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dimanche 15 septembre 2013

CUL DE SAC ECIM (1991)

Cul de Sac - ECIM
Néo-psychédélisme / Post-rock (États-Unis)


Cul de Sac, formation post-rock du Massachusetts, façonne une forme de psychédélisme minimaliste très marqué nineties, oblique et obscur, à la manière d’un Mercury Rev des débuts (qui sort la même année son inénarrable Yerself is Steam). Le premier album du groupe, ECIM est indissociable du climat particulier qu’il distille, sombre et un peu mystérieux.

Parmi les influences, Cul de Sac semble s’inspirer de Can, au travers de ses rythmiques rigides et hermétiques, et des élans post-punk de Sonic Youth voire de Pere Ubu. L’aspect débridé de l’ensemble est aussi hérité du séminal Velvet Underground. Enfin, il garde un background folk à l’image des deux reprises du disque : ‘Portland Cement Factory at Monolith, California’ de John Fahey, dont le groupe a sans doute perçu les dynamiques, et le célébrissime ‘Song to the Siren’ du grand Tim Buckley.

Si l’ouverture instrumentale ‘Death Kit Train’, et sa rythmique taillée au rasoir, fait partie des morceaux majeurs, le groupe délivre ses meilleurs compositions grâce à des ambiances inquiétantes, un peu glauques, mais que l’on capte immédiatement : ‘Electar’, ‘Lauren’s Blues’ et surtout ‘Nico’s Dream’ (en honneur de l’égérie du Velvet…) envoûtant à souhait, grâce à des atmosphères diaphanes particulièrement saisissantes, un peu à la façon d’un Slowdive embryonnaire.

ECIM est bien étrange. Pour la diversité des chemins musicaux empruntés, et pour son aura un peu lugubre, cet album ressemble à une énigme à déchiffrer, présentant différents couloirs sonores clairs-obscurs dans lesquels on parvient à s’engouffrer. Des détours musicaux intrigants, cachés, dérobés, méritant d’être démasqués.

Note : 4,5/6

jeudi 19 janvier 2012

SLINT Spiderland (1991)

Slint - Spiderland
Post-Rock (U.S.A.)


Noir et blanc. Quatre gars un peu paumés, hébétés, l’eau du lac jusqu’au cou, souriant comme des illuminés. Telle est la fameuse pochette de Spiderland, qui a presque la valeur d’icône. En effet, ce qui marque avant tout Spiderland c’est le culte et l’aura qui entourent ce disque, pas très connu du grand public mais adulé dans le milieu : un luxe propre à certains opus underground.

Cet album s’est imposé progressivement comme l’un des fers de lance de la scène post-rock, mais pas tellement au sens de celui de Sigur Rós, de Talk Talk ou de Silver Mt Zion (même si Slint semble avoir influencé Godspeed). En fait, Spiderland reste davantage proche de l’énergie d’un Don Caballero qu’il influença, mais en plus épuré et intimiste, sombre et rachitique.

Les guitares distordues, acides et perfides (nous ne sommes parfois plus très loin du Crimson de Starless…), se placent indubitablement au centre du disque, pulsées par moment par une section rythmique slow/mid-tempo, souvent à la rage contenue. De temps en temps elles se retirent, plus discrètes, presque prêtes à dialoguer avec le silence. Les vocaux sont tantôt chantés, narrés, hurlés. Un climat noir d’aliénation semble végéter au sein de cette œuvre étouffante et claustrophobe, noire d’encre, composée au plus près de l’os.

Très homogène, l'opus n’en demeure pas moins irrégulier et imprévisible. Slint semble se trouver au sein de tous les équilibres précaires. Sec et minimal, brut et peu engageant, Spiderland s’apparente à un environnement complexe et réfléchi, et à un canon du genre. Le groupe emprunte les chemins désaxés du punk et post-punk, et devient l’affluant majeur des courants post-rock, indé et parfois même math-rock. Un jeu d’équilibriste animé par une verve primale et tourmentée, pour un disque séminal, tranchant et rayonnant, quasi-mystique, à l’aube d’une décennie qui n’a pas fini de surprendre.

