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jeudi 29 décembre 2011

CAMEL The Snow Goose (1975)

Camel - The Snow Goose
Progressif / Jazz / Symphonique (Angleterre)


The Snow Goose est un album conceptuel basé sur le roman à succès de Paul Gallico The Snow Goose: A Story of Dunkirk, publié en 1941. À la suite d’une poursuite en justice entamée par l’écrivain, le groupe dut « renommer » le disque Music inspired by The Snow Goose. Les différentes compositions restent purement instrumentales et sont en général très courtes (souvent entre une et deux minutes). Soyeuses, cotonneuses, limite easy listening, elles se rapprochent d’une forme de pop progressive et jazzy, légèrement symphonique. La texture des sons est soignée et l’ensemble reste véritablement accessible et mesuré, même si les moments véritablement catchy sont rares, l’homogénéité primant sur l’efficacité. On note en tout cas les très bons ‘Preparation’/‘Epitaph’ et le piano délicat de ‘Fritha Alone’. Certains morceaux servent parfois de rappels les uns aux autres pour former un tout cohérent : ‘The Great Marsh’ ouvre et termine le disque, et ‘La princesse perdue’ renvoie évidemment à ‘Flight of the Snow Goose’… Dans le même esprit, les personnages du roman obtiennent chacun un thème particulier (‘Rhayader’/‘Rhayader Alone’, ‘Fritha’/‘Fritha Alone’). Ainsi, The Snow Goose fait vraiment figure de disque conceptuel, grâce à ses divers ingrédients et à sa structure. L’album condense bien l’identité de Camel et demeure un des tous premiers classiques de la formation. Il apparaît souvent comme un disque prisé pour le mouvement progressif en général. Sympathique et attachant, The Snow Goose ouvre alors parfaitement la voie à Moonmadness, l'œuvre suivante.

Note : 4,5/6

mardi 1 novembre 2011

YES Tormato (1978)

Yes - Tormato
Rock progressif / Pop (Angleterre)

Représentant l’un des fers de lance du courant progressif, Yes nous a habitués à plusieurs pièces imposantes ; on pense en effet à Close to the Edge, Relayer, Tales…, ou encore au morceau ‘Awaken’ sur Going for the One. Avec Tormato en revanche, Yes amorce un virage un peu plus pop-rock, s’enfuyant subrepticement des contrées intrinsèquement progressives. Malheureusement, le résultat n’est pas des plus convaincants.

La production semble un peu plus sibylline, et les orientations musicales plutôt hésitantes. Certains titres auraient mérité mieux (‘Madrigal’ s’échappant à peine de la caricature) et d’autres moments font vraiment pâle figure : le très kitsch ‘Don’t Kill the Whale’ et ‘Release/Release’ qui s’enfonce dans l’inutile et le démonstratif (la section en « faux live » plutôt ridicule)... On se demande en fait qui pourrait écouter ça, et dans le meilleur des cas, le second degré n’excuse pas tout. Quant à ‘Future Times/Rejoice’, il reste fidèle à la personnalité de Yes, une ouverture plutôt correcte malgré ses toutes premières notes un peu datées. ‘Onward’ semble lui plutôt appréciable et délicat mais devient parfois un peu irritant et mielleux à la longue. Enfin, ‘Arriving UFO’ et surtout l’étrange ‘Circus of Heaven’ apportent tout de même quelques sons nouveaux et deux micro-univers un peu décalés, sans pour autant que l’on crie au génie.

Personnellement, je me demande si « le mal » du disque ne vient pas de deux membres du groupe, dont Tormato scelle le départ : Jon Anderson et Rick Wakeman. Certes, le chanteur reviendra pour 90125 (1983), et le claviériste pour Union (1991), deux albums, il est vrai, assez mauvais.

 - Pour Jon Anderson, j'admets avoir beaucoup de mal avec sa voix. Elle passe assez bien quand elle est intégrée à un projet de plus grande ampleur, à des disques de plus grande envergure participant pleinement à l’identité de Yes et apportant quelque chose à l’Histoire (comme Relayer ou Close to the Edge). En revanche, dans un disque poussif, à la limite du mauvais goût, elle ne fait que catalyser le côté ringard et ennuyeux de l’ensemble, impression qui fait tant de mal au courant progressif.

 - Le constat est également alarmant pour les sons de synthés de Rick Wakeman, qui a plutôt le beau rôle dans cet album. Dès les premières notes, on est déjà un peu gêné... Et la suite ne nous donnera pas tort, tant les claviers tyranniques transforment Tormato en un disque un peu confus, en une nuée musicale un peu difforme. L’intention artistique n’est pas forcément blâmable mais le résultat est plutôt problématique. Pas étonnant finalement qu’on demande la vague punk à la rescousse pour déblayer le terrain et engloutir ces types d’écarts.

Tormato contient quand même du positif. Dans les morceaux les plus ratés on décèle toujours une certaine maturité dans l’exécution, même si l’inspiration fait grandement défaut. De plus, on retiendra notamment ‘On the Silent Wings of Freedom’, plus subtil que les pochades un peu grossières du reste du disque. Ce titre final met à l’honneur Chris Squire, Steve Howe et Alan White dans des passages un peu plus épiques et tendus. La section instrumentale de départ demeure plutôt intrigante et magnétique, et le reste de la composition reste également bien senti et construit, mettant en valeur différents types d’émotions et de climats. Ce morceau très réussi, intégré dans une seconde partie de disque de meilleure facture, sauve un peu l’ensemble du naufrage, même si la barre est sans doute redressée un peu tard…

Bon c’est vrai, on reste toujours un peu content d’écouter un disque de Yes, un tantinet mystérieux et toujours alambiqué, même si les pièces ouvragées des grands opus du groupe sont délaissées. Par moments, Yes montre qu’il a de bonnes idées de compositions et une volonté de « maîtriser » des sons nouveaux. Malheureusement, il n’échappe pas à la maladresse. Dépassé, n’ayant que trop peu à offrir, Yes semble un peu aux abois à la fin des seventies. Certes, Going for the One le disque précédant, avait peut-être réussi, par endroits, là où Tormato échoue. Mais pour le moment, et un peu facilement il faut le dire, on ne peut que réserver une seule sentence pour ce dernier : quelques (petites) tomates bien mûres.

