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mercredi 28 juin 2006

GENESIS We Can't Dance (1991)

Genesis - We Can't Dance
Pop (Angleterre)


Un disque d’enfance… Ici le symbolique va supplanter l’objectivité pour cette petite chronique. Quand j’avais 11 ans ce disque aurait pu être l'un de mes préférés. Ecoutant à l’époque du classique et toute la variété qui traînait sur les ondes radio, je n’ai pu passer à côté de ce Genesis qui, cependant, ne montrait pas le meilleur visage du groupe à ce moment-là. Les années passèrent... et aujourd’hui je me mets à décortiquer cet album, pensant a priori qu’il pourrait faire partie des disques les plus navrants de ma discothèque. Il est vrai que Genesis s’est embourbé jusqu’au cou dans l’univers de la pop commerciale et enfonce avec We Can’t Dance le clou qui avait été planté délibérément avec Invisible Touch, puisque l’album éponyme de 1983 proposait une pop artistique encore de qualité, loin de viser uniquement le succès commercial. Dans We Can’t Dance, ce qui frappe surtout, c’est la médiocrité des textes (le misérabilisme sentimental de ‘Tell Me why’, l’indigence de ‘Jesus He Knows Me’…) comme des vidéos. Et puis, évidemment, il y a cette chanson encombrante et insupportable : le fameux single ‘I Can’t Dance’. Alors, peut-on sauver ce disque ? Le salut viendra peut-être de l’atmosphérique ‘Driving the Last Spike’ et du poignant ‘Dreaming While You Sleep’. J’ai presque envie d’épargner ‘No Son of Mine’, un single assez réussi, et ‘Living Forever’ qui sied bien à l’ambiance générale du disque. L’introduction de ‘Hold on My Heart’, de ‘Tell Me Why’ et les claviers de ‘Fading Lights’ sont par ailleurs plutôt plaisants… Ainsi, c’est presque inespéré : je défends un disque qui aurait pu être le chien galeux de ma collection, cet album qui me rappelle mes 11 ans, quand je fredonnais ces chansons au potentiel artistique pourtant discutable. La boucle est bouclée. Après ça, la Terre peut s’arrêter de tourner.

Note : 4/6

GENESIS Invisible Touch (1986)

Genesis - Invisible Touch
Pop (Angleterre)


Autant l’album éponyme révélait une certaine qualité de composition, autant Invisible Touch s’est attiré un nombre non négligeable de détracteurs chez les fanatiques du groupe. À tort ou à raison ? Depuis 1978 Genesis n’a cessé de s’éloigner du progressif pour s’orienter vers une musique de plus en plus directe, en phase avec ce que l’on attend d’un disque de pop commerciale. C’est vrai que le dilemme est bien présent : faut-il penser au passé glorieux ou se contenter de ce que Genesis nous offre pendant les années 80 ? Il est clair qu’avec ‘Duke’ et ‘Genesis’, nous n’avions pas le droit de nous plaindre puisque la qualité était belle et bien au rendez-vous. Avec Invisible Touch, nous devrions (?) adopter une nouvelle philosophie : accepter les disques de Genesis tels qu’ils sont. Et dans les limites du possible. Si le disque éponyme de 1983 était la porte ouverte au succès, « Invisible Touch » assure quant à lui les heures de gloire commerciales du groupe. Rien que la chanson-titre est un tube à elle toute seule, mémorable certes, mais exaspérante pour beaucoup. Pour ma part elle pourrait passer à peu près bien, à condition d'être dans le "trip". En revanche, sa section middle me donne la nausée... Dans l'ensemble, le disque sonne un peu creux, et les chansons, dopées par des percussions électroniques, sont parfois sans saveur. Si la qualité d’écriture reste peu ambitieuse, on parvient tout de même à écouter plus ou moins facilement la quasi-totalité de l’album. ‘Land of Confusion’ n’a rien de renversant mais demeure un tantinet efficace grâce au clavier de Tony Banks. Le nocturne ‘Tonight, tonight, tonight’ est assez terrible dans le genre et ‘Throwing It All Away’ reste plaisante, bien que relativement inoffensive. En fait, il n’y a rien d’inécoutable, il s’agit juste d’un disque de pop, rien de plus, rien de moins. Si son impact artistique sur la carrière du groupe est mineur, et si Genesis cherche avant tout à percer les secrets du succès en offrant une musique sans danger et sans prétention (extra-commerciale), il m’est néanmoins impossible de le condamner. Bien au contraire.