Note : 5/6

mercredi 27 octobre 2010

RUSH Roll the Bones (1991)

Rush - Roll The Bones
Heavy Prog / Hard FM (Canada)


Un morceau de lumière sorti de l’obscurité, tel est Roll the Bones… Une musique élégiaque et amère, mais aussi classieuse et fougueuse, malgré l’évocation de thématiques bien sombres comme celle du Mal métaphysique suprême : la Mort. Ce mélange de ténacité et d’amertume forme ainsi la nature de ce disque clair-obscur, parfois lugubre mais étrangement (trans)lucide. Et puis nous tenons peut-être ici le meilleur album 90’s de Rush…

Certes, encore une fois, tout n’est pas parfait. Et c’est précisément le propre d’un album de Rush de ne pas être parfait… On aurait en effet pu se passer de ‘You Bet Your Life’, et peut-être aussi du rap, audacieux il est vrai, du morceau-titre… Quant à ‘Heresy’, pas tout à fait mauvais au demeurant, il s’efface devant la qualité des autres titres.

Certes oui, on aurait pu se passer de tout cela… Mais que dire de cette entrée en matière ? ‘Dreamline’, pleine de tension et d’énergie, ouvre les débats de la meilleure façon, suivie de la nostalgie lumineuse et émouvante de ‘Bravado’… Ajoutez à cela la dynamique de ‘Roll the Bones’, les synthés inquiétants et ténébreux sur ‘Face Up’, les atmosphères envoûtantes et méditatives de ‘Ghost Of A Chance’…

Et puis surtout, il y a ces deux morceaux qui me plaisent tout particulièrement : ‘The Big Wheel’ déjà, pour ses claviers un peu menaçants mais au final vraiment magnétisants ; et l’entêtant ‘Neurotica’, qui brille par son refrain et son solo de lumière… Deux compositions que je ne me lasse pas d'écouter.

Enfin, Rush n’oublie pas de concocter un instrumental supplémentaire : ‘Where’s my Thing?’, qui assoit encore un peu plus l’identité de l’album. Il fut d’ailleurs nominé pour la meilleure performance instrumentale rock en 1992, lors des Grammy Awards.

Alors, tristesse ? Résignation ?… non la flamme semblerait encore présente, elle brille toujours et nous drape dans l’espérance. Hostilité ? Mélancolie ? Rush tient cette flamme haute, et se dépasse sur une musique irrésistible, ce panache et cette émotion restant au service d’une musique à la fois sincère et ambiguë. Solide, efficace et maîtrisé, véritablement énergisant, Roll The Bones n’est dès lors pas très loin d’être une référence dans la discographie du groupe.

Note : 5/6

mardi 10 août 2010

MARILLION Holidays in Eden (1991)

Marillion - Holidays in Eden
Néo-progressif / Pop FM (G.B.)


Marillion entre dans les 90’s avec le disque qui fait peut-être figure de maillon faible dans leur discographie, et dans la progression cohérente qui lui est propre. Et pourtant, l’album n’est vraiment pas avare en qualités, nous le verrons… Ici, la démarche pop est davantage poussée, le son est plus lisse, et le monde du progressif s’éloigne un peu plus encore… Holidays in Eden repose sur la pop aérienne de Seasons End, affirmée à nouveau, même si la ferveur du précédent opus reste beaucoup moins présente. Un mot sur l’artwork déjà : un nouveau logo et une pochette bleutée et sympathique, illustrée par cette meute d’animaux se rejoignant autour d’un arbre, semble-t-il. Cela me fait un peu penser aux pochettes de Talk Talk période Spirit of Eden (1988) & Laughing Stock (1991). D’ailleurs, dans différents disques, la voix d’Hogarth a tendance à se rapprocher de celle de Mark Hollis par endroits... En revanche, Marillion propose une pop assez FM, mais travaillée, au moment où Talk Talk est déjà loin, parti sur les terrains fertiles de l’avant-garde et de la musique spirituelle. Dans Holidays in Eden, on trouve en tout cas plein de bonnes choses, parfois un peu contrastées et discutables : des nappes de claviers et des atmosphères éthérées bien intégrées dans des compositions cohérentes et appliquées (‘Splintering Heart’ & ‘The Party’), quelques morceaux sensibles et convaincants, à défaut d’être géniaux (‘Dry Land’ & ‘No One Can’) et un titre assez efficace et entraînant, mais pouvant diviser les fans (‘Cover My Eyes (Pain and Heaven)’). Concernant ‘Waiting to Happen’ et le morceau-titre, plutôt inégaux, ils alternent le pire, par leurs fautes de goût, et le meilleur, par une certaine intelligence dans la composition. Le disque s’achève de façon conceptuelle sur les trois derniers morceaux, parfaitement enchaînés : ‘This Town’ (au solo de guitare éblouissant), ‘The Rakes Progress’ (et ses ambiances introspectives très réussies), et ‘100 Nights’, dont j’adore tout particulièrement la fin : cette coda en guitar delay, absolument terrible et magnétique, terminant parfaitement l’album. Holidays in Eden regorge ainsi de nombreux moments d’accomplissement à écouter en toute sérénité. Une récréation pop, souvent sensible et délicate, presque toujours maîtrisée, avant que Marillion ne voie les choses en grand, avec Brave

