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jeudi 1 mai 2014

CAPTAIN BEYOND Captain Beyond (1972)

Captain Beyond - Captain Beyond
Hard Prog (U.S.A.)


Captain Beyond est un projet mené par Rod Evans, ancien chanteur de Deep Purple, Larry Reinhardt et Lee Dorman (ex Iron Butterfly), et Bobby Caldwell (qui a joué avec Johnny Winter). Le deuxième album du groupe, Sufficiently Breathless, siège actuellement dans ce blog. Mais contrairement à son successeur, ce premier album « éponyme » présente un rock bien plus heavy, sans négliger l’apport de dynamiques diverses : psychédélisme quasi spatial, voire prog-rock un tantinet jazzy.

Le disque se montre progressif dans la façon d’ourdir certaines lignes, complexes et intenses, mais également dans l’esprit ; le groupe façonne notamment deux petites suites de dix minutes s’enchaînant un peu de manière conceptuelle, dans la veine du prog-rock d’époque. La première est encadrée par les deux parties de ‘Thousand Days of Yesterdays’, et la seconde par les deux sections d’‘I Can't Feel Nothin'’.

À mon sens, les meilleurs moments du disque sont ces riffs linéaires et tendus, parfois graisseux, que l’on retrouve notamment sur des titres comme ‘Dancing Madly Backwards’, ‘Armworth’, ‘Raging River of Fear’, et sur la partie 2 d’‘I Can't Feel Nothin'’, en guise de morceau final. Ce dernier renferme d’ailleurs en lui une grosse dose d’énergie qui ne demande qu’à exploser au grand jour...

Pour les passages plus calmes, je trouve qu’ils tombent parfois dans la facilité, même s’ils contribuent à un jeu de contraste agréable et nécessaire à la bonne tenue du disque. Et c’est cet équilibre qui permet aussi au Captain Beyond d’offrir un disque de hard prog réussi, détonnant à défaut d’être terrassant, et préfigurant en 1972 une partie de la scène heavy à venir.

Note : 4/6

vendredi 23 décembre 2011

DEEP PURPLE Made In Japan (1972)

Deep Purple - Made In Japan
Hard Rock/Heavy Prog (Angleterre)

Difficile de s’attaquer à un mythe comme Made In Japan. Souvent considéré comme le plus grand live de l’histoire du rock, ce disque mémorable conte la fièvre de trois soirées japonaises se déroulant en août 1972, à Tokyo et Osaka. L’admiration qu’on lui porte tient à plusieurs raisons : c’est le concert de la formation d’excellence (dite Mark II) d’un groupe mythique, parfaitement à l’aise (mise à part peut-être sur l’étrange introduction de ‘Smoke In The Water’), et délivrant une forme de best-of devant une foule ébahie et électrique. Le chanteur-hurleur Gillan et la guitare-seringue de Blackmore font des ravages, soutenus par une section rythmique explosive. La suite de classiques est édifiante : ‘Highway Star’, ‘Child In Time’, ‘Smoke on the Water’, le solo de Ian Paice sur ‘The Mule’, ‘Strange Kind Of Woman’ & ‘Lazy’. Les morceaux oscillent vertigineusement entre 7 et 12 minutes avant de laisser place à une interprétation apocalyptique de 20 minutes du destructeur et pétulant ‘Space Truckin’’. Ici la démesure épique atteint son paroxysme et nous rappelle un peu les errements psychiques et paranoïaques du long ‘Starship’ de MC5 sur Kick Out The Jams, autre live furibard ayant marqué l’histoire. Deep Purple met ici son énergie au service des compositions et marque ainsi d’autant plus les esprits. Cela étant, les goûts seront évidemment partagés selon l’attachement éprouvé pour ces différents morceaux, et leur longueur pourra en rebuter certains, tout comme le fait de ne pas avoir un seul et même concert en continu. Mais force est de constater que Made In Japan reste un live extrémiste dont la qualité d’enregistrement, intacte, fait le bonheur des fans du groupe comme de ceux qui souhaitent le découvrir.