Note : 2,5/6

mercredi 26 mars 2008

YES Magnification (2001)

Yes - Magnification
Progressif Symphonique (Angleterre)


Ces dernières années, Magnification de Yes restait à mes yeux l’horreur musicale de référence dans le monde progressif, voire dans le monde de la musique tout court. J’ai néanmoins décidé de procéder à une réévaluation fin 2007, pour vérifier si cette opinion commençait à tenir plus de la légende qu’à autre chose. Mais autant énoncer tout de suite l’issue de la manœuvre : je n’ai pu grappiller qu’un point plutôt généreux.

Revenons au début. Magnification est un disque de progressif symphonique, mais plus « symphonique » que « progressif » (là où Close to the Edge, par exemple, était plus « progressif » que « symphonique » stricto sensu, si on veut). Aidé d’une bonne production, le groupe est accompagné par un orchestre, mais délaisse délibérément… les claviers !

À vrai dire, la raison de l’échec de ce disque est plutôt simple : les mélodies restent en effet le principal défaut de l’album, accentué par la voix de Jon Anderson, devenue difficilement supportable. Sérieusement, comment ne pas s’arracher les cheveux devant les refrains de ‘Don’t Go’, de ‘Give Love Each Day’, ‘We Agree’ ? Mièvres et particulièrement niais, d’un goût forcément douteux, ils condamnent le disque et empêchent toute rédemption. ‘Spirit of Survival’, autre titre de longueur raisonnable, participe également au naufrage.

Pourtant, les arrangements ne sont pas toujours mauvais, et restent même dans l’ensemble plutôt soignés, comme s'ils tentaient parfois de relever le niveau. Les moments agréables restent néanmoins trop rares et au final peu convaincants. Le salut aurait pu venir des petits morceaux plus courts, ou bien sûr des deux titres de 10 minutes : ‘Dreamtime’ (l’excellent début et les 30 dernières secondes uniquement) & ‘In the Presence Of’ (la fin de ‘Deeper’, ‘The Death of Ego’ et ‘Turn Around and Remember’), pièces présentant des passages particulièrement réussis.

Si la fin du disque se montre donc de meilleure facture, l’ensemble reste vraiment trop faible pour espérer une note plus clémente. La démarche aurait pu être intéressante, mais Yes semble trop pris dans ses contradictions internes pour proposer quelque chose de plus régulier et subtil. Ma mission s'arrête là, en attendant, qui sait, une prochaine et douloureuse évaluation, dans quelques années...

Note : 1/6

mardi 24 juillet 2007

CAMEL Mirage (1974)

Camel - Mirage
Progressif (Angleterre)


Pour certains, Mirage c’est un peu mou, mou, mou. Mou comme un caramel mou. Il s’agit pourtant du premier classique de Camel. Et derrière cette pochette mythique se cache l’univers cotonneux et douillet de cette formation, progressive dans l’âme, légèrement jazzy dans l’exécution. Tout un tas d'ingrédients font l'identité de l'album : voix nonchalante, ambiance aérienne et liquide, soli affûtés, claviers incandescents, esprit très seventies… le tout soutenu par une section rythmique plutôt alerte et dynamique. Ici, les synthés futuristes et planants de Peter Bardens enveloppent les mélodies singulières émanant de la guitare d’Andrew Latimer. On retrouve dans ce disque un peu l’onirisme de Genesis et de Jethro Tull (pour la flûte), et un peu le monde moelleux de Caravan (style canterbury). La production équilibrée met assez bien en valeur l’interprétation des morceaux, plutôt carrée, tout en laissant place à des improvisations très mesurées, et finalement assez techniques. Concernant les titres eux-mêmes, l’ambition de l’album semble symbolisée par le long ‘Lady Fantasy’, petite pièce montée de douze minutes. En outre, si les deux premiers morceaux n’apportent pas grand-chose (la rythmique et les soli de ‘Free Fall’ restent pourtant entraînants), ‘Nimrodel/The Procession/The White Rider’ et ‘Earthrise’ incarnent les autres bons moments de l’opus. Dans l’ensemble, Mirage reste un disque appliqué et cohérent, très instrumental, auquel il manque tout de même un peu plus de passion et un zeste de génie, à mon sens.

Note : 4/6

samedi 14 juillet 2007

YES Drama (1980)

Yes - Drama
Progressif (Angleterre)


Au bord du gouffre, Yes le sera. Si, avec le temps, le groupe se rapproche de ses propres limites, un ultime sursaut est possible : Drama est l’occasion de surfer sur la vague pop FM pour en tirer du bon, pour se regénérer, pour créer quelque chose de neuf... Pourtant, Yes finira tôt ou tard par s’enfoncer dans la médiocrité de compositions pop particulièrement faibles et irritantes. Et il touchera le fond, à trop jouer avec le feu. Se servir du FM après l’explosion punk, ce n’est pas pour tout le monde... Rush restant d'ailleurs un modèle de réussite dans le genre.

Cela étant, avec Drama, Yes semble obtenir un vrai sursis. Et non sans certains changements majeurs au niveau de son histoire et de ses fondements : Rick Wakeman et surtout Jon Anderson ne font en effet plus partie du voyage. Le premier signe sa seconde fugue, après son retour en force sur Going for the One. Pour le second c’est plus problématique : après 12 ans de Yes, c’est l’un des deux fondateurs du groupe (avec Squire) qui se fait remarquer par son absence.

