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mercredi 16 juillet 2014

Brian ENO Apollo: Atmospheres & Soundtracks (1983)

Brian Eno - Apollo: Atmospheres & Soundtracks
Space ambient (Angleterre)


Apollo est un disque qui me trouble à plus d’un titre. Déjà, c’est le premier album de Brian Eno que j’ai écouté. Je devais avoir 15 ou 16 ans. Cela me rappelle mes premiers emprunts à la discothèque du quartier, mes premiers pas pour me constituer une culture musicale contemporaine. Mais le contenu est également fascinant. Si sa musique a su pénétrer les aéroports, se fondre dans les topos, elle se met à la conquête de l’espace. Ainsi, l’artiste aborde un nouveau concept musical, que j’appellerai, peut-être maladroitement, le space ambient.

J’avoue être fasciné par l’espace, sans pour autant développer à ce jour une grande connaissance à son sujet. Mais métaphysiquement, scientifiquement, et esthétiquement, le contexte spatial donne à penser. En fait Apollo sert de B.O. au documentaire For All Mankind (d’abord appelé Apollo) réalisé par Al Reinert, retraçant l’histoire saisissante des premiers pas sur la lune. Plus exactement, tous les morceaux d’Apollo ne sont pas dans le film, et toutes les musiques du film ne sont pas dans Apollo. Quoi qu’il en soit, le docu se montre tout à fait intrigant, pour sa rétrospective historique et son dépaysement planétaire, vraiment saisissants.

Certaines compositions sont parfois inquiétantes mais offrant une certaine beauté, comme un trésor merveilleux que l’on découvre… sur une autre planète mystérieuse, dont on ne connaît pas encore les secrets. Je pense ici aux excellents ‘Under Stars’ I & II, à ‘The Secret Place’, sans oublier l’immense ‘Stars’ venant terminer le disque. Un titre comme ‘Matta’ devient quant à lui presque « descriptif », contextuel, retraçant l’ambiance lunaire, sans pour autant faire émerger une mélodie ou des harmonies précises.

D’autres plages se montrent véritablement lumineuse, comme ‘Drift’, ‘Deep Blue Day’ (que le film Trainspotting s’appropriera également) et le chef d’œuvre ‘An Ending (Ascent)’, irradiant le disque de son intensité et de sa magie. Une illumination musicale, une pluie d’étoiles. On retrouve également ce morceau dans le très beau film Traffic.

Outre ce contraste ténèbre/lumière, certains morceaux viennent apporter une tonalité autre. Je pense à ‘Silver Morning’, sonnant comme une pop relax et « spatiale », quasi Floydienne, tranchant avec tous les autres titres de l’album, de façon assez étrange. La légèreté de ‘Weightless’ et d’‘Always Returning’ va également dans ce sens.

On se demande parfois s’ils ne mettent pas en danger l’homogénéité de l’ensemble… mais je suis content que ces compos se soient immiscées dans ce disque, offrant un nouvel angle d’attaque pour évoquer l’univers céleste. De plus, le documentaire nous aide à mieux comprendre leur sens : ‘Silver Morning’ survient à un moment plus jovial et amusant ; ‘Always Returning’ revient comme un leitmotiv pour représenter notre planète bleue attachante, notre « chez nous ».

Pour ses différentes facettes, comme pour ses zones d’ombre, Apollo a beaucoup à partager. Il prône à la fois la dimension lugubre du dark ambient et la composante « topographique », ici dans l’espace. Il n’est donc pas si loin d’un On Land. Parfaitement maîtrisé sur le plan musical, et donc très évocateur sur le plan conceptuel, il reste un disque assez fort, aussi bien subjectivement qu’objectivement. Des moments magiques, faisant surgir en nous des tas de questions sans réponses, comme un trouble métaphysique un peu angoissant. Ce dernier n’en demeure pas moins lié à une véritable contemplation, révélant une rare beauté.

