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vendredi 28 juillet 2006

RED KRAYOLA God Bless the Red Krayola and All who Sail with It (1968)

Red Krayola - God Bless the Red Krayola and All who Sail with It
Psychédélisme / Expérimental (Etats-Unis)


Si le premier opus du groupe était un kaléidoscope musical de morceaux nébuleux, acides et colorés, le deuxième album est un feu d'artifice de vingt titres expérimentaux de très courte durée, entre quelques secondes et trois minutes environ. Mayo Thompson et Steve Cunningham nous guident pour cette nouvelle croisière expérimentale et sont accompagnés de Tommy Smith aux percussions. Sorti à la place de Coconut Hotel et boudé par International Artists, God Bless... est une oeuvre de miniaturisation artistique. Il ne s'agit donc plus de micro-symphonies aux textures élastiques comme sur The Parable of Arable Land mais d'un travail sur des surfaces et des volumes sonores bien plus petits.

Ce second album semble a priori difficile à appréhender. L’ensemble n’est pas très catchy et mélodique, et les morceaux sont si courts qu’on a parfois du mal à vraiment rentrer dedans. La musique de Red Krayola se veut pourtant « directe » : elle s'adresse directement aux gens, sans détours. Elle concerne aussi directement la musique en général, celle peuplée par les sons du monde entier : une musique internationale en quelque sorte. Alors voilà le paradoxe : la musique la plus directe serait finalement la plus difficile d'accès ?

L'ensemble des morceaux de God Bless… se trouve parfois dans la lignée des travaux de John Cage, et suivent les voies du dadaïsme et des illuminations puissantes liées aux drogues et autres acides (un peu comme les premiers Barrett). Ce recueil obéit aux lois de la fragmentation et de la déconstruction, produisant un résultat ambigu dépourvu de toute linéarité. God Bless... regorge d'explosions sèches et d'éruptions orgiaques et rythmées, de compositions minimalistes et chaotiques, de recherches sonores contorsionnistes... mais se rapproche dangeureusement du punk (‘Dairymaid's Lament’), de la future new wave (‘Leejol’) et du heavy-métal (‘The Jewels of The Madonna’). On retiendra aussi la dynamique rythmique de ‘Save the House’ et les tentatives expérimentales de ‘The Shirt’.

Néanmoins, l’expérimentation comme fin en soi n’est pas systématiquement synonyme de réussite ou de plaisir. Je refuse aussi de m’agenouiller devant une musique sous l’unique prétexte qu’elle est en avance sur son temps. Ce qui me gêne dans God Bless…, c’est que ce disque présente davantage des idées que des morceaux. Or, les premières ne sont intéressantes qu’à partir du moment où elles sont bien intégrées dans les seconds. Ainsi, la lumière de la créativité de Red Krayola pourra peut-être éclairer 40 ans de musique futuriste mais son côté trop hermétique m’empêche de participer véritablement au voyage.

Note : 4/6

dimanche 23 juillet 2006

RED CRAYOLA The Parable of Arable Land (1967)

Red Crayola - The Parable of Arable Land
Psychédélisme / AVG (Etats-Unis)


1967 : date de l'apocalypse psychédélique. Red Crayola est la bête, l'ovni artistique monstrueux et génial, formé à Houston en 1966. Ce groupe magique, tout en contenant l'essence intime et endiablée du psychédélisme, s'oriente aussi vers d'autres horizons musicaux : leur musique colorée se mêle à un audacieux free jazz directement inspiré par John Coltrane, ou à un noise rock futuriste et visionnaire. Le free form freakout mis en place est créé par différents instruments : flûtes, kazoos, harmonica, marteaux, bouteilles, cloches... Un véritable tableau d'abstractions sonores et multicolores : six titres de buée acide, s'écroulant nonchalamment dans un tourbillon infernal de psychédélisme dantesque. Une page brûlante qui se consume jusqu'à l'épopée post-punk. Les atmosphères vaporeuses des compositions de Thompson/Barthelme/Cunningham se courbent, se tordent, se distordent, semblent si complexes et cérébrales, si sombres et intenses, si cliniques et viscérales. Et Mayo Thompson tient la barre, lui l'instigateur rusé de ce chaos organisé. Ainsi, The Parable of Arable Land présente une musique sauvage, une forme d’hommage à la fois au bruit et au silence (‘The Hurricane Fighter Plane’ et ses atmosphères apocalyptiques, fiévreuses et nuageuses, et le torrent d'amphétamines de ‘Transparent Radiation’…) Les mélodies baignent dans des flux de vapeur musicale psychédélique (‘The Hurricane Fighter Plane’ évidemment, le début de ‘Transparent Radiation’, ‘Pink Stainless Tail’, la deuxième partie toute calme de ‘Former Reflections Enduring Doubt’). Aussi, les morceaux longs alternent parfois avec d'autres plus courts ; l'éprouvante suite ‘Pink Stainless Tail’ laisse sa place à l'ultime chanson-titre dans laquelle des bouteilles s'entrechoquent, comme des fossiles, des squelettes possédés. C’est l'art de créer des sons nouveaux avec des objets familiers, communs, banals. Les paradis de LSD semblent en tout cas bien loin de l'enfer que créent ces diablotins de Red Crayola. Pas une seconde de répit pour s'enfuir vers le purgatoire. L'enfer existe : et voici un des plus grands disques de psychédélisme de tous les temps.

Note : 5,5/6