Pour les remplacer : Geoff Downes et Trevor Horn des Buggles. Oui, des Buggles… vous souvenez-vous de l’insupportable ‘Video Killed the Radio Star’ ? Eh bien c’est eux... Si ce changement de line-up peut engendrer un trouble d’identité au sein du groupe, et notamment en live, on retrouve tout de même avec Drama une fidélité au niveau des vocaux. Non seulement la voix de Trevor Horn n’est pas très éloignée de celle de Jon Anderson, mais les chœurs composés de Squire et Howe permettent de ne plus se sentir trop dépaysé.

En tout cas avec Drama, un univers très particulier se dévoile une fois encore. Il s’agit d’une musique presque légère, soutenue par des artistes jouant clairement sur les atmosphères (d’où l’importance des claviers sur ‘Run Through the Light’ & ‘White Car’ par exemple). En outre, l’alchimie est encore présente, n’en doutons pas, comme le prouve la solidité rythmique de ‘Tempus Fugit’. Quant à ‘Machine Messiah’ (eh oui 10 minutes, ça reste du Yes…) et ‘Into the Lens’, ils font figure de classiques du disque.

Avec Drama, le groupe affiche une grande vitalité, voire une véritable fraîcheur. La légère tonalité new wave de ce tableau d'ensemble se marie bien avec le progressif onirique et évocateur qui est ourdit dans l'œuvre. Tous les éléments positifs que Drama propose généreusement en font un album aéré et plaisant, un peu sombre et parfois assez énigmatique. Le disque d’une dernière chance saisie par les cornes. Avant la chute.

Note : 4,5/6

mercredi 28 juin 2006

GENESIS We Can't Dance (1991)

Genesis - We Can't Dance
Pop (Angleterre)


Un disque d’enfance… Ici le symbolique va supplanter l’objectivité pour cette petite chronique. Quand j’avais 11 ans ce disque aurait pu être l'un de mes préférés. Ecoutant à l’époque du classique et toute la variété qui traînait sur les ondes radio, je n’ai pu passer à côté de ce Genesis qui, cependant, ne montrait pas le meilleur visage du groupe à ce moment-là. Les années passèrent... et aujourd’hui je me mets à décortiquer cet album, pensant a priori qu’il pourrait faire partie des disques les plus navrants de ma discothèque. Il est vrai que Genesis s’est embourbé jusqu’au cou dans l’univers de la pop commerciale et enfonce avec We Can’t Dance le clou qui avait été planté délibérément avec Invisible Touch, puisque l’album éponyme de 1983 proposait une pop artistique encore de qualité, loin de viser uniquement le succès commercial. Dans We Can’t Dance, ce qui frappe surtout, c’est la médiocrité des textes (le misérabilisme sentimental de ‘Tell Me why’, l’indigence de ‘Jesus He Knows Me’…) comme des vidéos. Et puis, évidemment, il y a cette chanson encombrante et insupportable : le fameux single ‘I Can’t Dance’. Alors, peut-on sauver ce disque ? Le salut viendra peut-être de l’atmosphérique ‘Driving the Last Spike’ et du poignant ‘Dreaming While You Sleep’. J’ai presque envie d’épargner ‘No Son of Mine’, un single assez réussi, et ‘Living Forever’ qui sied bien à l’ambiance générale du disque. L’introduction de ‘Hold on My Heart’, de ‘Tell Me Why’ et les claviers de ‘Fading Lights’ sont par ailleurs plutôt plaisants… Ainsi, c’est presque inespéré : je défends un disque qui aurait pu être le chien galeux de ma collection, cet album qui me rappelle mes 11 ans, quand je fredonnais ces chansons au potentiel artistique pourtant discutable. La boucle est bouclée. Après ça, la Terre peut s’arrêter de tourner.

Note : 4/6

GENESIS Invisible Touch (1986)

Genesis - Invisible Touch
Pop (Angleterre)


Autant l’album éponyme révélait une certaine qualité de composition, autant Invisible Touch s’est attiré un nombre non négligeable de détracteurs chez les fanatiques du groupe. À tort ou à raison ? Depuis 1978 Genesis n’a cessé de s’éloigner du progressif pour s’orienter vers une musique de plus en plus directe, en phase avec ce que l’on attend d’un disque de pop commerciale. C’est vrai que le dilemme est bien présent : faut-il penser au passé glorieux ou se contenter de ce que Genesis nous offre pendant les années 80 ? Il est clair qu’avec ‘Duke’ et ‘Genesis’, nous n’avions pas le droit de nous plaindre puisque la qualité était belle et bien au rendez-vous. Avec Invisible Touch, nous devrions (?) adopter une nouvelle philosophie : accepter les disques de Genesis tels qu’ils sont. Et dans les limites du possible. Si le disque éponyme de 1983 était la porte ouverte au succès, « Invisible Touch » assure quant à lui les heures de gloire commerciales du groupe. Rien que la chanson-titre est un tube à elle toute seule, mémorable certes, mais exaspérante pour beaucoup. Pour ma part elle pourrait passer à peu près bien, à condition d'être dans le "trip". En revanche, sa section middle me donne la nausée... Dans l'ensemble, le disque sonne un peu creux, et les chansons, dopées par des percussions électroniques, sont parfois sans saveur. Si la qualité d’écriture reste peu ambitieuse, on parvient tout de même à écouter plus ou moins facilement la quasi-totalité de l’album. ‘Land of Confusion’ n’a rien de renversant mais demeure un tantinet efficace grâce au clavier de Tony Banks. Le nocturne ‘Tonight, tonight, tonight’ est assez terrible dans le genre et ‘Throwing It All Away’ reste plaisante, bien que relativement inoffensive. En fait, il n’y a rien d’inécoutable, il s’agit juste d’un disque de pop, rien de plus, rien de moins. Si son impact artistique sur la carrière du groupe est mineur, et si Genesis cherche avant tout à percer les secrets du succès en offrant une musique sans danger et sans prétention (extra-commerciale), il m’est néanmoins impossible de le condamner. Bien au contraire.