Note : 6/6

jeudi 2 mai 2013

PINK FLOYD The Final Cut (1983)

Pink Floyd - The Final Cut
Pop-Rock (Grande-Bretagne)


En principe, The Final Cut devait être une B.O. de The Wall, nommée "Spare Bricks", et contenant des titres nouveaux ou retravaillés pour coexister davantage avec la narration. Mais la guerre des Malouines pousse Roger Waters à changer son fusil d’épaule pour écrire un disque conceptuel sur le conflit, avec des titres tout frais.

Il s’agit aussi et bien sûr du dernier disque de PF avec Waters, symbolisant l’apex de sa prise de pouvoir. C’est presque « son » disque, les autres musiciens étant quasiment assimilés à du personnel de session… Il présente aussi, plus que tout autre album, les tensions au sein du groupe, et leur aboutissement. De mon côté, ce fut un plaisir au premier abord de le réécouter. J’ai un rapport personnel avec ce disque, certes très relatif, mais qui me rappelle brièvement les débuts de ma période universitaire.

The Final Cut reste sur certains plans le petit frère de The Wall, notamment pour l'aspect conceptuel, le son & la dynamique « cinématographique », voire de story telling. On retrouve également un univers sombre, tournant évidemment autour des choix thématiques et de l’inspiration musicale de Waters. Au niveau des instrumentations, le groupe fait appel à une section orchestrale, donnant un côté plus solennel ou emphatique à certains titres.

Pourtant, The Final Cut se montre bien plus introspectif et intime que son prédécesseur, même si certains passages se veulent assurément grandiloquents. En contrepartie il n'aura pas de charisme détonnant ou de véritable envergure. S’il est marqué par un songwriting un peu léger, voire un peu invisible, il s'écoute relativement bien ; on s'y installe assez aisément, même si aucune chanson ne casse véritablement des briques.

Je note tout de même parmi les meilleurs moments : ‘Your Possible Past’, ‘One of the Few’ ou encore ‘Paranoid Eyes’... peut-être le pont de ‘Not Now John’ aussi. En revanche, ‘Get Your Filthy Hands of My Desert’ et ‘When the Tiger Broke Free’, voire ‘The Post War Dream’ en introduction, demeurent des échecs cuisants, sonnant de manière un peu mielleuse et datée.

Pour aimer ce disque, doit-on nécessairement partager les mêmes vues sur les Malouines ? Non. Doit-on apprécier la thématique de la guerre associée à des chansons ? Fort possible. Doit-on aimer la personnalité artistique de Waters ? Vraisemblablement. Pour ma part, j’apprécie par moments l’atmosphère personnelle et mélancolique de l’ensemble, surannée et cotonneuse, formant un tout cohérent. L’aspect un peu pompeux et le simplisme de l’écriture, avec lequel il entre étrangement en contraste, affaiblissent néanmoins très fortement ce disque, qui restera dans l’ombre des autres œuvres du groupe.

Note : 3+/6

lundi 16 avril 2012

Mike OLDFIELD Crises (1983)

Mike Oldfield - Crises
Prog FM (Angleterre)


Bon, je n’avais pas l’intention ces mois-ci de rédiger quelque chose sur Mike Oldfield mais le rachat à petit prix de Crises en vinyle (j’adore sa pochette, réalisée par Terry Ilott) et ses quelques nouvelles écoutes ce weekend me poussent à écrire un mot dessus. Evidemment, ce disque n’est pas le plus représentatif de sa carrière, et j’espère que cette brève chronique ne sera pas trompeuse.

La première face du disque est intégralement composée d’une longue pièce montée de 20 minutes, très instrumentale : ‘Crises’. Le début rappelle un peu le style de Tubular Bells mais le morceau garde son identité et ses propres mystères. Une forme d’univers onirique et particulier en émerge même si les synthétiseurs donnent à la fois un aspect original et un côté un peu kitsch à l’ensemble. Pour ma part, le meilleur moment du morceau se trouve probablement en son milieu, une intense section subtile et atmosphérique, succédant au passage chanté de l'étonnant ‘The Watcher and the Tower’.

