-être en désordre encore, on ne sait pas bien. C’est une grammaire, une nouvelle syntaxe, une étrange sémantique. Ce sont des idées, des illuminations, des directions, des esquisses. L’esthétique progressive reste à faire en 1968, et Soft Machine se repose sur un background conceptuel psychédélique en y ajoutant une dynamique jazz. Soft Machine tente dès lors de fusionner à sa manière le rock et le jazz. Cela est voué à devenir du Canterbury, un genre aussi à construire, pour qu’il ne reste pas uniquement le nom d’une banlieue londonienne. Avec le volume 1, on reste cependant plus proche du psychédélisme floydien que du Canterbury proprement dit.

Le volume 1 est globalement assez court et accessible, même si morcelé en plusieurs petits titres, parfois autour d’une minute. La tâche majeure est de déceler le sens, les relations entre les morceaux, et de déconstruire le tout. Le disque est pourtant marqué par une forme de continuité en filigrane, soutenue par des rappels, des dialogues entre compos... Cette continuité peut se poursuivre en concert, avec un autre déploiement, celui de l’improvisation, plusieurs titres de ce premier volume demeurant un creuset pour ce type d’exercices.

L’album s’ouvre avec une trilogie pouvant être groupée en un seul morceau : ‘Hope for Happiness’ / ‘Joy Of A Toy’ / ‘Hope for Happiness’ (reprise), autour de 9 minutes au total. Très original et personnel, il incorpore tout un tas d’ingrédients typiques : la voix reconnaissable de Wyatt, et sa batterie dynamite qui percute, l’orgue bouillonnant de Ratledge, les échos de guitares d’Ayers soutenues par la basse… Un premier pas dans l’univers de Soft Machine parfaitement accompli !

La deuxième section du disque propose le morceau le plus long, le spontané et pétulant ‘So Boot If At All’, réussite éminente, accompagnée de son introduction ‘Why Am I So Short?’. On reste encore loin de ce qu’ils feront sur le volume 3 bien sûr, mais ‘So Boot If At All’ est attractif à plus d’un titre, pour son rythme groovy, son orgue bourdonnant, ses sections instrumentales euphorisantes, ses larsens, son soli de batterie qui gicle de partout, ses ambiances uniques… un classique ! Il débouche sur un des morceaux les plus mélodiques de l’album, ‘A Certain Kind’, dotée au départ d’une timidité un peu mélancolique.

La troisième section (si l’on veut), davantage modulable, pourrait contenir ‘Save Yourself’ et ‘Lullabye Letter’, entrecoupés par les lignes d’orgue manzarekien et magicien de ‘Priscilla’. À leur suite entre en scène le têtu et bref ‘We Dit It Again’, forme de ‘You really got me’ kinksien, que les instruments semblaient déjà chanter sur ‘So Boot If At All’ (à 2:13), et qui peut durer jusqu’à une quarantaine de minutes en live. L’album se termine sur un hymne final, ‘Why Are We Sleeping?’, plus mélodique que le reste du disque, complétée en amont d’une intro : ‘Plus belle qu’une poubelle’. Il débouche sur le court ‘Box 25/4 Lid’, me donnant envie d’écouter ‘Sweet Leaf’ de Black Sabbath (!), et achevant ce disque vif et tumultueux.

Et l’histoire parla. À l’aube du mouvement progressif, comportant déjà certaines de ses ambitions, le premier volume de Soft Machine développe le psychédélisme sous d’autres horizons hippies, pataphysiques et faussement intellos. Le tout avec cette sensibilité que l’héritage jazz a offert. Du grand art, du pop art, bref du prog art et le début fracassant d’un groupe déchirant la fin des 60’s pour y laisser transparaître sa raison et ses lumières.

Note : 5,5/6

lundi 26 mars 2012

THE BYRDS The Notorious Byrd Brothers (1968)

The Byrds - The Notorious Byrd Brothers
Folk Rock / Psychédélisme (U.S.A.)