Note : 3,5/6

GENESIS Genesis (1983)

Genesis - Genesis
Pop (Angleterre)


Alors ça commence comme ça… par une chanson incommensurable : ‘Mama’… morceau hypnotique, psychotique, claustrophobique, mécanique… porté par des nappes de clavier qui nous emmènent ailleurs pour ensuite se terminer en apothéose. Cet album éponyme de 1983 est en fait le levier idéal pour le succès grand public du groupe mais aussi le disque de Genesis le plus réussi depuis Wind & Wuthering et And Then There Were Three. Ici, il n’y a plus de place pour les petites expérimentations un peu gauches d’Abacab mais plutôt pour une pop lisse et attachante. La face A du disque est un régal grâce au tube en puissance ‘Mama’ et à ‘Second Home by the Sea Part 1 & 2’. Ce dernier est doté d’une mélodie accrocheuse et sa seconde partie se compose d’un instrumental qui va progressivement s’alléger, se liquéfier, pour aboutir sur un solo de guitare court, efficace et classieux, soutenu par des claviers lumineux, avant de rebondir avec la mélodie principale au final. Un sacré carton… Du mainstream intelligent, juste ce qu’il faut pour montrer que l’on peut surfer sur le côté commercial des années 80 (elles ont tellement d’autres côtés ne l’oublions pas !) en présentant un son synthétique et agréable, dans une composition loin d’être idiote. Par ailleurs, le reste du disque offre encore quelques surprises, comme l’énigmatique ‘Silver Rainbow’, le single ‘Illegal Alien’ (pas très futé mais honteusement entêtant) et, pour terminer le disque, ‘It’s Gonna Be Better’, avec son intro superbe : la basse chaloupée, le clavier qui s’infiltre, nous rappelant immédiatement les sonorités d’‘Afterglow’… Impossible dès lors de bouder son plaisir. Ainsi, même si le disque manque encore d’envergure et d’ambition par moments, on finirait presque par ne pas regretter la plongée corps et âme de Genesis dans le monde de la musique pop.

Note : 4,5/6

lundi 26 juin 2006

GENESIS Three Sides Live (1982)

Genesis - Three Sides Live
Pop & Progressif Symphonique (Angleterre)


Si Three Sides Live n’apparaît pas en général comme le live le plus important du groupe, il mérite cependant de s’y pencher un tant soit peu. La version que je chronique ici (il y en a plusieurs, je passe les détails…) contient deux disques de performances live. Le premier se compose de titres d’époque interprétés correctement (avec notamment une version allongée de ‘Abacab’), et s’écoute assez bien malgré un léger manque de tonus. Il faut dire que les compositions ne sont pas les meilleures du groupe mais un attachement au son « moderne » de l’époque pousse à les prendre en considération. Le second disque est quant à lui beaucoup plus intéressant car il procure irrémédiablement le plaisir de voir s’enchaîner certains des plus grands moments du groupe : Genesis réunit dans un medley l’excellentissime ‘In the Cage’, un titre à mon sens de plus en plus symbolique, l’instrumental final de ‘Cinema Show’ et le solo fantasque de ‘The Colony of Slippermen’… puis c’est l’enchaînement parfait avec ‘Afterglow’, et là la nostalgie du fan prend le dessus. La surprise aussi quand on ne s’attend pas à voir se succéder tous ces moments de bonheur simples. Le groupe a également le bon goût de jouer l’hivernal ‘One for the Vine’ et le cultissime ‘Fountain of Salmacis’ avant de terminer le disque avec ‘it’ suivi de toute la tension théâtrale de ‘Watcher of the Skies’… merveilleux ! Si cela n’a rien de totalement renversant, on ne peut renier le plaisir d’entendre les membres du groupe enchaîner librement des moments de musique si enthousiasmants. Mais au fond, n’ayons pas l’air trop surpris : n’est-ce pas le but de tout artiste progressif de s’adonner à ce genre d’exercice en concert ?

Note : 4/5

GENESIS Abacab (1981)

Genesis - Abacab
Pop (Angleterre)


Avec Abacab, Genesis poursuit sa route, et les premiers albums de progressif pur semblent désormais déjà bien loin… Mais l’heure n’est pas à la nostalgie. Ici le trio propose une musique synthétique et plastique, avec un son moderne et claquant. Une forme de new wave un peu futuriste, légèrement expérimentale, un peu artificielle, et pas toujours très ambitieuse non plus. On retiendra surtout le tubesque ‘Keep it Dark’, la mélodie de ‘Man on the Corner’, la section middle du flamboyant ‘No Reply at All’… peut-être aussi le morceau titre, malheureusement un peu crispant à cause de ses back vocals… Quant aux autres chansons, elles donnent un caractère monolithique au disque sans s’en détacher singulièrement. Genesis a tout de même penser à mettre dans son sac un morceau plus long que les autres, ‘Dodo/Lurker’, mais celui-ci se révèle finalement assez pénible à écouter. Dans l’ensemble c’est avant tout la production de l’album qui est intéressante car les compositions ne suivent pas toujours…

