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vendredi 23 décembre 2011

DEEP PURPLE Made In Japan (1972)

Deep Purple - Made In Japan
Hard Rock/Heavy Prog (Angleterre)

Difficile de s’attaquer à un mythe comme Made In Japan. Souvent considéré comme le plus grand live de l’histoire du rock, ce disque mémorable conte la fièvre de trois soirées japonaises se déroulant en août 1972, à Tokyo et Osaka. L’admiration qu’on lui porte tient à plusieurs raisons : c’est le concert de la formation d’excellence (dite Mark II) d’un groupe mythique, parfaitement à l’aise (mise à part peut-être sur l’étrange introduction de ‘Smoke In The Water’), et délivrant une forme de best-of devant une foule ébahie et électrique. Le chanteur-hurleur Gillan et la guitare-seringue de Blackmore font des ravages, soutenus par une section rythmique explosive. La suite de classiques est édifiante : ‘Highway Star’, ‘Child In Time’, ‘Smoke on the Water’, le solo de Ian Paice sur ‘The Mule’, ‘Strange Kind Of Woman’ & ‘Lazy’. Les morceaux oscillent vertigineusement entre 7 et 12 minutes avant de laisser place à une interprétation apocalyptique de 20 minutes du destructeur et pétulant ‘Space Truckin’’. Ici la démesure épique atteint son paroxysme et nous rappelle un peu les errements psychiques et paranoïaques du long ‘Starship’ de MC5 sur Kick Out The Jams, autre live furibard ayant marqué l’histoire. Deep Purple met ici son énergie au service des compositions et marque ainsi d’autant plus les esprits. Cela étant, les goûts seront évidemment partagés selon l’attachement éprouvé pour ces différents morceaux, et leur longueur pourra en rebuter certains, tout comme le fait de ne pas avoir un seul et même concert en continu. Mais force est de constater que Made In Japan reste un live extrémiste dont la qualité d’enregistrement, intacte, fait le bonheur des fans du groupe comme de ceux qui souhaitent le découvrir.

Note : 4,5/5

lundi 14 décembre 2009

DEEP PURPLE Purpendicular (1996)

Deep Purple - Purpendicular - Heavy Prog
Hard/Heavy Prog (Angleterre)

Purpendicular représente pour moi l’une des plus grosses « claques » musicales que j’ai prises dans ma vie. C’est l’exemple type qui me vient en premier à l’esprit quand on me demande quel disque m’a le plus choqué (positivement) à la première écoute. Je me rappelle l’avoir emprunté à la discothèque du quartier et m’être précipité le lendemain à Virgin, un dimanche je crois bien, pour avoir le mien, pour posséder mon Purpendicular, afin de faire honneur à une telle musique... Certes, avec le recul, je perçois mieux ses défauts, ses maladresses, mais il garde toujours une valeur symbolique, une aura très puissante, et évidemment des qualités de composition et d’interprétation de haut niveau.

Purpendicular est avant tout un disque vivant. On passe sans problème sur ses quelques errements tant les musiciens semblent heureux de jouer ensemble. Ici, nous avons à faire à la formation Mark VII de Deep Purple : Ian Gillan (chant) – Steve Morse (guitare) – Roger Glover (basse) – Ian Paice (batterie) – Jon Lord (claviers). Dans cet album plus aventureux, Deep Purple sonne assez heavy et j’ai presque l’impression de ressentir les mêmes choses que lors des meilleurs moments de Dream Theater, notamment sous l’impulsion de Steve Morse (Dixie Dregs, Kansas). Dans Purpendicular, les parties rythmiques parfois frénétiques se mêlent parfaitement aux soli de haute volée. Le chant de Ian Gillan est toujours très puissant, et les claviers de Jon Lord permettent d’accentuer encore la présence de la « patte » pourpre. L’osmose est bien réelle…

A mon sens, trois morceaux se détachent dans ce disque :

 - Tout d’abord ‘Sometimes I Feel Like Screaming’, incarnant presque à lui seul toute l’admiration que j’ai pour cet album. Dès son introduction acoustique et subtilement atmosphérique, je suis immédiatement envoûté. Puis le morceau se construit progressivement et laisse place à son thème principal, joué par la guitare héroïque de Steve Morse. Cette composition intense et lyrique ressemble presque à un standard du genre, tellement sa mélodie reste classique et son thème de guitare, ultime.