C’est vrai, l’histoire des Byrds c’est l’histoire de changements de styles, mais aussi de tensions et donc de line up. Et avec ce cinquième album, on assiste à de vrais chamboulements. Déjà, David Crosby sera viré pendant les sessions. Même punition pour Mickael Clark : faux départ, puis faux retour, puis vrai départ. Gene Clark lui-même fera aussi un aller-retour pour 3 semaines de sessions, avant de réapparaître en 1973. Cela dit, sa présence est difficile à déceler dans ce cinquième disque. Enfin bref, tous ces éléments aussi significatifs soient-ils, ne sauraient nous faire oublier la musique, assez éloignée de ces rebondissements tumultueux.

Homogène et équilibré, The Notorious Byrd Brothers est la dernière pièce à l’édifice psychédélique que le groupe a construit ces trois dernières années. L’ensemble donne l’allure d’un folk rock souple et éthéré, éclectique et homogène à la fois, plutôt expérimental, voire un chouilla progressif. Formant un tout, les différents genres et influences coexistent, s’imbriquent, se mélangent, et ce parfois au sein d’un même titre. Au niveau des instruments, l’album est marqué par l’apparition du synthé Moog, spatial et psyché, et de la pedal steel guitar, donnant une tonalité country aux morceaux et préfigurant la prochaine mue dans le disque suivant. L’atmosphère est parfois rurale, voire faussement écolo, et semble s’accorder à l’ethos, à l’idéal hippie.

The Notorious Byrd Brothers comporte deux classiques, écrits par Gerry Goffin / Carole King : le single ‘Goin’ Back’, léger et évocateur, contenant une forme de nostalgie lumineuse, pourtant décrié par David Crosby (une reprise à contre-courant de leur dynamique de songwriting personnel) ; et ‘Wasn’t Born to Follow’, titre libre et enjoué, assez renommé dans la discographie du groupe. Pourtant je retiendrais avant tout le très soigné ‘Get to You’, un des meilleurs morceaux du groupe, pas si loin de la délicatesse de Gentle Giant et des Beach Boys. D’après McGuinn l’écriture de ce titre revient aussi à Clark, ce qui au final n’est guère étonnant. J’ajouterais enfin ‘Tribal Gathering’, plus chaloupé, et ‘Old John Robertson’ que l’on avait déjà découvert comme face B du très bon single ‘Lady Friend’, sous un autre mix.

Parmi les titres périphériques au disque, pensons immédiatement à ‘Triad’, dans lequel David Crosby prend son envol en songwriting. Le morceau sera d’ailleurs légué à Jefferson Airplane et aussi réinterprété par son auteur, avec Stephen Stills, Graham Nash & Neil Young. Ce titre a semble-t-il été plus ou moins un prétexte de dispute entre les Byrds et a sans doute renforcé un peu plus l’idée d’un départ pour Crosby.

Pour terminer ce petit cycle de chroniques du groupe, je me permets un petit listing indicatif des morceaux que je préfère, reprises ou non. Je ne tiens compte que des cinq premiers albums, et cette liste suit leur ordre chronologique :

‘Spanish Harlem Incident’
‘The Bells of Rhymney’
‘Chimes of Freedom’
‘Turn! Turn! Turn!’
‘If You’re Gone’
‘I See You’
‘Eight Miles High’
‘John Riley’
‘Everybody’s Been Burnt’
‘My Back Pages’
‘Lady Friend’
‘Wasn’t Born To Follow’
‘Get to You’
‘Tribal Gathering’
‘Triad’

L’héritage Byrds se poursuit bien sûr après The Notorious Byrd Brothers. Les Byrds, groupe novateur, hydre à plusieurs têtes, en proie au changement incessant (line up et style), auront en tout cas influencé beaucoup d’artistes majeurs : les Beatles de façon réciproque, Jefferson Airplane, R.E.M., Bruce Springsteen (lui-même influencé directement par Seeger et Dylan), The Smiths, Big Star…

Note : 4,5/6

mercredi 22 septembre 2010

THE Jimi HENDRIX EXPERIENCE Electric Ladyland (1968)

The Jimi Hendrix Experience - Electric Ladyland
Méditation psychédélique et guitaristique (U.S.A.)