Note : 3,5/6

GENESIS Duke (1980)

Genesis - Duke
Pop progressive (Angleterre)


Intime et mélancolique, telle est Duke, l’aventure genesis-ienne ouvrant les années 80. Avec l’opus précédent And Then There Were Three, ce disque éloigne aussi Genesis de sa période progressive proprement dite pour ouvrir la « carrière » du groupe dans une veine plus pop, plus aérée, mais tout de même moins inspirée. Si Genesis continue d’ailleurs de façonner des tubes relativement honnêtes à défaut d’être renversants (‘Turn It on Again’, ‘Misunderstanding’), le plus important concerne le mini-concept que nous offre le groupe. Le disque démarre en effet par une introduction magistrale (‘Behind the Lines’) qui sera répétée à la fin de l’opus (‘Duke’s End’) et après l’excellent ‘Duke’s Travels’ qui lui-même réintroduit de très belle manière la mélodie du troisième morceau (‘Guide Vocal’), de façon totalement fluide. De grands moments donc ! Les autres titres sont en revanche un peu moins alléchants et ne demeurent pas vraiment des classiques du groupe (à part peut-être ‘Duchess’, morceau qui brille par sa légèreté) même s’ils contribuent à l’atmosphère particulière du disque (j’ai tout de même une petite tendresse pour ‘Man of our Times’). Genesis s’affranchit donc un peu plus de ses orientations musicales passées en créant une forme de post-prog, de néo-progressif personnel différent de ce que réalisera Marillion, groupe qui s’accaparera l’étiquette du style. Mais ça, c’est une autre histoire...

Note : 4/6

vendredi 5 mai 2006

GENESIS And Then There Were Three (1978)

Genesis - And Then There Were Three
Pop / FM (Angleterre)


Ils ne sont plus que trois… Hackett vient de quitter l’aventure et l’on se retrouve ainsi en petit comité pour découvrir ce disque intimiste et nocturne, And Then There Were Three, album de pop légèrement atmosphérique grâce à ses claviers crépusculaires, mais encore un tantinet progressif, et véritablement radio friendly à de nombreux endroits. En tout cas, le Rubicon est sans doute franchi. Pour un bout de temps, ou devrais-je dire pour toujours… Ceci dit, pour bien préparer sa chute, autant partir de haut, et cet album n’est vraiment pas dépourvu de qualités, loin s’en faut. Ici encore Banks fait des étincelles, avec notamment les très mélodiques ‘Many too Many’ et ‘Undertow’, pleins d’émotion, et le sublime ‘The Lady Lies’, meilleur titre du disque grâce à son refrain absolument envoûtant et magnétique. Le disque affiche une réelle cohérence, et garde encore quelques réflexes légèrement progressifs, comme sur ‘Burning Rope’, le morceau le plus long du disque, encore écrit par Banks. Beaucoup de titres contribuent à l’ambiance du disque sans pour autant tirer véritablement leur épingle du jeu (l'ouverture du disque ‘Down and Out’ et ‘Deep in the Motherlode’ restent quand même franchement pas mal). Evidemment, il y a le pseudo-tube ‘Follow You, Follow Me’, qui à mon sens n’est pas très réussi : une sorte de chanson FM au refrain dégoulinant, donnant un aperçu peu enviable de la suite de la carrière du groupe, malgré une intro intéressante et un couplet correct. Mais là n'est point l'essentiel... Dans l’ensemble, And Then There Were Three est un disque atypique dans la trajectoire discographique de Genesis, un album qu’on aurait sans doute tort de négliger, pour son ambiance et ses highlights...

Note : 4,5/6

jeudi 4 mai 2006

GENESIS Seconds Out (1977)

Genesis - Seconds Out
Progressif / Live (Angleterre)