 - Dans la même veine épique ‘Loosen My Strings’ est également très réussi, avec son solo en incandescence, magnifique et poignant. Il participe véritablement à l'identité de Purpendicular, pour son allure, ses motifs de guitare, et son sens de la mélodie.

 - Enfin, autre titre fétiche, ‘A Touch Away’, à la fois très lucide et entraînant, plein de rêves éclatants, avec une fois encore un solo perspicace et tout en finesse... De toute évidence, la magie de Purpendicular opère parfaitement.

A ce tableau enchanteur j’ajouterais aussi le dynamique ‘Vavoom: Ted the Mechanic’, l’introduction lumineuse de ‘Hey Cisco’, la section middle de ‘Someone Stole My Guitar’, et la rythmique endiablée de ‘Rosa’s Cantina’. Cependant, je suis plus réservé et circonspect sur le reste, comme pour l’emphatique ‘The Aviator’ par exemple, dont la mélodie du thème est malheureusement un peu trop forcée.

Certes, Purpendicular n’est pas le disque de Deep Purple qui a le plus marqué l’histoire, comme In Rock ou Machine Head. Pourtant c’est de loin mon favori de leur discographie, un album vraiment charismatique, quintessenciel, très riche et varié, percutant et superbement produit. Et c’est pourquoi, de façon très subjective, je ne résiste pas à lui mettre la note maximale.

Note : 6/6

samedi 12 décembre 2009

DEEP PURPLE Who Do We Think We Are (1973)

Deep Purple - Who Do We Think We Are
Hard Rock/Heavy Prog (Angleterre)

Who Do We Think We Are est le dernier album de la célèbre formation Mark II de Deep Purple. Les risques et l’impétuosité brute des albums précédents semblent avoir été écartés pour donner place à un rock and roll propre et un peu inoffensif, voire agaçant par moments. Certes les musiciens maîtrisent l’aspect technique et dynamique du disque, mais ils restent un peu en pilotage automatique. Quand il n’est pas apprécié et sauvé par la bonne humeur de l’auditeur, Who Do We Think We Are semble vraiment moyen. Aucun titre ne deviendra majeur, même l’enlevé ‘Woman From Tokyo’ qui sert de hit à l’album. Si ‘Mary Long’ et ‘Super Trouper’ sont un peu pénibles, ‘Smooth Dancer’ et ‘Place in Line’, assez entraînants, résistent mal à l'outrage du temps. Quant au tonique ‘Rat Bat Blue’, il reste plutôt sympathique mais apporte peu. Enfin ‘Our Lady’, légèrement pompeux, est un adieu un peu manqué pour le Mark II. Dans Who Do We Think We Are on ne retrouve que l’identité de Deep Purple délavée dans un projet à bout de souffle qui ne suscite pas beaucoup d’excitation, malgré la qualité d'exécution. La fatigue des tournées et les tensions internes auront eu donc raison de la bonne santé du groupe. Une nouvelle ère doit dès lors s’amorcer… ce qui est sur le point d’aboutir : le Mark III prend le relais, avec David Coverdale au chant et Glenn Hughes à la basse, pour Burn, l’album suivant.