Note : 4,5/5

lundi 1 novembre 2010

RUSH Test for Echo (1996)

Rush - Test for Echo
Heavy Prog / Hard FM (Canada)


Avec Test for Echo, le seizième album de Rush, j’achève ici une session d’écoutes personnelle (et hautement sentimentale) du groupe. Les années 80 et 90 ont été pour Rush l’occasion de faire un contre-pied au progressif traditionnel en s’orientant vers des styles plus directs (FM synthétique, rock alternatif…), tout en gardant une base hard/heavy, et en étoffant la discographie de titres majeurs. Test for Echo termine en fait la boucle amorcée par Roll the Bones (voire par Presto, peut-être encore un peu resté à la croisée des chemins), boucle dans laquelle Rush se voit jouer les ténors d’un rock nineties, accessible et moderne.

Dans Test for Echo, il n’y a pas de nouveauté fondamentale… mais quelques compositions qui valent le détour. Tout d’abord le morceau-titre, assez charismatique, demeure une très bonne ouverture des hostilités. J’ai également un penchant pour l’instrumental envoûtant ‘Limbo’ et le très catchy ‘Virtuality’, peut-être les deux principaux highlights de l’opus. Dans le pur style de Rush, ‘Carve Away the Stone’, efficace et sans surprise, fait également partie des morceaux que j’aime bien. La production d’ensemble est claire, et le disque se révèle assez plaisant à l’écoute. Le groupe utilise la sonorité de guitares acoustiques pour dynamiser le tout et donne en général priorité aux mélodies, souvent mémorisables. Certes, si d’autres titres traînent un peu la patte (‘Totem’, et surtout ‘Time and Motion’ & ‘Resist’) l’ensemble n’en demeure pas trop terni…

Mais le plus important reste malheureusement à venir. Rétrospectivement, on ne peut s’empêcher d’y penser. Si l’album referme le cycle des 90’s, deux événements effroyables vont marquer une rupture majeure au sein du groupe : le décès de la fille de Neil Peart suite à un accident de voiture, et celui de sa femme 10 mois plus tard, le 20 juin 1998, emportée par un cancer. Faire le deuil, réfléchir. Devant l’ampleur d’une telle tragédie personnelle, Neil Peart sent le besoin de faire une pause avec le groupe. De s’évader, s’exiler. Neil va dès lors parcourir l’Amérique du Nord et l’Amérique centrale à moto. Un autre horizon de dérobe devant lui, le temps d’un voyage intérieur. Avant qu’il ne revienne vers Rush, à l’aube de 2001.

Note : 4/6

jeudi 28 octobre 2010

RUSH Counterparts (1993)

Rush - Counterparts - Heavy Prog
Heavy Prog / Hard FM (Canada)


Étonnante pochette… pour un disque qui ne l’est pas forcément moins. Counterparts continue ici sur la lancée de Roll the Bones en donnant une place d’honneur aux guitares sans pour autant délaisser le côté radio-friendly. Les synthés se mettent cependant plus en retrait, et Rush continue de métamorphoser le son de ses chansons, progressivement mais sûrement. Le rock conceptuel et alambiqué de la fin des 70’s tout comme les explorations synthétiques des 80’s sont déjà loin ; pour le coup, ça y est, Rush ressemblerait vraiment à un authentique groupe 90’s, mêlant rock heavy et alternatif.

Dans cette nouvelle collection de chansons, plusieurs morceaux semblent se détacher ; le robuste ‘Animate’ et l’excellent instrumental ‘Leave that Thing Alone’ sont de savants mélanges de rigidité, de solidité et de dynamique, quand ‘The Speed of Love’, ‘Alien Shore’ & ‘Cold Fire’ présentent un rock plus souple voire sensible, tout en demeurant volontaire et efficace. Pensons aussi à l’acoustique fm-isé de ‘Nobody’s Hero’, un peu emprunté mais plutôt prenant pour son bridge aérien et le son limpide de sa guitare.

Dans l’ensemble, si les morceaux de Counterparts donnent un aspect hétérogène et diversifié à l’ensemble, ils n’en gardent pas moins entre eux un certain liant. Et la qualité est au rendez-vous même si quelques titres paraissent toujours un peu moins bons. Mais qu’à cela ne tienne, Rush est bel est bien entré dans les nineties et se fait une place au sein de la concurrence avec un disque plaisant et attractif.