La seconde face de l’album est constituée de plusieurs titres au format « chanson » pour lesquels différents chanteurs sont invités. Cela commence par le tube interplanétaire qu’on ne présente plus, ‘Moonlight Shadow’, qui brille notamment par sa dynamique, ses soli de guitare et la voix de Maggie Reilly. Le reste est en revanche une collection de morceaux plus que poussifs : ‘In High Places’ (décollant un peu sur la fin, mais dans lequel il faut endurer les vocaux irritants de Jon Anderson) ; l’inutile instrumental ‘Taurus 3’ ; le très répétitif ‘Foreign Affair’ qui aurait mérité mieux (la manière dont il commence à se poser donnait quelques espérances) ; et ‘Shadow on the Wall’, plutôt énergique mais sans grand intérêt.

Ainsi, le disque garde une personnalité réelle et une symbolique propre, mais tout cela ne peut rattraper l’ensemble des faiblesses dont il regorge. Il restera comme « le disque à la pochette verte », décidément très belle, et que je n’hésite pas à arborer en haut de ma discothèque.

Note : 3,5/6

dimanche 4 juillet 2010

MARILLION Script for a Jester's Tear (1983)

Marillion - Script for a Jester's Tear
Néo-progressif (G.B.)


Le rock progressif a véritablement évolué au fil des années, et le néo prog, l’une de ses branches rejetonnes, s’est imprégné des atmosphères et des dynamiques eighties pour devenir un style à part entière. Né dans le creuset de cette décennie, il en représente en effet les principaux caractères. Et le son qui lui est propre, faisant écho à la modernité de l’époque, aura ses ardents détracteurs et inévitables contempteurs, mais aussi ses adulateurs, thuriféraires et coryphées. Les claviers permettent ici l’élaboration de nouvelles ambiances plus prononcées et planantes, qui tantôt respireront la nostalgie, tantôt auront mal vieilli. Les compositions lorgnent parfois vers plus d’accessibilité, et subiront les accusations de promo marketing, quand le progressif le plus « pur » endurera celles de sectarisme. L’essentiel est de rechercher la qualité, et la diversification des possibilités artistiques, celles du néo prog incluses, demeure un des moyens d’y parvenir. Mais il paraît que ce courant a engendré une foule de groupes qui n’ont pas forcément fait honneur au style, et qui ont cristallisé d’acerbes critiques se répercutant d’ailleurs de façon un peu injuste sur le rock progressif dans son ensemble… mais je n’entrerai pas dans ce débat. Inspiré fortement et fondamentalement par le progressif symphonique des 70’s, le néo prog permet quoiqu’il advienne de continuer le mouvement et de le renouveler à sa façon.

*****

Il n’est pas simple en tout cas de porter un jugement clair et définitif sur le premier album de Marillion : Script For A Jester’s Tear. En effet, si le disque fait figure d’amorce pour le mouvement néo progressif, il reste quand même encore trop poussif par endroits pour être considéré comme un chef d’œuvre, son contenu n’égalant donc pas nécessairement sa portée historique, bien que toute relative.

Tout d’abord, parmi ces longues suites qui constituent et caractérisent l’opus, je retiendrais principalement trois passages atmosphériques apparaissant comme les cols du disque : le morceau-titre déjà, et surtout sa coda pleine de mélancolie ; la section aérienne de ‘Chelsea Monday’ et son solo de guitare tout en apesanteur ; et les dernières minutes de ‘Forgotten Sons’, au ton emphatique mais non dépourvues de finesse et de sincérité. Sans être de purs moments d’anthologie ils lèvent le voile sur un certain potentiel pour une écriture plus précise et mature. On peut aussi signaler le solo à la guitare et les petites notes de claviers disséminées dans ‘The Web’, et pourquoi pas la section posée et sereine de ‘Garden Party’, titre pourtant globalement assez faiblard. Dans tous ces mariages entre émotivité et structures longues (encore assez complexes), on parvient à retrouver un peu cette aura sépia caractérisant le passé, et qui sensibilisera surtout ceux qui auront grandi dans les années 80.