Note : 3/6

vendredi 11 décembre 2009

DEEP PURPLE Machine Head (1972)

Deep Purple - Machine Head
Hard Rock/Heavy Prog (Angleterre)

Machine Head représente le classique de Deep Purple par excellence. Déjà, il contient des morceaux de renom : le véloce ‘Highway Star’, le furibond ‘Space Truckin'’, le mélodique ‘Pictures of Home’, ou encore le subtil et entraînant ‘Lazy’. Indiscutablement, le groupe a été particulièrement productif durant les débuts des 70's, avec trois disques assez riches et de haute tenue, construisant les fondations de sa carrière, et consolidant les bases des mondes heavy et progressif.

Alors oui c’est vrai, il y a aussi la composition la plus connue du groupe, à savoir ‘Smoke on the Water’. Mais comme pour ‘Child in Time’, je vais honnêtement faire la fine bouche, tant le riff d’intro, archi connu, a été entendu sur toutes les radios et dans tous les bars du monde, jusqu’à plus soif. On garde encore un certain plaisir à l’écouter pour la fluidité de sa structure et son petit solo sympa, mais se pencher une fois encore sur le riff d’introduction frôle parfois l’indigestion. Finalement, c’est peut-être la destinée de nombreux succès des plus grands groupes, pas forcément représentatifs de leur qualité, mais pourtant évoqués presque abusivement, plus ou moins malgré eux.

Ce qui reste particulièrement fascinant dans ce disque vient peut-être des conditions d’enregistrement, presque symboliques, et de leurs conséquences. Deep Purple a tenté de retrouver un son plus live, plus spontané et authentique. D’où le choix du casino de Montreux, à proximité du lac Léman, pour enregistrer. Malheureusement, un incendie lors d’une représentation de Zappa mit fin à cette idée. La chanson ‘Smoke on the Water’, dédiée à cet événement, garde ainsi en elle la « marque » du lieu. Mais le groupe ne s’est pas arrêté là et s’est dès lors tourné vers un premier hôtel (duquel ils furent évincés pour les nuisances que vous imaginez) puis vers un second, à l’extérieur duquel ils placèrent… le Studio mobile des Stones. Cependant, il était difficile de circuler pour sortir de l’hôtel et tester ainsi les pistes sonores. Les difficultés liées à ce dispositif contraignirent les membres à limiter les allers-retours et à se contenter des premières pistes, de facto plus originelles. Ainsi, Machine Head semble bien habité d’une forme de mystique du lieu.

De toute évidence, l’aspect direct de leur musique permet de capturer la puissance de l’instant et la symbolique de leurs lieux d’enregistrement. On a le sentiment que quelque chose se passe, quelque part dans le temps. Pour autant, le groupe n’abandonne pas toute son expertise musicale. D’ailleurs le solo de ‘Highway Star’ est inspiré de Bach… C’est ce mélange apparemment contre-nature entre une musique sauvage et primitive, une maîtrise technique, et une culture du son qui fait de Machine Head un disque abouti et classieux, donnant les lettres de noblesse à la carrière du Pourpre.

Note : 5/6

jeudi 10 décembre 2009

DEEP PURPLE Fireball (1971)

Deep Purple - Fireball
Hard Rock/Heavy Prog (Angleterre)

Intercalé entre In Rock et Machine Head, Fireball paraît souvent comme le disque de l’ombre. Pourtant, cet album va permettre d’asseoir un peu plus la direction heavy prog du groupe, notamment avec quelques classiques. À ce sujet, pensons bien sûr à la turbulente chanson titre, ouvrant le disque avec un bruit de machine et une introduction à la double-pédale. Il y a également l’instrumental ‘The Mule’ et son solo de batterie offrant de belles perspectives en live, la composition se diluant dans la performance volcanique de Ian Paice. Le mélodique ‘Anyone’s Daughter’, dylanesque, surprend, tandis que l’épique ‘The Fool’ et le remuant ‘No One Came’ restent dans la tradition du groupe, plutôt efficaces. Enfin, les singles ‘Demon’s Eye’ et le célèbre ‘Strange Kind of Woman’, disponibles selon les éditions, complètent le tableau. Peut-être un peu moins bon qu’In Rock, et sans doute moins important historiquement, Fireball n’en demeure pas moins un disque de qualité, faisant preuve d’une certaine force, d’une certaine solidité. Et sous ses allures faussement discrètes, il offre à Deep Purple son premier album n° 1 dans les charts UK.