Note : 4/6

mercredi 27 octobre 2010

RUSH Roll the Bones (1991)

Rush - Roll The Bones
Heavy Prog / Hard FM (Canada)


Un morceau de lumière sorti de l’obscurité, tel est Roll the Bones… Une musique élégiaque et amère, mais aussi classieuse et fougueuse, malgré l’évocation de thématiques bien sombres comme celle du Mal métaphysique suprême : la Mort. Ce mélange de ténacité et d’amertume forme ainsi la nature de ce disque clair-obscur, parfois lugubre mais étrangement (trans)lucide. Et puis nous tenons peut-être ici le meilleur album 90’s de Rush…

Certes, encore une fois, tout n’est pas parfait. Et c’est précisément le propre d’un album de Rush de ne pas être parfait… On aurait en effet pu se passer de ‘You Bet Your Life’, et peut-être aussi du rap, audacieux il est vrai, du morceau-titre… Quant à ‘Heresy’, pas tout à fait mauvais au demeurant, il s’efface devant la qualité des autres titres.

Certes oui, on aurait pu se passer de tout cela… Mais que dire de cette entrée en matière ? ‘Dreamline’, pleine de tension et d’énergie, ouvre les débats de la meilleure façon, suivie de la nostalgie lumineuse et émouvante de ‘Bravado’… Ajoutez à cela la dynamique de ‘Roll the Bones’, les synthés inquiétants et ténébreux sur ‘Face Up’, les atmosphères envoûtantes et méditatives de ‘Ghost Of A Chance’…

Et puis surtout, il y a ces deux morceaux qui me plaisent tout particulièrement : ‘The Big Wheel’ déjà, pour ses claviers un peu menaçants mais au final vraiment magnétisants ; et l’entêtant ‘Neurotica’, qui brille par son refrain et son solo de lumière… Deux compositions que je ne me lasse pas d'écouter.

Enfin, Rush n’oublie pas de concocter un instrumental supplémentaire : ‘Where’s my Thing?’, qui assoit encore un peu plus l’identité de l’album. Il fut d’ailleurs nominé pour la meilleure performance instrumentale rock en 1992, lors des Grammy Awards.

Alors, tristesse ? Résignation ?… non la flamme semblerait encore présente, elle brille toujours et nous drape dans l’espérance. Hostilité ? Mélancolie ? Rush tient cette flamme haute, et se dépasse sur une musique irrésistible, ce panache et cette émotion restant au service d’une musique à la fois sincère et ambiguë. Solide, efficace et maîtrisé, véritablement énergisant, Roll The Bones n’est dès lors pas très loin d’être une référence dans la discographie du groupe.

Note : 5/6

mercredi 6 octobre 2010

RUSH Hold Your Fire (1987)

Rush - Hold Your Fire
Hard Prog / FM synthétique (Canada)


Une simple affaire de style… C’est bien sur ce point que seront divisés les fans de Rush pour l’album ici présent, Hold Your Fire, dernier wagon de ce tir groupé lancé par Signals, qui servait un peu d’album matrice. Comme sur Power Windows, Rush tombe dans une forme d’excès et de sophistication, mais de façon très différente : le son, pourtant toujours estampillé FM, n’est plus le même… Une autre profondeur, un autre éclat, une autre ambiance, et fatalement une nouvelle identité. Dense, brillante et lustrée, la production donne un éclairage particulier à des titres auxquels sied tout particulièrement cette pochette rouge vif. Comme pour le disque précédent, le style des compositions pourra rebuter, mais d’un autre côté, on ne peut légitimement occulter le réel travail effectué derrière celles-ci, et ce à tous les niveaux et instruments. En tout cas, de cette collection homogène de chansons clinquantes émerge un titre qui me plaît tout particulièrement : ‘Prime Mover’, un de mes morceaux favoris de Rush. Tout y est parfait, bien amené, avec un sens prononcé de la mélodie, de la structure, de l’arrangement, de l’atmosphère et de l’efficacité. Diversifiée, cohérente, cette composition se revêt d’une certaine classe. À faire de l’ombre aux deux classiques ‘Force Ten’ (un peu surcoté) & ‘Time Stand Still’, tout comme aux qualités d’‘Open Secrets’, ‘Second Nature’, ‘Lock and Key’, et de ‘High Water’, morceau dans lequel les boucles rythmiques de Neil Peart servent à nouveau de pivot. Là encore tout un chacun sera libre d’y trouver ses préférences, car, sur la chose Rush, personne n’est jamais d’accord… que ce soit pour la voix, la légitimité du style emprunté, le meilleur album, et les titres phare illuminant chaque disque… C’est vrai, dans tous les cas, Hold Your Fire restera certainement un peu délaissé par les fans, mais il me semble un peu dommage de négliger ce disque flambant et assez approfondi. Pour une simple affaire de style…