Aussi, le disque, et ses textes sombres et introspectifs, n’est pas dénué d’une certaine sensibilité féerique et un peu ingénue, même s’il on est réfractaire aux vocaux caractériels et surjoués de Fish, et en général aux synthés qui tachent. Elle sera probablement mieux mise en valeur par la voix de Steve Hogarth, lors de la seconde partie de la carrière du groupe… mais les éléments sont déjà là, de façon très embryonnaire bien qu’un peu masqués par la personnalité du Fish, qui singe d’ailleurs un tantinet le Gab’, sans pour autant délivrer une mauvaise prestation. Quant à Steve Rothery, dont le jeu guitaristique tout en touché rappelle un peu celui de David Gilmour des Floyds, il reste de la partie même sans s’exprimer encore à son meilleur niveau, ce que l’on aura l’occasion d’entendre, là aussi, sur d’autres disques...

Enfin, même s’il est un peu inutile de les mentionner précisément, j’ai quand même du mal à oublier les mauvais moments du script, éparpillés un peu partout, le genre de passages maladroits et pompeux dans lesquels Marillion demeure empêtré pour le moment. Cependant, le groupe reste évidemment promis à une longue aventure progressive que beaucoup auraient tort de négliger, cette formation étant capable de faire appel à une magie authentique, et de la décliner sous tout un tas d’aspects que nous aurons l’occasion d’étudier de plus près.

Note : 4,5/6

mercredi 28 juin 2006

GENESIS Genesis (1983)

Genesis - Genesis
Pop (Angleterre)


Alors ça commence comme ça… par une chanson incommensurable : ‘Mama’… morceau hypnotique, psychotique, claustrophobique, mécanique… porté par des nappes de clavier qui nous emmènent ailleurs pour ensuite se terminer en apothéose. Cet album éponyme de 1983 est en fait le levier idéal pour le succès grand public du groupe mais aussi le disque de Genesis le plus réussi depuis Wind & Wuthering et And Then There Were Three. Ici, il n’y a plus de place pour les petites expérimentations un peu gauches d’Abacab mais plutôt pour une pop lisse et attachante. La face A du disque est un régal grâce au tube en puissance ‘Mama’ et à ‘Second Home by the Sea Part 1 & 2’. Ce dernier est doté d’une mélodie accrocheuse et sa seconde partie se compose d’un instrumental qui va progressivement s’alléger, se liquéfier, pour aboutir sur un solo de guitare court, efficace et classieux, soutenu par des claviers lumineux, avant de rebondir avec la mélodie principale au final. Un sacré carton… Du mainstream intelligent, juste ce qu’il faut pour montrer que l’on peut surfer sur le côté commercial des années 80 (elles ont tellement d’autres côtés ne l’oublions pas !) en présentant un son synthétique et agréable, dans une composition loin d’être idiote. Par ailleurs, le reste du disque offre encore quelques surprises, comme l’énigmatique ‘Silver Rainbow’, le single ‘Illegal Alien’ (pas très futé mais honteusement entêtant) et, pour terminer le disque, ‘It’s Gonna Be Better’, avec son intro superbe : la basse chaloupée, le clavier qui s’infiltre, nous rappelant immédiatement les sonorités d’‘Afterglow’… Impossible dès lors de bouder son plaisir. Ainsi, même si le disque manque encore d’envergure et d’ambition par moments, on finirait presque par ne pas regretter la plongée corps et âme de Genesis dans le monde de la musique pop.

Note : 4,5/6