Impossible de nier l’aura lumineuse et électrique présente autour de ce disque presque sacré. L’impact de Jimi Hendrix, admis à l’unanimité, se situe au moins à deux niveaux : au sein de la musique noire, qu’il renouvelle, et dans le milieu de la guitare, qu’il révolutionne. Les deux se joignant sur un terrain historique et artistique : sa revisitation du blues. Plus spécifiquement, l’apport d’Electric Ladyland proprement dit se répercute dans le courant psychédélique, puisque Hendrix en livre ici un de ses classiques, mais aussi dans les techniques de production et d’enregistrement musicaux, sous la direction d’Eddie Kramer. Entre liberté artistique et perfectionnisme de la forme, vous l’aurez compris, nous sommes au carrefour de divers styles.

Entre culte rebelle de l’instant présent et recherche laborieuse d’un son qu’il fera justement vivre en concert, l’icône Hendrix livre ici un free from blues, acide et explosif, exubérant et torturé. Il dessine alors des paysages soniques, luxuriants et pyrotechniques, muni de sa guitare flamboyante, instrument qu’il enlace comme une femme, ardente et fougueuse. Difficile de passer à côté de la dynamique de ‘Crosstown Traffic’, du long jam héroïque de ‘Voodoo Chile’, de la rage classieuse de ‘Voodoo Child (Slight Return)’, leçon de guitare pour le siècle, et de l’odyssée psychédélique de ‘1983…’. Je garde une place particulière pour l’excellence de ‘All Along the Watchtower’, reprise de Dylan, morceau enivrant et plein d’entrain, mystique et prophétique, un titre qui éclabousse les âmes musicales de son génie, animé par un souffle romantique.

Notons cependant que ces morceaux de prestige, passionnels et passionnés, animés et cathartiques, sont aussi le fruit de l’Experience : Noel Redding (même si des différends règnent avec Hendrix) & Mitch Mitchell sont également les artisans de ces brûlots qui n’auraient pu aboutir sans la communication spirituelle et artistique entre les trois musiciens expérimentés. Mais attention toutefois encore : le concept de trio s’en voit lui-même dépassé car d’autres artistes sont invités au festin, avec entre autres, Chris Wood (de Traffic, flûte sur ‘1983’), Steve Winwood (de Traffic, orgue sur ‘Voodoo Chile’), Jack Casady (de Jefferson Airplane, basse sur ‘Voodoo Chile’), Al Kooper (Dylan & Blood, Sweet & Tears, piano sur ‘Long Hot Summer Night’), Buddy Miles (batterie sur ‘Rainy Day’ & ‘Still Raining’)…

Pour tous ces éléments, pour cette ferveur, cette créativité, cette aura, Electric Ladyland devient ainsi une véritable bible, un recueil guitaristique pour les décennies à venir, l’aboutissement ultime d’une formation emmenée par un musicien émérite et charismatique, prophète marchant dans les pas des 3 rois : B.B. King, Albert King, et Freddie King, mais aussi dans ceux d’Elmore James et de Muddy Waters, entre autres bien sûr... Electric Ladyland reste la musique d’une époque, celle qui vous donne envie de traverser l’Amérique urbaine. La musique d’une époque révolue mais éternelle, et en même temps l’ouverture de toutes les portes du futur… Dernier disque avec l’Experience, Electric Ladyland reste d’ores et déjà le testament d’un son, d’un état d’esprit, d’un surhomme.

Note : 6/6

dimanche 6 juillet 2008

SMALL FACES Ogdens' Nut Gone Flake (1968)

Small Faces - Ogdens' Nut Gone Flake
Pop-Rock/Psychédélisme/Concept (Angleterre)


Au moment où touche à sa fin la première vague du mouvement mod, progressivement dépassé par le psychédélisme, Ogdens’ Nut Gone Flake émerge comme l’album marquant l’apogée de la carrière des Small Faces. Mettant en évidence un son qui leur est propre, ce disque des Small Faces présente leur façon de créer un rock énergétique, les plaçant d’une certaine manière parmi les Pretty Things, les Kinks et les Who.