Note : 4/6

jeudi 30 septembre 2010

RUSH Grace Under Pressure (1984)

Rush - Grace Under Pressure
Heavy Prog / FM synthétique (Canada)


C’est donc crescendo que Rush continue à mettre en place une forme de rock progressif atmosphérique et FM, soutenu notamment par des synthétiseurs omniprésents. Le groupe témoigne ici de ses visions psychiques et artistiques, notamment sur l’excellent ‘Afterimage’, meilleur morceau du disque, grâce à ses panoramas sonores et ses harmonies artificielles. Sa section middle, particulièrement magnétique, reste à mon sens une des grandes réussites de l’album et transportera irrémédiablement l’auditeur dans les contrées de son imagination.

Grace Under Pressure contient également deux classiques : ‘Distant Early Warning’, et surtout ‘Red Sector A’, composition sombre mais dont le rythme souple et enlevé fascine assez vite. Rythmiquement, je dirais qu’il s’agit un peu d’un écho à ‘The Weapon’, présent sur Signals, dans le sens où les percussions de Neil Peart guident fatalement la trame de la chanson. Il règne toutefois une forme d’ambiguïté un peu déroutante et difficile à exprimer entre la thématique improbable et extrêmement noire de ce titre et l’aisance dont font preuve les musiciens. Une équivocité semblant se confirmer à plusieurs reprises dans l’album.

En outre, dans les moments marquants, je penserais peut-être aussi à ces synthés sur ‘The Body Electric’, assez cafardeux, voire lugubres. Ce titre de qualité renforce l’aspect morne et sinistre de l’ensemble. D’ailleurs si ce caractère pourrait un peu ressembler à la face cachée de Grace Under Pressure, il en est plutôt sa réelle identité, son vrai visage.

Autrement, je n’oublierai pas non plus ‘The Enemy Within’ qui conforte le disque dans sa démarche atmosphérique, et ‘Between the Wheels’ qui le clôt sur une note proche de Signals, avec ses ambiances synthétiques. Avec ce dernier morceau, Rush semble y gagner en poigne et en dynamique, et retrouve tout son éclat. En effet, ‘Red Lenses’ et ‘Kid Gloves’, les deux titres précédents, demeurent quant à eux des morceaux un peu en deçà des autres, à mon humble avis.

Dans l’ensemble, sans être un disque majeur du groupe, Grace Under Pressure reste plus qu’un chaînon manquant dans l’évolution de Rush, pour les quelques fulgurances et autres bons moments qu’il ajoute à la discographie du groupe. Aussi, P/G se révèle comme une réflexion supplémentaire sur la modernité et sur les pressions qu’elle provoque, et une forme de contemplation, de songerie un peu funeste contée sur un album largement perfectible mais plutôt attachant.

Note : 4/6

mercredi 15 septembre 2010

RUSH Power Windows (1985)

Rush - Power Windows
Heavy Prog / Atmosphères / FM (Canada)


Si Rush a su adopter le son des années 80 avec intelligence, le groupe pousse sa démarche à son absolu avec Power Windows, consciemment ou non. Valorisé par la production lisse et limpide de Peter Collins, le son est ici ample et grandiloquent, tout en gardant une certaine froideur clinique. Propulsés à leur paroxysme, les claviers en mettent plein la vue, volubiles, accompagnés de leur lot d'effets artificiels. Entre échos et réverbérations, les parties de guitares, éclatantes et explosives, sont mises au service d'une musique étincelante et résolument sophistiquée, rythmée par les percussions crypto-synthétiques de Neil Peart. Les instrumentations nous donnent l’étrange impression de nous trouver au sein d'une prison de verre ou de glace, dans un monde un peu inhumain et abandonné à la technique, domaine dans lequel les membres de Rush ne sont d'ailleurs pas en reste.