Note : 3,5/6

GENESIS Genesis (1983)

Genesis - Genesis
Pop (Angleterre)


Alors ça commence comme ça… par une chanson incommensurable : ‘Mama’… morceau hypnotique, psychotique, claustrophobique, mécanique… porté par des nappes de clavier qui nous emmènent ailleurs pour ensuite se terminer en apothéose. Cet album éponyme de 1983 est en fait le levier idéal pour le succès grand public du groupe mais aussi le disque de Genesis le plus réussi depuis Wind & Wuthering et And Then There Were Three. Ici, il n’y a plus de place pour les petites expérimentations un peu gauches d’Abacab mais plutôt pour une pop lisse et attachante. La face A du disque est un régal grâce au tube en puissance ‘Mama’ et à ‘Second Home by the Sea Part 1 & 2’. Ce dernier est doté d’une mélodie accrocheuse et sa seconde partie se compose d’un instrumental qui va progressivement s’alléger, se liquéfier, pour aboutir sur un solo de guitare court, efficace et classieux, soutenu par des claviers lumineux, avant de rebondir avec la mélodie principale au final. Un sacré carton… Du mainstream intelligent, juste ce qu’il faut pour montrer que l’on peut surfer sur le côté commercial des années 80 (elles ont tellement d’autres côtés ne l’oublions pas !) en présentant un son synthétique et agréable, dans une composition loin d’être idiote. Par ailleurs, le reste du disque offre encore quelques surprises, comme l’énigmatique ‘Silver Rainbow’, le single ‘Illegal Alien’ (pas très futé mais honteusement entêtant) et, pour terminer le disque, ‘It’s Gonna Be Better’, avec son intro superbe : la basse chaloupée, le clavier qui s’infiltre, nous rappelant immédiatement les sonorités d’‘Afterglow’… Impossible dès lors de bouder son plaisir. Ainsi, même si le disque manque encore d’envergure et d’ambition par moments, on finirait presque par ne pas regretter la plongée corps et âme de Genesis dans le monde de la musique pop.

Note : 4,5/6

lundi 26 juin 2006

GENESIS Three Sides Live (1982)

Genesis - Three Sides Live
Pop & Progressif Symphonique (Angleterre)


Si Three Sides Live n’apparaît pas en général comme le live le plus important du groupe, il mérite cependant de s’y pencher un tant soit peu. La version que je chronique ici (il y en a plusieurs, je passe les détails…) contient deux disques de performances live. Le premier se compose de titres d’époque interprétés correctement (avec notamment une version allongée de ‘Abacab’), et s’écoute assez bien malgré un léger manque de tonus. Il faut dire que les compositions ne sont pas les meilleures du groupe mais un attachement au son « moderne » de l’époque pousse à les prendre en considération. Le second disque est quant à lui beaucoup plus intéressant car il procure irrémédiablement le plaisir de voir s’enchaîner certains des plus grands moments du groupe : Genesis réunit dans un medley l’excellentissime ‘In the Cage’, un titre à mon sens de plus en plus symbolique, l’instrumental final de ‘Cinema Show’ et le solo fantasque de ‘The Colony of Slippermen’… puis c’est l’enchaînement parfait avec ‘Afterglow’, et là la nostalgie du fan prend le dessus. La surprise aussi quand on ne s’attend pas à voir se succéder tous ces moments de bonheur simples. Le groupe a également le bon goût de jouer l’hivernal ‘One for the Vine’ et le cultissime ‘Fountain of Salmacis’ avant de terminer le disque avec ‘it’ suivi de toute la tension théâtrale de ‘Watcher of the Skies’… merveilleux ! Si cela n’a rien de totalement renversant, on ne peut renier le plaisir d’entendre les membres du groupe enchaîner librement des moments de musique si enthousiasmants. Mais au fond, n’ayons pas l’air trop surpris : n’est-ce pas le but de tout artiste progressif de s’adonner à ce genre d’exercice en concert ?

Note : 4/5

GENESIS Abacab (1981)

Genesis - Abacab
Pop (Angleterre)


Avec Abacab, Genesis poursuit sa route, et les premiers albums de progressif pur semblent désormais déjà bien loin… Mais l’heure n’est pas à la nostalgie. Ici le trio propose une musique synthétique et plastique, avec un son moderne et claquant. Une forme de new wave un peu futuriste, légèrement expérimentale, un peu artificielle, et pas toujours très ambitieuse non plus. On retiendra surtout le tubesque ‘Keep it Dark’, la mélodie de ‘Man on the Corner’, la section middle du flamboyant ‘No Reply at All’… peut-être aussi le morceau titre, malheureusement un peu crispant à cause de ses back vocals… Quant aux autres chansons, elles donnent un caractère monolithique au disque sans s’en détacher singulièrement. Genesis a tout de même penser à mettre dans son sac un morceau plus long que les autres, ‘Dodo/Lurker’, mais celui-ci se révèle finalement assez pénible à écouter. Dans l’ensemble c’est avant tout la production de l’album qui est intéressante car les compositions ne suivent pas toujours…

Note : 3,5/6

GENESIS Duke (1980)

Genesis - Duke
Pop progressive (Angleterre)