Aussi, bien qu’influencés par le folk et le psychédélisme triomphant, les Small Faces n’en demeurent pas moins un symbole de la culture mod. Mais ils vont ici plus loin. En effet, cet album propose dans sa seconde partie une histoire, un peu à l'image de S.F. Sorrow des Pretty Things et de Tommy des Who, œuvres néanmoins bien plus maximalistes. N’oublions pas non plus que les mods furent influencés par la musique noire qu’ils aimaient tant écouter. Et la musique noire… c’est aussi Jimi Hendrix ; la ligne de basse de ‘Song Of A Baker’ ou l’énergie de l’intro de ‘Rollin’ Over’ ne sont pas sans rappeler un peu son style.

Le pop-rock élégant des Small Faces, emmené par la paire Steve Marriott / Ronnie Lane, peut nous offrir d'autres bons moments. Parmi ceux-ci, on retient tout d’abord le morceau-titre, introduction éclatante et classieuse, typiquement british, dans l'esprit du disque. Si le deuxième morceau, ‘Afterglow’, n’est pas forcément exempt de tout reproche, il valorise au moins le chant juste, énergique et magnétique de Steve Marriott, tout comme le son des guitares, légèrement lourdes, saturées et grésillantes. Pensons aussi à ‘Long Agos And Worlds Apart’, rappelant les Byrds, et bien évidemment au titre emblématique ‘Lazy Sunday’, axé Kinks/Beatles.

Comme dit précédemment, la seconde partie raconte une sorte de comptine évoquant les interrogations d’un jeune homme sur l’aspect de la lune, et plus exactement sa quête de la partie manquante de l’astre. À l’issue d’un voyage sur le dos d’un insecte ailé, Mad John lui apporte alors les réponses attendues… Bref, la moquette a encore du souffrir... En tout cas, entre pas mal de blablas (récit oblige), on aura au moins l’occasion de tomber sur l’élégance baroque de ‘Happiness Stan’ et sur deux très bonnes mélodies : celles de ‘The Hungry Intruder’ et de ‘Mad John’. Et cela malgré une fin de disque, ‘Happydaystoytown’, peut-être trop typée.

Dans l’ensemble, Ogdens’ Nut Gone Flake est un disque respirant la classe britannique, et présentant un songwriting de qualité. Les Small Faces nous propose un album avec une réelle identité, ce qui n’est pas une mince affaire tant la concurrence fut rude durant la période 68, riche en opus d’excellence.

Note : 5/6

vendredi 20 juin 2008

THE ZOMBIES Odessey & Oracle (1968)

The Zombies - Odessey & Oracle
Pop « baroque » (Angleterre)

Odessey & Oracle est un véritable testament. C’est en effet après la séparation des Zombies que ce magnifique disque de pop éclatante et shakespearienne sortait dans les bacs, accompagné d’un étonnant single : ‘Time Of A Season’… Musicalement, cet album allait beaucoup apporter, et je dirais même : historiquement. Cet opus élégant et mélodieux reste en effet un des premiers disques à montrer l’usage astucieux de cet instrument si magique : le mellotron. De manière générale, la musique des Zombies donne en tout cas une place prépondérante aux vocaux typés Beach Boys et aux mélodies soignées du piano, comme l’atteste l’excellent premier titre, ‘Care of Cell 44’, contant le retour au bercail d’une jeune fille après son séjour… en prison. On note aussi l’enjoué ‘Friends Of Mine’, et le fier ‘This Will Be Our Year’. Cette flamboyante collection de pop songs exubérantes, feutrées et résolument british est façonnée par la paire Chris White / Rod Argent. Leur songwriting avisé et de très haute tenue permet la création d’un titre exceptionnel comme ‘Beechwood Park’ et de l’inquiétant ‘Butcher’s Tale’. Enfin… comment parler de ce disque prestigieux qu’est Odessey & Oracle sans évoquer la grande sensibilité romantique dont il fait preuve ? ‘A Rose For Emily’, ‘Maybe After He’s Gone’, ‘Brief Candles’, ‘Hung Up On A Dream’ sont autant de morceaux tendres, fragiles et généreux. Très solide instrumentalement, cet album coquet, pimpant et précieux, délivre ainsi avec panache une musique cohérente et homogène, colorée et vivante, insufflant une bouffée d’air frais supplémentaire dans une époque riche en rebondissements et en œuvres musicales de qualité. Brillant.