Et au niveau de la qualité des compositions, mis à part le refrain très ampoulé de ‘Marathon’ et son final un peu odieux, le disque ne regorge que de moments plutôt complexes et intéressants, voire brillants, même si le style emprunté ici pourra dérouter. Rush signe d'ailleurs un de ses meilleurs morceaux avec ‘Middletown Dreams’, sorte d'écho thématique et atmosphérique à ‘Subdivisions’ présent dans l'album Signals. On ne peut pas non plus oublier la middle section synthétique et la coda de ‘Big Money’, la dynamique alambiquée de ‘Grand Designs’, les claviers crépusculaires de l’épique ‘Manhattan Project’, les abysses fascinantes de ‘Territories’, la mélodie de cristal d’‘Emotion Detector’ et la pulsation du classique ‘Mystic Rythms’, terminant parfaitement le disque avec ses ambiances dépaysantes et magnétiques…

J'ai toujours ce sentiment particulier que Power Windows reste le genre d'albums sur lequel on est content d’être tombé, et qu'il faut évidemment écouter. Un disque qui cultive sa propre ambiguïté, de façon un peu contraignante, puisqu’il semble à la fois original et conventionnel, personnel et prisonnier de son époque. Power Windows apporte ici son identité et des éléments nouveaux d'une qualité certes contestée mais à mon sens bien réelle. Mystérieux, inquiétant parfois, il s’agit d’un album vraiment réussi et porteur de sens, source de compromis, de tensions et de contradictions inextricables. Dystopique et rétro-futuriste, jusqu’au-boutiste et parfaitement assumé, Power Windows demeure le disque de toutes les incompréhensions, témoin d’une réelle profondeur sous couvert d’une pop progressive FM faussement désuète.

Note : 5,5/6

lundi 14 décembre 2009

DEEP PURPLE Purpendicular (1996)

Deep Purple - Purpendicular - Heavy Prog
Hard/Heavy Prog (Angleterre)

Purpendicular représente pour moi l’une des plus grosses « claques » musicales que j’ai prises dans ma vie. C’est l’exemple type qui me vient en premier à l’esprit quand on me demande quel disque m’a le plus choqué (positivement) à la première écoute. Je me rappelle l’avoir emprunté à la discothèque du quartier et m’être précipité le lendemain à Virgin, un dimanche je crois bien, pour avoir le mien, pour posséder mon Purpendicular, afin de faire honneur à une telle musique... Certes, avec le recul, je perçois mieux ses défauts, ses maladresses, mais il garde toujours une valeur symbolique, une aura très puissante, et évidemment des qualités de composition et d’interprétation de haut niveau.

Purpendicular est avant tout un disque vivant. On passe sans problème sur ses quelques errements tant les musiciens semblent heureux de jouer ensemble. Ici, nous avons à faire à la formation Mark VII de Deep Purple : Ian Gillan (chant) – Steve Morse (guitare) – Roger Glover (basse) – Ian Paice (batterie) – Jon Lord (claviers). Dans cet album plus aventureux, Deep Purple sonne assez heavy et j’ai presque l’impression de ressentir les mêmes choses que lors des meilleurs moments de Dream Theater, notamment sous l’impulsion de Steve Morse (Dixie Dregs, Kansas). Dans Purpendicular, les parties rythmiques parfois frénétiques se mêlent parfaitement aux soli de haute volée. Le chant de Ian Gillan est toujours très puissant, et les claviers de Jon Lord permettent d’accentuer encore la présence de la « patte » pourpre. L’osmose est bien réelle…

A mon sens, trois morceaux se détachent dans ce disque :

 - Tout d’abord ‘Sometimes I Feel Like Screaming’, incarnant presque à lui seul toute l’admiration que j’ai pour cet album. Dès son introduction acoustique et subtilement atmosphérique, je suis immédiatement envoûté. Puis le morceau se construit progressivement et laisse place à son thème principal, joué par la guitare héroïque de Steve Morse. Cette composition intense et lyrique ressemble presque à un standard du genre, tellement sa mélodie reste classique et son thème de guitare, ultime.