Intime et mélancolique, telle est Duke, l’aventure genesis-ienne ouvrant les années 80. Avec l’opus précédent And Then There Were Three, ce disque éloigne aussi Genesis de sa période progressive proprement dite pour ouvrir la « carrière » du groupe dans une veine plus pop, plus aérée, mais tout de même moins inspirée. Si Genesis continue d’ailleurs de façonner des tubes relativement honnêtes à défaut d’être renversants (‘Turn It on Again’, ‘Misunderstanding’), le plus important concerne le mini-concept que nous offre le groupe. Le disque démarre en effet par une introduction magistrale (‘Behind the Lines’) qui sera répétée à la fin de l’opus (‘Duke’s End’) et après l’excellent ‘Duke’s Travels’ qui lui-même réintroduit de très belle manière la mélodie du troisième morceau (‘Guide Vocal’), de façon totalement fluide. De grands moments donc ! Les autres titres sont en revanche un peu moins alléchants et ne demeurent pas vraiment des classiques du groupe (à part peut-être ‘Duchess’, morceau qui brille par sa légèreté) même s’ils contribuent à l’atmosphère particulière du disque (j’ai tout de même une petite tendresse pour ‘Man of our Times’). Genesis s’affranchit donc un peu plus de ses orientations musicales passées en créant une forme de post-prog, de néo-progressif personnel différent de ce que réalisera Marillion, groupe qui s’accaparera l’étiquette du style. Mais ça, c’est une autre histoire...

Note : 4/6

dimanche 25 juin 2006

Steve HACKETT Voyage of the Acolyte (1975)

Steve Hackett - Voyage of the Acolyte
Progressif Symphonique (Angleterre)


Voyage of the Acolyte… ce n’est pas le titre qui va me démentir : le progressif se montre souvent comme un voyage esthétique. Cette fois-ci, c’est Steve Hackett qui nous emmène dans un univers très imagé et inspiré par le tarot. Ce fin guitariste, qui a énormément contribué à la couleur sonore de Genesis entre 1971 et 1977, peut compter sur la présence de membres de ce groupe mythique : Rutherford (basse, et 12 cordes) et Collins (batterie, percussions, vibraphone, vocaux sur ‘Star of Sirius’). Tony Banks n’est pas de la partie, ce qui laisse sans doute à Hackett une plus grande indépendance, profitant dès lors de nouveaux espaces musicaux. Ce premier album solo survient après le départ du Gab de Genesis et la sortie de disques plus importants dans la carrière du groupe : le lumineux et énigmatique Selling England by the Pound, et le futuriste, synthétique et aventureux The Lamb Lies Down on Broadway. Hackett nous offre ainsi en contraste un disque plus bucolique, champêtre et médiéval que le concept-album de Genesis sorti l’année précédente. Tantôt la musique devient vivace et soutenue, tantôt les divers instruments, et notamment les sections de bois déprimantes, nous transportent dans une rêverie romantique au bord du lac. De cet album monolithique on retiendra surtout le mélancolique ‘The Hermit’ et l’épique ‘Shadow of the Hierophant’, composé avec Rutherford. Avec le temps, Voyage of the Acolyte reste une base instructive pour comprendre le progressif symphonique même s’il ne demeure pas indispensable. Autrement, tel un songe élégant, il rappellera avec enthousiasme aux accros de Genesis les moments les plus baroques du groupe.

Note : 4/6

mercredi 10 mai 2006

CAMEL Moonmadness (1976)

Camel - Moonmadness
Progressif (Angleterre)


Un voyage vers la lune… Du nostalgique ‘Song Within a Song’ aux brumes atmosphériques et humides de ‘Lunar Sea’, Moonmadness n’est rien d’autre que cela. Le progressif de Camel se tourne ici vers des ambiances nappées et mystérieuses qui nous transportent loin dans le temps et dans l’espace. À mi-chemin entre space rock et prog technique, les chansons de Moonmadness respirent la délicatesse et la minutie. Certes, nous sommes loin des défis que lancent tant de musiciens au monde de la musique : les longues suites bucoliques de Genesis et de Yes, les ornementations riches et précises de Gentle Giant, la fusion musicale schizoïde opérée chez King Crimson… Mais le groupe offre ici une musique travaillée et attachante. Si certains pourront lui reprocher son côté parfois nonchalant, je vois plutôt dans cet album l'expression toute humble de sentiments rentrés et contenus, comme sur les très beaux ‘Air Born’ et ‘Spirit of the Water’. Camel reste un groupe qui sait se créer son univers, nous révélant ici une musique tendre et magique.

Note : 5/6

EMERSON, LAKE & PALMER Tarkus (1971)

Emerson, Lake & Palmer - Tarkus
Progressif Symphonique (Angleterre)


Emerson, Lake et Palmer forment ce qu’on nomme communément un « super groupe », et veulent visiblement le montrer sur ce classique de leur discographie. Et même un peu trop, pour ceux qui n’aiment pas vraiment le progressif « symphonique » trop flamboyant. Mais qu’importe… Demandons-nous plutôt si ELP fait du coup de la « super musique »... Au premier regard, Tarkus est un disque bicéphale, composé de deux faces bien distinctes, la première présentant un long morceau éponyme d’une vingtaine de minutes qui ravira tous les amateurs de musique progressive, et la seconde mettant en scène une succession de morceaux parfois sujets à d’acerbes critiques chez les fans de prog.

‘Tarkus Medley’, qui ouvre le disque, est une suite écrasante et pachydermique, composée de sept petits morceaux (4 instrumentaux séparés par 3 chansons aux mélodies plutôt réussies). Ici les musiciens sont en osmose, infatigables et inébranlables. Ils génèrent des mélodies tourbillonnaires et torrentueuses qui s’enroulent les unes dans les autres, quand ils ne façonnent pas des rythmiques solides et coriaces, en acier inattaquable. ‘Tarkus Medley’ est une machine musicale qui traîne sa masse torpide, écrase tout sur son passage. Un morceau imposant et démesuré, joué avec une précision chirurgicale et étourdissante. Quelques passages plus calmes surviennent à point nommé pour ensuite laisser repartir la musique, encore plus remuante, impétueuse et virevoltante.