Note : 5,5/6

vendredi 28 juillet 2006

RED KRAYOLA God Bless the Red Krayola and All who Sail with It (1968)

Red Krayola - God Bless the Red Krayola and All who Sail with It
Psychédélisme / Expérimental (Etats-Unis)


Si le premier opus du groupe était un kaléidoscope musical de morceaux nébuleux, acides et colorés, le deuxième album est un feu d'artifice de vingt titres expérimentaux de très courte durée, entre quelques secondes et trois minutes environ. Mayo Thompson et Steve Cunningham nous guident pour cette nouvelle croisière expérimentale et sont accompagnés de Tommy Smith aux percussions. Sorti à la place de Coconut Hotel et boudé par International Artists, God Bless... est une oeuvre de miniaturisation artistique. Il ne s'agit donc plus de micro-symphonies aux textures élastiques comme sur The Parable of Arable Land mais d'un travail sur des surfaces et des volumes sonores bien plus petits.

Ce second album semble a priori difficile à appréhender. L’ensemble n’est pas très catchy et mélodique, et les morceaux sont si courts qu’on a parfois du mal à vraiment rentrer dedans. La musique de Red Krayola se veut pourtant « directe » : elle s'adresse directement aux gens, sans détours. Elle concerne aussi directement la musique en général, celle peuplée par les sons du monde entier : une musique internationale en quelque sorte. Alors voilà le paradoxe : la musique la plus directe serait finalement la plus difficile d'accès ?

L'ensemble des morceaux de God Bless… se trouve parfois dans la lignée des travaux de John Cage, et suivent les voies du dadaïsme et des illuminations puissantes liées aux drogues et autres acides (un peu comme les premiers Barrett). Ce recueil obéit aux lois de la fragmentation et de la déconstruction, produisant un résultat ambigu dépourvu de toute linéarité. God Bless... regorge d'explosions sèches et d'éruptions orgiaques et rythmées, de compositions minimalistes et chaotiques, de recherches sonores contorsionnistes... mais se rapproche dangeureusement du punk (‘Dairymaid's Lament’), de la future new wave (‘Leejol’) et du heavy-métal (‘The Jewels of The Madonna’). On retiendra aussi la dynamique rythmique de ‘Save the House’ et les tentatives expérimentales de ‘The Shirt’.

Néanmoins, l’expérimentation comme fin en soi n’est pas systématiquement synonyme de réussite ou de plaisir. Je refuse aussi de m’agenouiller devant une musique sous l’unique prétexte qu’elle est en avance sur son temps. Ce qui me gêne dans God Bless…, c’est que ce disque présente davantage des idées que des morceaux. Or, les premières ne sont intéressantes qu’à partir du moment où elles sont bien intégrées dans les seconds. Ainsi, la lumière de la créativité de Red Krayola pourra peut-être éclairer 40 ans de musique futuriste mais son côté trop hermétique m’empêche de participer véritablement au voyage.

Note : 4/6

dimanche 16 juillet 2006

THE PRETTY THINGS S. F. Sorrow (1968)

The Pretty Things - S.F. Sorrow
Pop/Rock/Psychédélisme (Angleterre)


Coup de théâtre : l'Angleterre nous livre son premier « opéra rock » de l’histoire. Un retournement de situation dans la carrière des Pretty Things, qui deviennent avec ce disque des artistes majeurs et influents, mais pas encore vraiment populaires. Notons que Pete Townsend des Who s'est nettement inspiré de ce disque pour construire le célèbre Tommy. Le morceau ‘Trust’ sur SF Sorrow annonce d’ailleurs un peu ‘Christmas’ sur ce concept album des Who. Et dire que les Pretty Things pouvaient faire figure de « mauvais Who » les années passées…

S.F. Sorrow reste dans la logique de leur évolution : rhythm and blues, puis songwriting pop plus marqué, puis registre plus psyché... et aboutissement avec l'oeuvre ici présente. S.F. Sorrow, conte tragique et mystique, est pourvu d'une aura très particulière, s'apparentant ainsi à un trésor lumineux, une pépite dorée dont l'éclat fascine celui qui la possède. Nous sommes en face d'un travail d'orfèvre, ambitieux, original et personnel. Et symbolique. L'alchimie visionnaire et la richesse des titres de S.F. Sorrow captivent. Pop et rock, résolument psyché et expérimental, légèrement proto-punk par instant : les différentes facettes du groupe sont ainsi réunies pour former un mélange exquis, homogène et multicolore.