 - Dans la même veine épique ‘Loosen My Strings’ est également très réussi, avec son solo en incandescence, magnifique et poignant. Il participe véritablement à l'identité de Purpendicular, pour son allure, ses motifs de guitare, et son sens de la mélodie.

 - Enfin, autre titre fétiche, ‘A Touch Away’, à la fois très lucide et entraînant, plein de rêves éclatants, avec une fois encore un solo perspicace et tout en finesse... De toute évidence, la magie de Purpendicular opère parfaitement.

A ce tableau enchanteur j’ajouterais aussi le dynamique ‘Vavoom: Ted the Mechanic’, l’introduction lumineuse de ‘Hey Cisco’, la section middle de ‘Someone Stole My Guitar’, et la rythmique endiablée de ‘Rosa’s Cantina’. Cependant, je suis plus réservé et circonspect sur le reste, comme pour l’emphatique ‘The Aviator’ par exemple, dont la mélodie du thème est malheureusement un peu trop forcée.

Certes, Purpendicular n’est pas le disque de Deep Purple qui a le plus marqué l’histoire, comme In Rock ou Machine Head. Pourtant c’est de loin mon favori de leur discographie, un album vraiment charismatique, quintessenciel, très riche et varié, percutant et superbement produit. Et c’est pourquoi, de façon très subjective, je ne résiste pas à lui mettre la note maximale.

Note : 6/6

samedi 12 décembre 2009

DEEP PURPLE Who Do We Think We Are (1973)

Deep Purple - Who Do We Think We Are
Hard Rock/Heavy Prog (Angleterre)

Who Do We Think We Are est le dernier album de la célèbre formation Mark II de Deep Purple. Les risques et l’impétuosité brute des albums précédents semblent avoir été écartés pour donner place à un rock and roll propre et un peu inoffensif, voire agaçant par moments. Certes les musiciens maîtrisent l’aspect technique et dynamique du disque, mais ils restent un peu en pilotage automatique. Quand il n’est pas apprécié et sauvé par la bonne humeur de l’auditeur, Who Do We Think We Are semble vraiment moyen. Aucun titre ne deviendra majeur, même l’enlevé ‘Woman From Tokyo’ qui sert de hit à l’album. Si ‘Mary Long’ et ‘Super Trouper’ sont un peu pénibles, ‘Smooth Dancer’ et ‘Place in Line’, assez entraînants, résistent mal à l'outrage du temps. Quant au tonique ‘Rat Bat Blue’, il reste plutôt sympathique mais apporte peu. Enfin ‘Our Lady’, légèrement pompeux, est un adieu un peu manqué pour le Mark II. Dans Who Do We Think We Are on ne retrouve que l’identité de Deep Purple délavée dans un projet à bout de souffle qui ne suscite pas beaucoup d’excitation, malgré la qualité d'exécution. La fatigue des tournées et les tensions internes auront eu donc raison de la bonne santé du groupe. Une nouvelle ère doit dès lors s’amorcer… ce qui est sur le point d’aboutir : le Mark III prend le relais, avec David Coverdale au chant et Glenn Hughes à la basse, pour Burn, l’album suivant.

Note : 3/6

vendredi 11 décembre 2009

DEEP PURPLE Machine Head (1972)

Deep Purple - Machine Head
Hard Rock/Heavy Prog (Angleterre)

Machine Head représente le classique de Deep Purple par excellence. Déjà, il contient des morceaux de renom : le véloce ‘Highway Star’, le furibond ‘Space Truckin'’, le mélodique ‘Pictures of Home’, ou encore le subtil et entraînant ‘Lazy’. Indiscutablement, le groupe a été particulièrement productif durant les débuts des 70's, avec trois disques assez riches et de haute tenue, construisant les fondations de sa carrière, et consolidant les bases des mondes heavy et progressif.