Ce double live est proprement monstrueux… Sérieusement, à l’issue de l'écoute de Seconds Out, on se rend compte une fois encore de la qualité du répertoire de Genesis… et à quel point le groupe le maîtrise en concert. Si les fans se retrouvent tout à fait dans ce live où le public semble conquis, le néophyte pourra également découvrir le groupe avec ces fabuleux morceaux. Il faudra néanmoins s’habituer à ces versions chantées par Collins qui fait plutôt bien son travail (en revanche, au niveau du visuel, Gabriel laisse un certain vide mais ça, on s’en doute, le disque ne peut le laisser voir…). Le premier disque présente de bons moments, comme notamment le très bel ‘Afterglow’, une version à rallonge de ‘I Know what I Like’ assez réussie, et un ‘Firth of Fifth’ magistral bien que surprenant (l’intro traditionnelle est suprimée…) Pour ce qui est de The Lamb…, Genesis a mis au menu ‘Carpet Crawlers’ et le morceau éponyme agréablement enchaîné avec une section de ‘The Magical Box’. Puis place au second disque : et là survient ‘Supper’s Ready’… alors on s’accroche : un moment d’excellence pour une interprétation relativement fidèle d’un titre époustouflant. Un vrai régal. Ceci dit, le final aurait pu être encore plus ravageur… tout comme celui de ‘Cinema Show’, même si la deuxième partie du morceau reste absolument remarquable et haletante comme on pouvait s’y attendre. Le concert s’achève sur ‘Dance on a Volcano’ suivit de ‘Los Endos’, son petit frère. Et une fois encore, le livre se referme... tel le dernier testament d’une époque révolue… Après ce n’est le début d’une longue et lente chute, certes à relativiser. Le groupe a montré toute l’étendue de son talent à travers ces interprétations de morceaux de haut niveau, et autant dire que de mon côté le message a été reçu 5 sur 5.

Note : 5/5

GENESIS Wind & Wuthering (1976)

Genesis - Wind & Wuthering
Progressif (Angleterre)


Sur A Trick of the Tail soufflait le chaud, et sur Wind & Wuthering… le froid. Je me rappelle avoir fait connaissance de ce disque et de sa belle pochette quand je découvrais la partie immergée (et donc la plus importante) de l’iceberg discographique de Genesis. En fait, musicalement, la production est ici toujours aussi singulière et magique. Elle donne une petite teinte gelée et givrée aux différentes chansons. Au niveau des morceaux eux-mêmes, Banks fait preuve d’une verve étincelante avec ‘One for the Vine’ et ‘All in a Mouse’s Night’, mais surtout grâce à l’excellent ‘Afterglow’ qui clôt le disque de la plus belle des manières en laissant rêveur. Quant au titre qui ouvre le disque, ‘Eleventh Earl of Mar’, il reste plutôt pas mal, surtout pour sa section middle. Il y a également cette belle ballade tout à fait sympathique écrite par Hackett et Collins : le mélodique ‘Blood on the Rooftops’... On notera aussi le très bon instrumental ‘Unquiet Slumbers for the Sleepers...’ et sa suite, ‘... in that quiet Earth’, qui reprend des thèmes du disque. Néanmoins on peut tout de même rester légèrement sur sa faim : avec un tel enrobage on aurait pu s’attendre à des ambiances à la ‘Cinema Show’ ou ‘Supper’s Ready’ version hivernale… mais malheureusement ce disque tourne parfois un peu à vide (le refrain assez lamentable de ‘Your own Special Way’…). Il nous fait part d’une richesse sur la production, les sons, la forme tout en nous déroutant sur certains passages plutôt faiblards et engourdis au niveau de l’inspiration, bien que les musiciens demeurent au point dans l’exécution. Devant cette oeuvre de qualité, on peut donc penser qu'il y avait de la place pour encore mieux... Ceci dit, grâce à certains titres le disque s’en sort globalement très bien, et l’on parvient à se glisser dans ce nouveau monde de lacs gelés et de terres enneigées, où le froid hivernal vient chatouiller notre sensibilité.

Note : 5/6

GENESIS A Trick of the Tail (1976)

Genesis - A Trick of the Tail
Progressif (Angleterre)