Note : 5/6

mardi 8 décembre 2009

MERCURY REV Yerself Is Steam (1991)

Mercury Rev - Yerself is Steam
Pop-Rock / Néo-Psychédélisme (U.S.A.)


Mercury Rev aurait un peu un parcours à la Pink Floyd, finalement. Deux groupes qui démarrent fort avec un premier album repoussant les frontières de la musique, sous la houlette d’un frontman un peu barré (ici David Baker, homologue de Syd Barrett), et qui fera ses valises quelque temps après. Les deux discographies se ressemblent car elles vont « progressivement » s’orienter vers un pop-rock plus accessible. Comme pour beaucoup d’autres groupes certes...

En tout cas, c’est précisément avec ce disque, et dans une moindre mesure avec le suivant, que Mercury Rev se montre le plus impressionnant, en forme éclatante, et très inspiré. "Your Self-Esteem" est en effet un opus plutôt remarquable, présentant un univers un peu malsain, compté sur une musique oblique et déjantée. Une forme de néo-psychédélisme malfaisant, enraciné bien sûr dans le rock, et prédisposé aux délires psychiques.

Chaotique et conflictuel, cet album sulfureux présente diverses facettes, celle d’un monde narcoleptique, transcendantal et nébuleux. Différents climats enveloppent ce disque résolument arty, avec pour moments forts l’aura ensorcelante de ‘Sweet Oddysee of a Cancer Cell T' Th' Center of Yer Heart’, l’apothéose acoustique de ‘Frittering’, l’abyssal et luciférien ‘Blue & Black’, et le décalé ‘Very Sleepy Rivers’, long morceau final évoquant un serial-killer, paraît-il…

Ainsi déconstruite et malmenée, la musique de Yerself Is Steam s’inscrit dans le panthéon de l’art expérimental des nineties, indubitablement. Exaltée, faisant tout pour être incomprise, elle reste celle du meilleur album d’un groupe en proie à des mutations futures et qui se vouera ultérieurement à d’autres horizons musicaux bien différents.

Note : 6/6

mardi 14 avril 2009

TALK TALK Laughing Stock (1991)

Talk Talk - Laughing Stock
Expérimental / Atmosphères (Angleterre)


Tout comme son prédécesseur, Laughing Stock demeure un véritable éveil musical... touchant de près la grâce. Mais Talk Talk va encore plus loin, et poursuit sa mue. Convoquant des musiciens venant du jazz, le groupe affine encore plus son style et nous fait voyager vers des contrées jusque-là encore inexplorées. Amateur de Messiaen et de Schoenberg, de Can, de John Cage, de Ravel et de Donatoni, amateur de Miles Davis & de Gil Evans, Mark Hollis pousse ici l’érudition et la sincérité à son maximum, offrant une musique pure et libre. Merveilleuse.

Déjà, la pochette nous montre la voie ; depuis la dernière fois, les coquillages semblent s’être transformés en oiseaux. Talk Talk nous dévoile une nouvelle façon de prendre contact avec la beauté et avec la nature. Mais Laughing Stock s’apparente également à une musique sémiotique, symbolique, matérialisation sonore de ce qu’est pour nous l’environnement naturel. Les morceaux nous évoquent même parfois des bêtes mystérieuses faisant subitement sortir des buissons leur museau ou la pointe de leur bec.