L'œuvre nous raconte pourtant l'existence malheureuse, et pas nécessairement extraordinaire, d'un homme solitaire et mélancolique : Sebastian F. Sorrow. Sa vie est ponctuée de mésaventures particulièrement tragiques (horreurs de la guerre, solitude, problèmes sentimentaux, disparition de la bien-aimée, culpabilité, flirt avec la mort, etc.). Et la révélation mystique de la rencontre onirique du Baron Saturday n'empêchera pas Sebastian de terminer ses jours dans la misère et la solitude, dans le besoin et dans la peine. S.F. Sorrow est un album riche, renfermant diverses petites scènes contant l'histoire d'un homme ordinaire avec un certain réalisme et un désespoir qui manque à certains disques d'époque (le Sergent Pepper des Beatles par exemple). Il s’agit donc d’une œuvre dramatique et d’un carrefour d'influences à la fois relié au passé et à l'avenir de la musique.

Grâce à leurs mélodies et harmonies, les Pretty Things se rapprochent des Stones et des Kinks. Grâce à leur touche expérimentale, S.F. Sorrow ressemble par moment à l’alter-ego de Piper at the Gates of Dawn, version pop. Et que dire de l'onirisme crépusculaire proche du Blue Marble de Sagittarius, des trous noirs expérimentaux tels ‘Well of Destiny’ et ‘Journey’, de l’accroche de ‘Balloon Burning’ et de ‘Baron Saturday’, des magistraux ‘Death’, ‘Trust’ et ‘Loneliest Person’ ? Ajoutez à cela la mélodie guimauve de ‘Bracelets of Fingers’, le folk aérien et acidulé d’‘I See You’… et vous obtenez un véritable festin psychédélique au songwriting viscéral, sombre et ouvragé, et aux arrangements sophistiqués. Norman Smith, producteur des Floyds et sixième membre des Pretty Things, demeure d’ailleurs une véritable impulsion créatrice pour le groupe.

En plus de la qualité des instrumentations, notons aussi un travail vocal de qualité, qui n'a rien à voir avec les essais hésitants des premiers albums. Forts de ses atouts, S.F. Sorrow est donc le premier rock-opéra britannique de l'histoire et possède une aura inimitable, unique et essentielle pour comprendre le disque. Création et émotion, voilà ce à quoi ont répondu les Pretty Things avec S.F. Sorrow. Ils ont eu raison, ce sont les deux mots d'ordre de tout chef d'oeuvre.

Note : 6/6

vendredi 30 juin 2006

CAN Delay 1968 (1968-69/1981)

Can - Delay 1968
Krautrock (Allemagne)