Y-a-t-il une vie après Peter Gabriel ? Telle est la question qui brûle toutes les lèvres après son départ. Ce nouveau disque, A Trick of the Tail, nous apporte une première réponse : il semblerait que oui. Il s’agit d’un disque raffiné, clair-obscur, qui lève le voile sur une musique sombre et envoûtante. Le théâtre qui s’ouvre à nous est proprement magnifique, même s'il était difficile de composer une œuvre capable de s’extirper de l’ombre du précédent disque, The Lamb Lies Down on Broadway. Les chansons embrasées et flambant neuves nous transportent sur les terres noires et brûlantes d’un monde englouti sentant le soufre. Dans ce nouvel album incandescent et féerique, Banks et Collins jouissent de nouveaux espaces. Rythmiques bouillantes, lignes mélodiques enchevêtrées, tout est au service d’une beauté lugubre et saillante au sein d’un disque fiévreux et allumé en diable, où l’art de l’ornementation délicate reste pratiqué avec une maturité sans faille. Dès l’incendiaire ‘Dance on a Volcano’, le bal s'ouvre dans un climat caniculaire. ‘Entangled’, comptine acoustique, est un vrai bijou, comme en témoigne sa magnifique section instrumentale. Il est en effet à noter que Genesis ourdit à la perfection ces passages instrumentaux, comme sur le rutilant et enthousiaste ‘Robbery, Assault & Battery’, ou encore sur ‘Ripples’, absolument magnifique. Le disque vaut largement le détour pour ces titres, comme pour son humour léger et cuisant. Autres cols du disque : ‘Mad Man Moon’ et le morceau éponyme, où les mélodies sont ici peut-être privilégiées, sans oublier l’épineux ‘Squonk’. À la fin de disque, le quasi-instrumental ‘Los Endos’ reprend légèrement ‘Dance on a Volcano’ et ‘Squonk’, et ce conte merveilleux se referme devant nos yeux de braise. Cultivant magie et élégance, A Trick of the Tail est un très grand disque, périlleux et passionné.

Note : 5,5/6

samedi 22 avril 2006

GENESIS The Lamb Lies Down on Broadway (1974)

Genesis - The Lamb Lies Down on Broadway
Progressif / Concept Album (Angleterre)


The Lamb… est la troisième grande pièce de la discographie de Genesis. Un grand concept album fantastique où l’on parle d’une parade d’emballages sans vie, d’un anesthésiste surnaturel, et d’hommes-chaussons… Déjà, la production joue une fois encore un rôle primordial dans la qualité d’ensemble de ce double album. Grâce à ce vernis, les titres de The Lamb… apparaissent modernes et intemporels. Il n’est finalement pas étonnant que les trois grands opus du groupe présentent à chaque fois une production non seulement remarquable, mais différente, donnant un relief très particulier aux morceaux.

Et comme dans tout disque de Genesis, que ce soit les trois grands ou les moins connus, les musiciens montrent toute leur habileté à travailler les atmosphères conceptuelles. On connaissait les nappes de mellotron de Foxtrot, les ambiances énigmatiques de Selling England by the Pound (vous savez celles qui vous donnent envie de vous enfoncez dans des forêts lugubres et mystérieuses), on connaît dorénavant celle de The Lamb… : de la pure nostalgie, un voyage dans le temps et dans des espaces infinis, dans des endroits insolites comme ces chambres aux 32 portes, ces bateaux vides d’où résonne une tristesse silencieuse et pesante, ces ravins profonds et angoissants, ces rapides dans lesquels nous sommes projetés malgré nous… bref un nouvel univers mystérieux qui se dévoile à nous.

Quelque chose de profond émane de ce disque, qui en même temps garde une certaine froideur. Mais derrière la glace que l’on parvient à briser se cache un certain nombre de morceaux incontournables. Il est vrai que ‘The Lamia’ est un argument de poids. Un titre comme celui-ci fait la différence avec pas mal d’autres concept albums : cette mélodie si remarquable… et puis la fin du morceau où se joignent flûte et percussions dans un instant furtif mais vraiment mémorable... Avec le symbolique ‘In the Cage’ et ses cascades instrumentales, ‘The Lamia’ fait partie de ces grands cols du disque, imparable et surhumain.

Que de mélancolie ici et là, dans tant de grands moments… dans ‘Hairless Heart’, ‘In the Rapids’ ou ‘Anyway’, des instants magiques… Et n’oublions pas évidemment ‘The Light Dies down on Broadway’ qui reprend partiellement la mélodie du morceau titre ouvrant le disque (ah ce piano au début de l'album…) et l’étincelant ‘Carpet Crawlers’ qui nous trimbale un peu n’importe où, un peu malgré nous. Quant aux atmosphères du fabuleux et eno-esque ‘Silent Sorrow in Empty Boats’, de l’excellent ‘Ravine’ ou encore du terrifiant ‘The Waiting Room’, elles nous transportent plus loin que nous l’imaginions.

Les musiciens apparaissent en grande forme, que ce soit Banks et ses envolées de synthétiseur (‘In the Cage’, ‘Riding the Scree’, ‘The Colony of Slippermen’), Collins et son jeu de batterie affûté et percutant (‘The Lamia’, ‘In the Cage’, ‘Carpet Crawlers’), Peter Gabriel (la voix sur ‘Carpet Crawlers’ par exemple…), Hackett et ses guitares délicieuses (‘Here comes the Supernatural Anaesthetist’), Rutherford et sa basse (‘Fly on a Windshield’)…

Genesis joue alors avec les dimensions ; il nous oppose à la proximité de morceaux intimes... mais nous plonge également dans des infinis spatio-temporels, ces mêmes infinis qui nous effraient… ce vide qui suscite tant d’interrogations. The Lamb… est plus qu’un disque, c’est une quête, une véritable aventure comme seul le groupe sait en raconter. Et accessoirement, un concept album incontournable dans l’histoire de la musique rock. "Yes it's only knock and knowall, but I like it...".