Alors oui c’est vrai, il y a aussi la composition la plus connue du groupe, à savoir ‘Smoke on the Water’. Mais comme pour ‘Child in Time’, je vais honnêtement faire la fine bouche, tant le riff d’intro, archi connu, a été entendu sur toutes les radios et dans tous les bars du monde, jusqu’à plus soif. On garde encore un certain plaisir à l’écouter pour la fluidité de sa structure et son petit solo sympa, mais se pencher une fois encore sur le riff d’introduction frôle parfois l’indigestion. Finalement, c’est peut-être la destinée de nombreux succès des plus grands groupes, pas forcément représentatifs de leur qualité, mais pourtant évoqués presque abusivement, plus ou moins malgré eux.

Ce qui reste particulièrement fascinant dans ce disque vient peut-être des conditions d’enregistrement, presque symboliques, et de leurs conséquences. Deep Purple a tenté de retrouver un son plus live, plus spontané et authentique. D’où le choix du casino de Montreux, à proximité du lac Léman, pour enregistrer. Malheureusement, un incendie lors d’une représentation de Zappa mit fin à cette idée. La chanson ‘Smoke on the Water’, dédiée à cet événement, garde ainsi en elle la « marque » du lieu. Mais le groupe ne s’est pas arrêté là et s’est dès lors tourné vers un premier hôtel (duquel ils furent évincés pour les nuisances que vous imaginez) puis vers un second, à l’extérieur duquel ils placèrent… le Studio mobile des Stones. Cependant, il était difficile de circuler pour sortir de l’hôtel et tester ainsi les pistes sonores. Les difficultés liées à ce dispositif contraignirent les membres à limiter les allers-retours et à se contenter des premières pistes, de facto plus originelles. Ainsi, Machine Head semble bien habité d’une forme de mystique du lieu.

De toute évidence, l’aspect direct de leur musique permet de capturer la puissance de l’instant et la symbolique de leurs lieux d’enregistrement. On a le sentiment que quelque chose se passe, quelque part dans le temps. Pour autant, le groupe n’abandonne pas toute son expertise musicale. D’ailleurs le solo de ‘Highway Star’ est inspiré de Bach… C’est ce mélange apparemment contre-nature entre une musique sauvage et primitive, une maîtrise technique, et une culture du son qui fait de Machine Head un disque abouti et classieux, donnant les lettres de noblesse à la carrière du Pourpre.

Note : 5/6

jeudi 10 décembre 2009

DEEP PURPLE Fireball (1971)

Deep Purple - Fireball
Hard Rock/Heavy Prog (Angleterre)

Intercalé entre In Rock et Machine Head, Fireball paraît souvent comme le disque de l’ombre. Pourtant, cet album va permettre d’asseoir un peu plus la direction heavy prog du groupe, notamment avec quelques classiques. À ce sujet, pensons bien sûr à la turbulente chanson titre, ouvrant le disque avec un bruit de machine et une introduction à la double-pédale. Il y a également l’instrumental ‘The Mule’ et son solo de batterie offrant de belles perspectives en live, la composition se diluant dans la performance volcanique de Ian Paice. Le mélodique ‘Anyone’s Daughter’, dylanesque, surprend, tandis que l’épique ‘The Fool’ et le remuant ‘No One Came’ restent dans la tradition du groupe, plutôt efficaces. Enfin, les singles ‘Demon’s Eye’ et le célèbre ‘Strange Kind of Woman’, disponibles selon les éditions, complètent le tableau. Peut-être un peu moins bon qu’In Rock, et sans doute moins important historiquement, Fireball n’en demeure pas moins un disque de qualité, faisant preuve d’une certaine force, d’une certaine solidité. Et sous ses allures faussement discrètes, il offre à Deep Purple son premier album n° 1 dans les charts UK.

Note : 4,5/6

mercredi 9 décembre 2009

DEEP PURPLE In Rock (1970)

Deep Purple - In Rock
Hard Rock/Heavy Prog (Angleterre)


Avec In Rock, Deep Purple prend une nouvelle dimension. C’est le premier album sous le line up mythique Mark II, comprenant Ritchie Blackmore (guitares) – Ian Paice (batterie) – Jon Lord (claviers), et deux nouveaux venus : le chanteur-hurleur Ian Gillan et le bassiste Roger Glover, deux autres pièces maîtresses permettant de construire la célébrité du Pourpre... La légende est en marche ! L’impétueux In Rock fait figure de premier classique de la formation, et permet à Deep Purple de devenir un groupe de hard rock à proprement parler. C’est aussi une œuvre personnelle, dépourvue des reprises des albums précédents.