Avec cette collection de titres enregistrés à l'aube de sa carrière, Can peut se targuer d'aller à l'encontre des conventions musicales de son époque. Cependant, si Delay 1968 n'a certainement pas l'ambition, la cohésion et le génie des œuvres suivantes, il a tout de même le mérite de faire fusionner le jazz et le rock sur fond de culture expérimentale et d’atmosphère garage. Le disque annonce d'ailleurs une partie de la scène punk. Pour ce qui est des morceaux, ‘Butterfly’ ouvre le disque de belle manière. Il s'agit d'un titre stressant, spatial et futuriste, dans lequel une certaine tension est évoquée de façon habile par les différents musiciens. Les rythmiques insaisissables de Karoli, le Hendrix blanc, rencontrent le feeling black de Mooney et se noient dans l'atmosphère étrange provoquée par le synthétiseur à adrénaline d'Irmin Schmidt. Le rythme imposé par Jaki Liebezeit est assez pesant, et la basse de Czukay insistante. ‘Pnoom’, le titre suivant, est un morceau comique de 26 secondes, un quiproquo sonore et malin. Quant à ‘Nineteen century man’ et ‘Man called Joe’, elles ne sont pas forcément marquantes mais présentent une forme de cacophonie rythmée et quelques aspects de la musique de Can qui seront accentués par la suite. Entre ces deux titres s'intercale une belle ballade subtile et tendue, ‘Thief’, dans laquelle la guitare aiguisée et acide de Michael Karoli se met une nouvelle fois en valeur. ‘Uphill’, le petit frère de ‘Sister Ray’ du Velvet, révèle ensuite une prédominance rythmique évidente. La solidité du rythme est une nouvelle fois assurée en très grande partie par la basse de Czukay et évidemment par le jeu de Liebezeit qui prendra encore de l'importance dans les albums suivants, notamment dans la trilogie. Le dernier morceau, ‘Little star of Bethleem’, est perfectible mais rassemble suffisamment d'éléments pour rester néanmoins de qualité et bien symboliser certains aspects artistiques de la musique du groupe. Can pose dès lors avec cette collection des bases artistiques déjà en avance sur son temps et va y ajouter au fil de sa carrière des éléments beaucoup plus ambitieux, déboussolants, inquiétants, élargissant ainsi son concept en intégrant des composantes très expérimentales, sous l’influence de la musique contemporaine et des psychédélismes Barrett-ien et Velvet-ien. Par comparaison, Monster movie, le premier véritable album du groupe, sera un disque logiquement plus homogène, et plus complexe.

Note : 4/6

samedi 20 mai 2006

THE VELVET UNDERGROUND White Light / White Heat (1968)

The Velvet Underground - White Light / White Heat
Rock / Psychédélisme (USA)


Le deuxième album du Velvet est un des disques les plus agréables à chroniquer, même si, paradoxalement, exprimer la valeur de cet opus et les sentiments qu'on éprouve lors de son écoute n'est pas chose aisée. La rencontre de White Light/White Heat se veut une illumination analogue aux sensations abyssales que l'on pourrait éventuellement rencontrer... au pays des drogues. Traverser la musique brumeuse et nébuleuse de White Light/White Heat est une expérience très personnelle.

Ce disque à la mélancolie noire d'encre représente la nature sombre et expérimentale du groupe de Lou Reed : loin des projecteurs Warholiens et de la lumière blanche de Nico, le disque révèle secrètement la pulpe noire et la chaire terne et visqueuse du fruit que le premier album montrait a priori sous des allures jaune-provoc et faussement rose-bonbon. Un disque « essentiel », au vrai sens du terme. Et donc un disque autonome aussi, où la musique, écorchée et distordue à point nommé, est livrée aux caprices fugaces et insolents des vents et marées velvetiens. White Light/White Heat : un paysage lunaire, surréaliste et aphrodisiaque, pays perdu des petits champignons noirs hallucinogènes, vénéneux et gélatineux.

Les influences musicales érudites des musiciens (Copland, Taylor, Cage, Bo Diddley et Chuck Berry) fusionnent avec l'extase juvénile et espiègle de leurs esprits en ébullition pour laisser place à une imagination créatrice et libérée qui repoussera à nouveau les barrières de la musique rock. Le Velvet enfonce le clou, mais avec un disque complètement différent du précédent. En tête de cortège, la chanson-titre, hymne euphorisant, caustique et antalgique, la boogie-dance des cadavres sous amphétamines ; "White Light" correspond aux flashs et "White Heat" à la chaleur intense que provoque la drogue. Puis se distinguent dans la procession trois comptines morbides et funéraires : ‘The Gift’, ‘Lady Godiva's Operation’ et ‘Here She Comes Now’. Feedbacks cafardeux, larsens gris-perçants, dissonances perverses, amplifications hasardeuses, percussions hypnotiques ; les compositions stratifiées fourmillent de détails sonores.