Note : 6/6

jeudi 20 avril 2006

GENESIS Selling England by the Pound (1973)

Genesis - Selling England by the Pound
Progressif Symphonique (Angleterre)


En 72-74, Genesis est probablement à l'apogée de sa carrière. Avec Selling England by the Pound, il nous offre son deuxième sommet discographique. Dès le titre qui ouvre le disque, ‘Dance with the Moonlit Knight’, la voix de Peter Gabriel nous transporte dans un monde féerique plein de magie, d'intimité et de mélancolie. Des atmosphères sombres et énigmatiques émanent parfois du morceau et captivent l'auditeur. Le piano de Tony Banks fait des merveilles, tout comme sur l'épatant ‘Firth of Fifth’ où les notes s'emballent dans un tourbillon musical assez renversant. La fin de l'opus est également magistrale : l'instrumental ‘After the Ordeal’ est saisissant, grâce à la vivacité de la mélodie, et le morceau suivant, ‘The Cinema Show’, demeure véritablement une pièce maîtresse dans ce puzzle musical. Ici une mélodie discrète va laisser place à un long dialogue entre instruments pour finalement faire éclore un magnifique solo de clavier, auréolé d'une atmosphère épurée absolument troublante. Quand cette dernière s'estompe, le dernier titre ‘Aisle of Plenty’, parfaitement enchaîné, nous rappelle les mélodies de ‘Dance with the Moonlit Knight’ avant de sombrer délicieusement une fois encore dans ces ambiances brumeuses et mystérieuses qui donnent à cet album un charme irremplaçable. Passons enfin brièvement sur les morceaux les moins intéressants : ‘I Know what I Like (In your Wardrobe)’ reste correct au niveau du couplet mais le refrain est assez assommant. Quant à ‘More Fool Me’, c'est une forme de guimauve peu engageante chantée par Collins. Concernant l'épique ‘The Battle of Epping Forest’, il regorge de bons moments sans être vraiment exceptionnel. Dans l'ensemble, la production est d'une luminosité et d'une clarté irréprochables et fait ressortir la musicalité des morceaux, dont l'interprétation se révèle d'une précision remarquable. Ainsi, Selling England by the Pound apparaît comme une grande pièce des seventies, et un prétexte de plus pour rêver tout éveillé.

Note : 5,5/6

mardi 18 avril 2006

GENESIS Live (1973)

Genesis - Live
Progressif Symphonique (Angleterre)


Enfin une borne pour se reposer dans cette aventure génésis-ienne. Je vais donc en profiter pour rappeler le parcours qui m'a amené à Genesis. C'est vrai que quand j'étais petit j'étais assez amusé et diverti par leurs infâmes morceaux des eighties et nineties qui envahissaient les ondes FM. En fait j'étais presque fan, oui, je dois passer aux aveux. Ceci dit je n'en ai pas honte car cela fait partie de mon parcours personnel dans le monde de la musique, avec ses embûches, ses impasses, ses routes droites dirigées vers l'horizon, ses découvertes les plus incroyables, ses erreurs les plus improbables... En fait, quand on me révéla que Genesis était un groupe de rock progressif, cela fut trompeur, puisque j'avais en tête leur soupe indigeste qu'ils avaient préparée pendant les deux dernières décennies. Mais un jour je découvris la partie immergée de l'iceberg... Foxtrot, et ces pochettes étranges de ces disques de Genesis... groupe des Seventies... je repérai dès lors de nouveaux rivages... et je choisis de m'y échouer. Ces atmosphères, ces structures, cette esthétique devenue familière... et là le génie comme l'intérêt premier du groupe se dévoilèrent à moi.