Note : 4,5/6

mercredi 9 décembre 2009

DEEP PURPLE In Rock (1970)

Deep Purple - In Rock
Hard Rock/Heavy Prog (Angleterre)


Avec In Rock, Deep Purple prend une nouvelle dimension. C’est le premier album sous le line up mythique Mark II, comprenant Ritchie Blackmore (guitares) – Ian Paice (batterie) – Jon Lord (claviers), et deux nouveaux venus : le chanteur-hurleur Ian Gillan et le bassiste Roger Glover, deux autres pièces maîtresses permettant de construire la célébrité du Pourpre... La légende est en marche ! L’impétueux In Rock fait figure de premier classique de la formation, et permet à Deep Purple de devenir un groupe de hard rock à proprement parler. C’est aussi une œuvre personnelle, dépourvue des reprises des albums précédents.

On retrouve de véritables dynamiques progressives et en même temps un côté très direct. Cela est bien illustré par le fameux titre d’ouverture, le sonique ‘Speed King’, qui démarre avec fracas avant de se diluer dans des notes de clavier en apesanteur. La fraîcheur et la brutalité de cet hommage au rock and roll se marient bien avec sa structure, ses improvisations et l’alchimie assez sophistiquée entre les différents musiciens. J’ajouterais ainsi que le dialogue des soli de Lord et de Blackmore reste de toute beauté et fait du titre un de mes préférés du groupe. Dès lors, la dualité spontané/alambiqué devient alors un peu un fil conducteur pour l’album… Le morceau ‘Blood Sucker’ en est une nouvelle preuve, même si son côté exubérant peut gêner. Dans le même esprit, les compositions de la face B du disque sont de bonne facture ; on y trouve des mélodies réussies (‘Living Wreck’ par exemple) et des sections instrumentales en incandescence (‘Flight of the Rat’, et ‘Hard Lovin’ Man’ dont les rythmiques saccadées ne doivent vraiment pas déplaire à Steve Harris d’Iron Maiden…) N’oublions pas non plus le single tonique ‘Black Night’ qui se retrouve dans les rééditions de l’album.

Et puis il y a la métamorphose des dix minutes épiques de ‘Child in Time’… la pièce d’anthologie du groupe. Eh bien là, il y a quand même polémique. Personnellement, je ne peux oublier la ressemblance troublante avec ‘Bombay Calling’ de It’s a Beautiful Day, et ce malgré la maîtrise des claviers de Jon Lord, décidément bien inspiré. L’emprunt est trop franc, et honnêtement je pense que le morceau qui en résulte reste donc un peu surestimé. Cependant, n’oublions pas tout : son interprétation globale est évidemment remarquable et la fièvre de l’apex vocal de sa coda fait de ‘Child in Time’ un classique et une authentique performance. Difficile de l’évaluer au final… Véritable chef d’œuvre du rock ou composition copiée et surcotée ? On doit se situer quelque part entre les deux… mais il n’est pas aisé de trancher. D’ailleurs, au risque de m’attirer les foudres de toute part, même le solo ne trouve pas totalement grâce à mes yeux, pourtant si populaire et encensé… enfin, disons que je ne le classe pas au panthéon du genre, même si sa classe est indéniable.

Ces observations font dès lors d'In Rock un disque dual, une œuvre ambivalente, entre fraîcheur et complexité. L’album fait aussi figure de classique sans être véritablement le préféré des admirateurs du groupe. Ainsi, c’est dans ces ambiguïtés que Deep Purple amorce une série captivante de disques fondateurs pour le hard rock mais aussi, d’une façon plus ou moins inconsciente, pour le mouvement progressif.

Note : 4,5/6