Si ‘Here She Comes Now’ annonce le troisième album du groupe, ‘I Heard Her Call My Name’ annonce l'avant-gardisme du morceau final du disque, l'apothéose : ‘Sister Ray’, un chaos orgiaque, un morceau fondamental dans l'histoire de la musique, dans la destinée du rock (et le mot en devient presque inapproprié). ‘Sister Ray’ est un peu cette terre fertile où se chevauchent avant-gardisme minimaliste (La Monte Young) et jazz volcanique en éruption (Ornette Coleman, John Coltrane, Albert Ayler)... Il s'agit d'un jam studio apocalyptique, vertigineux et claustrophobe, où s'affrontent pendant plus de 17 minutes orgue barbare et guitare-seringue. Ce morceau correspond au système nerveux central, et accessoirement dégénéré, de la carrière du Velvet Underground. Une musique venimeuse et pachydermique, dont le texte joue sur les ambiguïtés lexicales... une rythmique de machine à vapeur, une mélodie titubante, des harmonies délabrées... Les composantes de ‘Sister Ray’ font de ce « truc » le morceau le plus excitant de l'époque.

Asphyxiante et empoisonnée, la musique du Velvet est l'exploration de chemins sinueux, la rencontre d'expérimentations aventureuses, une prophétie voilée et inaccessible. À travers ces six diamants noirs, le deuxième album du groupe nous montre de façon très certaine ce qui pouvait se passer dans la tête des aficionados du milieu underground. Ainsi, White Light/White Heat, subconscient du précédent opus, symbolise une véritable quintessence. Et la conscience obscure de toute une génération.

Note: 6/6





PEARLS BEFORE SWINE Balaklava (1968)

Pearls Before Swine - Balaklava
Psychédélisme / Folk (USA)


Tom Rapp ne peut pas faire deux fois la même chose, deux fois le même album. Certes, Balaklava explore encore une fois un monde obscur et surréaliste en sollicitant une petite formation musicale de chambre, mais ce deuxième album est définitivement plus expérimental que son prédécesseur et laisse encore plus de place aux atmosphères, mettant de côté l'aspect mélodique pur. Tom Rapp et son groupe ont su élargir un univers sonore en y faisant résonner l'écho et la magie de compositions lucides et fertiles. La voix se fait plus légère, les cordes voguent en apesanteur, les cuivres s'évaporent... Violon ensorceleur, cloches scintillantes, bois et vents magiques, illuminations psychiques, visions expérimentales : chez Pearls Before Swine la musique de chambre a su rencontrer le folk psyché et acide des années soixante. Les arrangements sont particulièrement soignés et les musiciens font résonner le murmure de la nature... Le songwriting clairvoyant et translucide du ménestrel Tom Rapp engendre huit compositions de haut niveau, mais donne surtout un aspect métaphysique et surnaturel au disque. Si certains albums d'époque semblaient très terre-à-terre, ceux de Pearls Before Swine s'élèvent vers les cimes de la créativité et de l'imagination. Le groupe cultive une esthétique de chaos minimaliste et de démesure féerique, derrière des chansons retenues, voire timides aux premiers abords. Par ailleurs, si le titre de l'opus évoque la bataille de Balaklava, Rapp en profite curieusement pour condamner une nouvelle fois la guerre du Vietnam : sa fascination pour l’histoire l’inspire réellement dans la composition. Le songwriter voit aussi sa musique comme une « mélancolie constructive », un mélange de réel (guerres de Crimée et du Vietnam, utilisation de bruits courants et réels) et d'irréel (poésie, univers de Tolkien par ex). Avec ‘Trumpet of Landfrey’ la charge est sonnée et de nombreux morceaux apparaissent progressivement pour planter le décor et tracer les contours du monde que Pearls Before Swine veut nous faire explorer (‘Translucent Carriages’, ‘I Saw the World’, ‘Images of April’ et ‘Lepres and Roses’). Quant à ‘There Was a Man’, morceau folk, simple et dépouillé, il s'agit d'un petit chef d'oeuvre miniature qui pourrait rendre Dylan envieux. Et n'oublions pas cette reprise de ‘Suzanne’ de Leonard Cohen, issue de son très bon premier album. Surgissant de la terre féconde ou de la mer brillante, s'évaporant jusqu’au firmament, toutes ces chansons si délicates et célestes font déjà partie des grandes compositions de la décennie. Le disque semble avoir répondu au pari d'allier un folk riche et érudit à des chansons plus accessibles que celles du premier album. L’histoire devra se souvenir de Balaklava, album incontournable, mystique et atemporel.

Note: 5,5/6