*****

Ce live de Genesis ici-présent n'est pas le plus important de leur carrière et souffre de la comparaison du célèbre Seconds Out. En outre, cet enregistrement ne vient même pas de la volonté du groupe. Tout ce que l'on peut dire, c'est que l'interprétation est propre, très fidèle aux albums, ce qui constitue un problème en soi, au niveau de l'intérêt même de ce live, vu qu'il ne peut se distinguer clairement des disques studio de Genesis. Cependant, comment résister à ‘Watcher of the Sky’ ? C'est toujours un grand plaisir de se plonger dans un concert-représentation de Genesis avec ce morceau comme ouverture magistrale. Le mellotron reste en effet toujours aussi saisissant. Le disque contient 4 autres morceaux classiques, joués avec puissance et sans excentricité : ‘Get'em out on Friday’, ‘The Return of the Giant Hogweed’, ‘The Magical Box’ et en clôtur, ‘The Knife’. Ce Live est juste un bon moment dont on n'a pas non plus vraiment envie d'abuser. Un enregistrement de concert plutôt propret et sympathique qui ravira les fans.

Note : 3/5

dimanche 16 avril 2006

GENESIS Foxtrot (1972)

Genesis - Foxtrot
Progressif Symphonique (Angleterre)


Foxtrot, tout un concept... Ici, rythmiques percutantes et cascades de mellotron mènent la danse. Dès l'introduction mythique et hallucinée de ‘Watcher of the Skies’, l'auditeur est irrémédiablement pris dans le tourbillon de cet opus brillant et définitivement indispensable. Avec ce Foxtrot on touche de près une pierre angulaire du mouvement progressif. Le monde merveilleux de Genesis se dévoile un peu plus à nous : le décor commençait à se planter avec Trespass, les musiciens se rodaient sur Nursery Cryme, et c'est avec Foxtrot que nous découvrons un premier sommet discographique.

De façon générale, une certaine lourdeur de son contraste ici avec les atmosphères plus éthérées... Le premier morceau ‘Watcher of the Skies’ nous emmène dans des atmosphères de tension pure et de rêves nébuleux, soutenues par une rythmique « en morse », incisive, légère et inattaquable. Ensuite, le délicat ‘Timetable’ vient à point nommé puis laisse sa place au classique ‘Get'em out by Friday’, narquois et genesis-ien en diable. On oublie parfois ‘Can-utility and the Coastliners’, un titre pourtant de qualité notamment grâce à sa section middle très réussie. Notons aussi au passage le petit instrumental ‘Horizons’, bien sympathique.

Cependant, ce qui donne toute l'ampleur au génie de ce disque provient du morceau final, cette magnifique pièce montée nommée ‘Supper's Ready’... Et là quelque chose de somptueux se déroule devant nous... Il s'agit de plus de 20 minutes de bonheur dans lesquelles plusieurs petites saynètes sont élégamment enchaînées. Nous baignons, grâce à l'histoire de ce titre, dans un flux de conscience, dans des rêves dans lesquels s'entremêlent souvenirs, espérances et flashbacks... Nous errons dans les labyrinthes de la conscience, un peu à la manière des romans de Faulkner ou des films de Bergman ou de Resnais.

 - La mélodie sincère qui ouvre le morceau [I - Lovers Leap], est remarquable... et l'on ressent en parallèle le dépaysement d'une musique intemporelle et nostalgique. L'instrumental qui suit le chant est serein, posé, quasi mystique. Un vrai régal. Les changements d'accords sont simples et le morceau garde une certaine authenticité. Le décor musical qui se révèle au fur et à mesure à notre esprit est de plus en plus visible mais prétend à une certaine forme d'inaccessibilité.
 - La section suivante [II - The Guaranteed Eternal Sanctuary] démarre avec une mélodie venue de loin, nous murmurant les secrets de l'inconnu. La mélodie qui lui succède, dans un autre registre, est plus efficace. Puis tout s'arrête... Des chants d'enfants... Où sommes-nous ? La section suivante débute.
 - Dans [III - Ikhnaton and Itsacon and their Band of Merry Men] on retrouve un instrumental et un passage plus folk.
 - [IV - How Dare I Be So Beautiful ?] est une nouvelle saynète jouée avec une angoissante nonchalance... "A Flower ?"
 - Ainsi [V - Willow Farm] déboule, une forme de comique musical qui tranche allègrement avec la section précédente.
 - Et survient dès lors la transition hallucinante et hallucinée de [VI - Apocalypse in 9/8], mystique et terrifiante... angoissante et instable. La tension est là. Puis la section se déroule tranquillement jusqu'à ce que la mélodie du [I] revienne accompagnée de quelques sons de cloches...
 - Puis, dans la partie suivante [VII - As sure as Eggs is Eggs], c'est la mélodie du [II] qui jaillit à nouveau au grand jour... Un moment d'excellence ! Une fin en apothéose totale, mythique et fédératrice.

Tout semble en quelque sorte rentrer dans l'ordre après toutes ces fluctuations psychologiques et oniriques. Il y a des passages musicaux nous rappellant les secrets du lointain (les souvenirs du couple amoureux ? la nostalgie de l'être aimé qui est loin de nous ?) et d'autres qui montrent clairement la proximité du présent, celle des problèmes plus actuels (la vie du couple amoureux ? l'espérance au devant de l'absence ?)