La seconde partie du disque, moins mouvementée, se compose de morceaux bien plus courts et sujets à controverse. Le titre ‘Jeremy Bender’ tranche violemment et de façon un peu étrange avec la longue suite que nous venons tout juste de quitter. Personnellement je n’ai pas de mal avec ce morceau, les parties de clavier de Keith Emerson étant assez soignées, même s’il s’exprime plus, et mieux, à d’autres moments dans le disque. Beaucoup n’aimeront ni le contraste qui s’opère entre ‘Tarkus Medley’ et ‘Jeremy Bender’, ni le côté honky-tonk un peu caricatural de ce dernier. En fait, c’est surtout ‘Bitches Crystal’ qui retiendra l’attention dans la deuxième partie du disque : le morceau se rapprochant le plus du premier, mais en cinq fois plus court... Finalement, le disque se termine sur un clin d’œil à leur producteur avec le morceau ‘Are You Ready Eddy ?’, un rock and roll dispensable et un peu à côté du sujet.

Malgré ses qualités, sa personnalité affirmée et sa pochette sympa, Tarkus d'Emerson, Lake & Palmer donne du grain à moudre aux contempteurs du groupe, avec des compositions irrégulières qui vieilliront mal. Mais n'oublions pas pour autant l'essentiel : Tarkus vaut surtout le détour pour sa longue suite agitée et pyrotechnique, ‘Tarkus Medley’, morceau qui précède dans l'histoire du progressif les grands ‘Supper’s Ready’ de Genesis et ‘Close to the Edge’ de Yes.

Note : 4,5/6

vendredi 5 mai 2006

GENESIS And Then There Were Three (1978)

Genesis - And Then There Were Three
Pop / FM (Angleterre)


Ils ne sont plus que trois… Hackett vient de quitter l’aventure et l’on se retrouve ainsi en petit comité pour découvrir ce disque intimiste et nocturne, And Then There Were Three, album de pop légèrement atmosphérique grâce à ses claviers crépusculaires, mais encore un tantinet progressif, et véritablement radio friendly à de nombreux endroits. En tout cas, le Rubicon est sans doute franchi. Pour un bout de temps, ou devrais-je dire pour toujours… Ceci dit, pour bien préparer sa chute, autant partir de haut, et cet album n’est vraiment pas dépourvu de qualités, loin s’en faut. Ici encore Banks fait des étincelles, avec notamment les très mélodiques ‘Many too Many’ et ‘Undertow’, pleins d’émotion, et le sublime ‘The Lady Lies’, meilleur titre du disque grâce à son refrain absolument envoûtant et magnétique. Le disque affiche une réelle cohérence, et garde encore quelques réflexes légèrement progressifs, comme sur ‘Burning Rope’, le morceau le plus long du disque, encore écrit par Banks. Beaucoup de titres contribuent à l’ambiance du disque sans pour autant tirer véritablement leur épingle du jeu (l'ouverture du disque ‘Down and Out’ et ‘Deep in the Motherlode’ restent quand même franchement pas mal). Evidemment, il y a le pseudo-tube ‘Follow You, Follow Me’, qui à mon sens n’est pas très réussi : une sorte de chanson FM au refrain dégoulinant, donnant un aperçu peu enviable de la suite de la carrière du groupe, malgré une intro intéressante et un couplet correct. Mais là n'est point l'essentiel... Dans l’ensemble, And Then There Were Three est un disque atypique dans la trajectoire discographique de Genesis, un album qu’on aurait sans doute tort de négliger, pour son ambiance et ses highlights...

Note : 4,5/6

jeudi 4 mai 2006

GENESIS Seconds Out (1977)

Genesis - Seconds Out
Progressif / Live (Angleterre)


Ce double live est proprement monstrueux… Sérieusement, à l’issue de l'écoute de Seconds Out, on se rend compte une fois encore de la qualité du répertoire de Genesis… et à quel point le groupe le maîtrise en concert. Si les fans se retrouvent tout à fait dans ce live où le public semble conquis, le néophyte pourra également découvrir le groupe avec ces fabuleux morceaux. Il faudra néanmoins s’habituer à ces versions chantées par Collins qui fait plutôt bien son travail (en revanche, au niveau du visuel, Gabriel laisse un certain vide mais ça, on s’en doute, le disque ne peut le laisser voir…). Le premier disque présente de bons moments, comme notamment le très bel ‘Afterglow’, une version à rallonge de ‘I Know what I Like’ assez réussie, et un ‘Firth of Fifth’ magistral bien que surprenant (l’intro traditionnelle est suprimée…) Pour ce qui est de The Lamb…, Genesis a mis au menu ‘Carpet Crawlers’ et le morceau éponyme agréablement enchaîné avec une section de ‘The Magical Box’. Puis place au second disque : et là survient ‘Supper’s Ready’… alors on s’accroche : un moment d’excellence pour une interprétation relativement fidèle d’un titre époustouflant. Un vrai régal. Ceci dit, le final aurait pu être encore plus ravageur… tout comme celui de ‘Cinema Show’, même si la deuxième partie du morceau reste absolument remarquable et haletante comme on pouvait s’y attendre. Le concert s’achève sur ‘Dance on a Volcano’ suivit de ‘Los Endos’, son petit frère. Et une fois encore, le livre se referme... tel le dernier testament d’une époque révolue… Après ce n’est le début d’une longue et lente chute, certes à relativiser. Le groupe a montré toute l’étendue de son talent à travers ces interprétations de morceaux de haut niveau, et autant dire que de mon côté le message a été reçu 5 sur 5.