Ainsi, une nouvelle façon de prendre contact avec la beauté et avec la nature. Avec le plaisir aussi. Laughing Stock semble être une œuvre géométrique, révélant en son sein plusieurs dimensions. Une fois de plus, Talk Talk nous fait découvrir une musique… spatiale. Des grands vides symboliques du silence, au surgissement des sons et textures les plus inédites. Et puis toujours ce sens de la construction à partir d’improvisations… Talk Talk au sommet.

Mark Hollis a réussi à emprunter de nouveaux chemins, sans pour autant renier sa période passée, même si rien ne la laisse transparaître dans cette œuvre. Avec Tim Friese-Greene, qui cosigne tous les morceaux, il nous offre la quintessence de son art. Urbain et naturaliste. Passionné, éthique, à la recherche des essences. Et du silence. Laughing Stock est indéniablement une musique dans laquelle il se passe des choses. Elles surviennent. Comme la beauté de ‘After The Flood’, ou encore de ‘New Grass’. Hallucinantes, sensibles compositions. Sans oublier les panoramas de ‘Myyrhman’, ‘Taphead’, ‘Runeii’…

Un nouvel aboutissement. Laughing Stock, opus d’émerveillement intense, mais disque sombre également, introspectif, révélant une nouvelle façon de communiquer, plus sincère, plus trouble. Laughing Stock, le disque de l’instinct, de l’inconnu, de l’impossible à reproduire, de l’improvisation. De l’intime. Laughing Stock, l’album des sacrifices et de la transgression des frontières psychiques, l’épreuve redoutable pour l’ensemble des musiciens qui l’ont façonné. Laughing Stock, le point d’orgue d’une carrière exemplaire et atypique. Laughing Stock, l’album de la fin.

Note : 6/6

mercredi 28 juin 2006

GENESIS We Can't Dance (1991)

Genesis - We Can't Dance
Pop (Angleterre)


Un disque d’enfance… Ici le symbolique va supplanter l’objectivité pour cette petite chronique. Quand j’avais 11 ans ce disque aurait pu être l'un de mes préférés. Ecoutant à l’époque du classique et toute la variété qui traînait sur les ondes radio, je n’ai pu passer à côté de ce Genesis qui, cependant, ne montrait pas le meilleur visage du groupe à ce moment-là. Les années passèrent... et aujourd’hui je me mets à décortiquer cet album, pensant a priori qu’il pourrait faire partie des disques les plus navrants de ma discothèque. Il est vrai que Genesis s’est embourbé jusqu’au cou dans l’univers de la pop commerciale et enfonce avec We Can’t Dance le clou qui avait été planté délibérément avec Invisible Touch, puisque l’album éponyme de 1983 proposait une pop artistique encore de qualité, loin de viser uniquement le succès commercial. Dans We Can’t Dance, ce qui frappe surtout, c’est la médiocrité des textes (le misérabilisme sentimental de ‘Tell Me why’, l’indigence de ‘Jesus He Knows Me’…) comme des vidéos. Et puis, évidemment, il y a cette chanson encombrante et insupportable : le fameux single ‘I Can’t Dance’. Alors, peut-on sauver ce disque ? Le salut viendra peut-être de l’atmosphérique ‘Driving the Last Spike’ et du poignant ‘Dreaming While You Sleep’. J’ai presque envie d’épargner ‘No Son of Mine’, un single assez réussi, et ‘Living Forever’ qui sied bien à l’ambiance générale du disque. L’introduction de ‘Hold on My Heart’, de ‘Tell Me Why’ et les claviers de ‘Fading Lights’ sont par ailleurs plutôt plaisants… Ainsi, c’est presque inespéré : je défends un disque qui aurait pu être le chien galeux de ma collection, cet album qui me rappelle mes 11 ans, quand je fredonnais ces chansons au potentiel artistique pourtant discutable. La boucle est bouclée. Après ça, la Terre peut s’arrêter de tourner.

Note : 4/6