La collection de titres personnels et surannés de Foxtrot, empreint de nostalgie, montre un groupe au service de la beauté... au service d'un sentiment d'absolu... Genesis trouve ici ses marques, prêt à offrir ses meilleurs pièces dès les années à venir. Pour le moment, Foxtrot demeure une perle inoubliable, un des grands moments hérités des seventies !

N.B. : un des détails de la très belle pochette représente une scène de celle de Nursery Cryme.

Note : 6/6

GENESIS Nursery Cryme (1971)

Genesis - Nursery Cryme
Progressif Symphonique (Angleterre)


Nursery Cryme, ou comment continuer la merveilleuse aventure d'une musique discrète et élégante, celle de Genesis. Phil Collins et Steve Hackett ont rejoint le groupe et montrent dès lors leurs qualités de musiciens avertis (Anthony Phillips et John Mayhew ne sont donc plus là, mais notons tout de même leur très bon boulot sur l'opus précédent). Ainsi, nous nous trouvons face au line-up classique et mythique du groupe. Penchons-nous alors plus précisément sur ce que le disque contient : pour ce troisième album, nous sommes en présence de nouveaux climats musicaux, et même si nous nous éloignons des paysages brumeux de Trespass, Nursery Cryme nous propulse dans un univers merveilleux, plein de personnages magiques, mais où l'angoisse et la mort restent bien présentes. Genesis joue encore ici sur une ambivalence « esthétique enfantine / musique adulte et angoissante ». De plus, nous retrouvons des petites histoires racontées dans de longs morceaux progressifs au rythme souvent enlevé. Lyriques et torturés, ils présentent également des textures bien particulières (la pièce maîtresse ‘The Musical Box’, l'écrasant ‘The Return of the Giant Hogweed’, l'espiège ‘Harrold the barrel’). On y trouve aussi ‘Seven Stones’, un titre mélancolique et sincère. Album intello de comptines mythiques, au rock dérangeant et aux atmosphères lumineuses, Nursery Cryme est un disque agréable mais cérébral, ayant une bonne dynamique, mais tout de même un cran en dessous du précédent. Le gros morceau de l'album reste en fait celui qui l'achève : le brillant ‘The Fountain Of Salmacis’, morceau de bravoure plein de mélancolie, au riff d'introduction particulièrement envoûtant. Ainsi, Nursery Cryme apparaît globalement comme un opus de qualité, sophistiqué et parfois percutant. Ceci dit, il ne fait pas partie de mes favoris du groupe.

Note : 4/6

GENESIS Trespass (1970)

Genesis - Trespass
Progressif Symphonique (Angleterre)


Trespass, le deuxième album de Genesis, met en place l'esthétique très particulière du groupe. En effet, Genesis est avant tout une affaire d'esthétique. Même si l'on attend encore Hackett et Collins, les musiciens en présence révèlent une musique de qualité, délicate et cristalline, onirique et personnelle. Une musique pleine de retenue également, aux couleurs pastel. Genesis ressemble à un théâtre plein de mystère qui se joue en musique, à un livre de contes enfantins. Le groupe propose ainsi des morceaux nous aidant à rêver éveillés et à percer la magie des mondes de l'enfance que nous pensions révolue à jamais. Mais il ne faut pas s'y méprendre : Genesis c'est bien la musique de l'adulte qui revisite son enfance à la lumière de ses expériences... Concernant les morceaux proprement dits : ‘Looking for Someone’, tout comme ‘Visions of Angels’ ou ‘Dusk’, développent une atmosphère céleste, mystérieuse et brumeuse, dans laquelle se déploient des mélodies d'éternité. ‘White Mountain’ et son air enjoué et immédiatement mémorisable emballe l'auditeur, mais là encore, des spectres musicaux semblent roder, et cette ambiance amère et gelée que nous retrouvons dans de nombreux titres reste bien présente. Sur la seconde face du disque, ‘Stagnation’ conte une histoire amusante, et ‘The Knife’, telle l'apothéose de l'opus, entretient une montée progressive de tension chez l'auditeur, en proie à ces ambiances métaphysiques et angoissantes. Bref, un classique. À noter aussi le très bel artwork, les dessins évoquant visiblement les titres des chansons. Dans l'ensemble, Trespass est un excellent « début » et l'amorce d'une carrière de prestige, fleuron d'un progressif anglo-saxon raffiné et lumineux.

Note : 5/6