Note : 5/5

GENESIS Wind & Wuthering (1976)

Genesis - Wind & Wuthering
Progressif (Angleterre)


Sur A Trick of the Tail soufflait le chaud, et sur Wind & Wuthering… le froid. Je me rappelle avoir fait connaissance de ce disque et de sa belle pochette quand je découvrais la partie immergée (et donc la plus importante) de l’iceberg discographique de Genesis. En fait, musicalement, la production est ici toujours aussi singulière et magique. Elle donne une petite teinte gelée et givrée aux différentes chansons. Au niveau des morceaux eux-mêmes, Banks fait preuve d’une verve étincelante avec ‘One for the Vine’ et ‘All in a Mouse’s Night’, mais surtout grâce à l’excellent ‘Afterglow’ qui clôt le disque de la plus belle des manières en laissant rêveur. Quant au titre qui ouvre le disque, ‘Eleventh Earl of Mar’, il reste plutôt pas mal, surtout pour sa section middle. Il y a également cette belle ballade tout à fait sympathique écrite par Hackett et Collins : le mélodique ‘Blood on the Rooftops’... On notera aussi le très bon instrumental ‘Unquiet Slumbers for the Sleepers...’ et sa suite, ‘... in that quiet Earth’, qui reprend des thèmes du disque. Néanmoins on peut tout de même rester légèrement sur sa faim : avec un tel enrobage on aurait pu s’attendre à des ambiances à la ‘Cinema Show’ ou ‘Supper’s Ready’ version hivernale… mais malheureusement ce disque tourne parfois un peu à vide (le refrain assez lamentable de ‘Your own Special Way’…). Il nous fait part d’une richesse sur la production, les sons, la forme tout en nous déroutant sur certains passages plutôt faiblards et engourdis au niveau de l’inspiration, bien que les musiciens demeurent au point dans l’exécution. Devant cette oeuvre de qualité, on peut donc penser qu'il y avait de la place pour encore mieux... Ceci dit, grâce à certains titres le disque s’en sort globalement très bien, et l’on parvient à se glisser dans ce nouveau monde de lacs gelés et de terres enneigées, où le froid hivernal vient chatouiller notre sensibilité.

Note : 5/6

GENESIS A Trick of the Tail (1976)

Genesis - A Trick of the Tail
Progressif (Angleterre)


Y-a-t-il une vie après Peter Gabriel ? Telle est la question qui brûle toutes les lèvres après son départ. Ce nouveau disque, A Trick of the Tail, nous apporte une première réponse : il semblerait que oui. Il s’agit d’un disque raffiné, clair-obscur, qui lève le voile sur une musique sombre et envoûtante. Le théâtre qui s’ouvre à nous est proprement magnifique, même s'il était difficile de composer une œuvre capable de s’extirper de l’ombre du précédent disque, The Lamb Lies Down on Broadway. Les chansons embrasées et flambant neuves nous transportent sur les terres noires et brûlantes d’un monde englouti sentant le soufre. Dans ce nouvel album incandescent et féerique, Banks et Collins jouissent de nouveaux espaces. Rythmiques bouillantes, lignes mélodiques enchevêtrées, tout est au service d’une beauté lugubre et saillante au sein d’un disque fiévreux et allumé en diable, où l’art de l’ornementation délicate reste pratiqué avec une maturité sans faille. Dès l’incendiaire ‘Dance on a Volcano’, le bal s'ouvre dans un climat caniculaire. ‘Entangled’, comptine acoustique, est un vrai bijou, comme en témoigne sa magnifique section instrumentale. Il est en effet à noter que Genesis ourdit à la perfection ces passages instrumentaux, comme sur le rutilant et enthousiaste ‘Robbery, Assault & Battery’, ou encore sur ‘Ripples’, absolument magnifique. Le disque vaut largement le détour pour ces titres, comme pour son humour léger et cuisant. Autres cols du disque : ‘Mad Man Moon’ et le morceau éponyme, où les mélodies sont ici peut-être privilégiées, sans oublier l’épineux ‘Squonk’. À la fin de disque, le quasi-instrumental ‘Los Endos’ reprend légèrement ‘Dance on a Volcano’ et ‘Squonk’, et ce conte merveilleux se referme devant nos yeux de braise. Cultivant magie et élégance, A Trick of the Tail est un très grand disque, périlleux et passionné.

Note : 5,5/6

samedi 22 avril 2006

GENESIS The Lamb Lies Down on Broadway (1974)

Genesis - The Lamb Lies Down on Broadway
Progressif / Concept Album (Angleterre)


The Lamb… est la troisième grande pièce de la discographie de Genesis. Un grand concept album fantastique où l’on parle d’une parade d’emballages sans vie, d’un anesthésiste surnaturel, et d’hommes-chaussons… Déjà, la production joue une fois encore un rôle primordial dans la qualité d’ensemble de ce double album. Grâce à ce vernis, les titres de The Lamb… apparaissent modernes et intemporels. Il n’est finalement pas étonnant que les trois grands opus du groupe présentent à chaque fois une production non seulement remarquable, mais différente, donnant un relief très particulier aux morceaux.

Et comme dans tout disque de Genesis, que ce soit les trois grands ou les moins connus, les musiciens montrent toute leur habileté à travailler les atmosphères conceptuelles. On connaissait les nappes de mellotron de Foxtrot, les ambiances énigmatiques de Selling England by the Pound (vous savez celles qui vous donnent envie de vous enfoncez dans des forêts lugubres et mystérieuses), on connaît dorénavant celle de The Lamb… : de la pure nostalgie, un voyage dans le temps et dans des espaces infinis, dans des endroits insolites comme ces chambres aux 32 portes, ces bateaux vides d’où résonne une tristesse silencieuse et pesante, ces ravins profonds et angoissants, ces rapides dans lesquels nous sommes projetés malgré nous… bref un nouvel univers mystérieux qui se dévoile à nous.

Quelque chose de profond émane de ce disque, qui en même temps garde une certaine froideur. Mais derrière la glace que l’on parvient à briser se cache un certain nombre de morceaux incontournables. Il est vrai que ‘The Lamia’ est un argument de poids. Un titre comme celui-ci fait la différence avec pas mal d’autres concept albums : cette mélodie si remarquable… et puis la fin du morceau où se joignent flûte et percussions dans un instant furtif mais vraiment mémorable... Avec le symbolique ‘In the Cage’ et ses cascades instrumentales, ‘The Lamia’ fait partie de ces grands cols du disque, imparable et surhumain.

Que de mélancolie ici et là, dans tant de grands moments… dans ‘Hairless Heart’, ‘In the Rapids’ ou ‘Anyway’, des instants magiques… Et n’oublions pas évidemment ‘The Light Dies down on Broadway’ qui reprend partiellement la mélodie du morceau titre ouvrant le disque (ah ce piano au début de l'album…) et l’étincelant ‘Carpet Crawlers’ qui nous trimbale un peu n’importe où, un peu malgré nous. Quant aux atmosphères du fabuleux et eno-esque ‘Silent Sorrow in Empty Boats’, de l’excellent ‘Ravine’ ou encore du terrifiant ‘The Waiting Room’, elles nous transportent plus loin que nous l’imaginions.

Les musiciens apparaissent en grande forme, que ce soit Banks et ses envolées de synthétiseur (‘In the Cage’, ‘Riding the Scree’, ‘The Colony of Slippermen’), Collins et son jeu de batterie affûté et percutant (‘The Lamia’, ‘In the Cage’, ‘Carpet Crawlers’), Peter Gabriel (la voix sur ‘Carpet Crawlers’ par exemple…), Hackett et ses guitares délicieuses (‘Here comes the Supernatural Anaesthetist’), Rutherford et sa basse (‘Fly on a Windshield’)…

Genesis joue alors avec les dimensions ; il nous oppose à la proximité de morceaux intimes... mais nous plonge également dans des infinis spatio-temporels, ces mêmes infinis qui nous effraient… ce vide qui suscite tant d’interrogations. The Lamb… est plus qu’un disque, c’est une quête, une véritable aventure comme seul le groupe sait en raconter. Et accessoirement, un concept album incontournable dans l’histoire de la musique rock. "Yes it's only knock and knowall, but I like it...".

Note : 6/6

vendredi 21 avril 2006

ENGLAND Garden Shed (1977)

England - Garden Shed
Progressif Symphonique (Angleterre)


England, formation peu connue… et pourtant maîtresse dans l’arrangement musical, la connaissance du progressif briton, et l’hommage aux grands du genre… Capable d’ourdir des pièces oniriques, classieuses et ornementées, England nous transporte dans l’univers de Genesis, Crimson et surtout Yes. C’est vrai, en le réécoutant ces derniers jours, je sentais, presque amusé, avoir en face de moi une nouvelle forme de tribute band… mais il ne s'agit pas ici d'un banal travail de synthèse car les musiciens parviennent à dessiner un panorama musical encore très personnel, munis d'une palette d'émotions intenses et diverses. Et puis recréer le jardin secret des références du progressif n’est pas une mince affaire…

Dans Garden Shed, tous les ingrédients du rock prog sont là (ornementations raffinées, structures et rythmes complexes, mellotron mystique...), le tout joué avec une maîtrise chirurgicale de l'instrument, mise en valeur par une production de lumière. Déjà, l’ouverture est un retour en force vers les régions de Foxtrot de Genesis… précédant une première immersion dans le monde de Yes. Et puis, dès la première écoute, je fus renversé par l'introduction si pure de ‘Three Piece Suite’, morceau exceptionnel et nostalgique, appuyée par une dynamique à la Yes (mais pas seulement), nous emmenant très loin dans le temps et dans l'espace... Introduit élégamment par le piano de ‘All Alone’, il laisse bien entrevoir chacune de ses trois facettes, tout en restant extrêmement cohérent. L'autre long titre du disque, ‘Poisoned Youth’, est lui aussi un must, grâce à son architecture musicale et ses mélodies enivrantes : le refrain vers 5:47 et 14:07, le passage solo vers 10:20, mais aussi cette petite section très Crimsonienne, vers 7:15, propulsée par ses percussions froides tranchant agréablement avec le reste du morceau… Pour le reste, si ‘Paraffinalea’ est un tantinet empoisonnant par moment malgré de bonnes idées, ‘Yellow’ reste un titre bien sympathique et distingué, garantissant l’identité et l’homogénéité du tout.

Datant de 1977, on aurait tort de penser que Garden Shed mérite de se faire balayer par l’ouragan punk… Bon c’est vrai, si l’on se distrait à y voir tour à tour les réflexes entretenus par les maîtres du style, on peut aussi faire la moue devant certains passages très typés, jugés comme des fautes de goût ou des caricatures. Mais dans l'ensemble, je vois l’album comme une relecture brute et très solide du progressif symphonique anglais, fidèle à son éclat et exécutée avec toute la subtilité nécessaire pour l’aborder comme un authentique délice.

P.S. : l’édition japonaise (pressage cartonné/papersleeve) que j’avais réussi à ma procurer propose un titre en bonus, ‘Nanogram’, disponible dans la compilation The Last of the Jubblies.

Note : 5/6

M.A.J. le 23/10/12