On retrouve de véritables dynamiques progressives et en même temps un côté très direct. Cela est bien illustré par le fameux titre d’ouverture, le sonique ‘Speed King’, qui démarre avec fracas avant de se diluer dans des notes de clavier en apesanteur. La fraîcheur et la brutalité de cet hommage au rock and roll se marient bien avec sa structure, ses improvisations et l’alchimie assez sophistiquée entre les différents musiciens. J’ajouterais ainsi que le dialogue des soli de Lord et de Blackmore reste de toute beauté et fait du titre un de mes préférés du groupe. Dès lors, la dualité spontané/alambiqué devient alors un peu un fil conducteur pour l’album… Le morceau ‘Blood Sucker’ en est une nouvelle preuve, même si son côté exubérant peut gêner. Dans le même esprit, les compositions de la face B du disque sont de bonne facture ; on y trouve des mélodies réussies (‘Living Wreck’ par exemple) et des sections instrumentales en incandescence (‘Flight of the Rat’, et ‘Hard Lovin’ Man’ dont les rythmiques saccadées ne doivent vraiment pas déplaire à Steve Harris d’Iron Maiden…) N’oublions pas non plus le single tonique ‘Black Night’ qui se retrouve dans les rééditions de l’album.

Et puis il y a la métamorphose des dix minutes épiques de ‘Child in Time’… la pièce d’anthologie du groupe. Eh bien là, il y a quand même polémique. Personnellement, je ne peux oublier la ressemblance troublante avec ‘Bombay Calling’ de It’s a Beautiful Day, et ce malgré la maîtrise des claviers de Jon Lord, décidément bien inspiré. L’emprunt est trop franc, et honnêtement je pense que le morceau qui en résulte reste donc un peu surestimé. Cependant, n’oublions pas tout : son interprétation globale est évidemment remarquable et la fièvre de l’apex vocal de sa coda fait de ‘Child in Time’ un classique et une authentique performance. Difficile de l’évaluer au final… Véritable chef d’œuvre du rock ou composition copiée et surcotée ? On doit se situer quelque part entre les deux… mais il n’est pas aisé de trancher. D’ailleurs, au risque de m’attirer les foudres de toute part, même le solo ne trouve pas totalement grâce à mes yeux, pourtant si populaire et encensé… enfin, disons que je ne le classe pas au panthéon du genre, même si sa classe est indéniable.

Ces observations font dès lors d'In Rock un disque dual, une œuvre ambivalente, entre fraîcheur et complexité. L’album fait aussi figure de classique sans être véritablement le préféré des admirateurs du groupe. Ainsi, c’est dans ces ambiguïtés que Deep Purple amorce une série captivante de disques fondateurs pour le hard rock mais aussi, d’une façon plus ou moins inconsciente, pour le mouvement progressif.

Note : 4,5/6

mercredi 2 juillet 2008

CAPTAIN BEYOND Sufficiently Breathless (1973)

Captain Beyond - Sufficiently Breathless
Hard Pop (U.S.A.)


Derrière cette pochette amusante, farfelue et un peu flashy, se cache le deuxième album de Captain Beyond, formation dans laquelle on retrouve notamment le chanteur de Deep Purple, Rod Evans, qui la quittera en fin d’année. Également présents : le guitariste Larry Reinhart et le bassiste Lee Dorman, anciens membres d’Iron Butterfly (qu’ils retrouveront d’ailleurs par la suite).

L’ensemble de l’album regorge d’un rock arty assez soutenu, légèrement heavy, proposant aussi des parties plus acoustiques. Cependant, Captain Beyond délaisse globalement la musique brute et énergétique du premier opus pour se tourner davantage vers une forme de pop ensoleillée, assez travaillée, et plus lisse. Si l’on peine parfois à distinguer les horizons progressifs entrevus sur le premier album, ici estompés (ou exprimés différemment), un certain caractère psychédélique est bien maintenu.

Parmi les meilleurs moments de Sufficiently Breathless, on pense rapidement à ‘Drifting In Space’, morceau endiablé assez marrant. Il se dote finalement d’une certaine efficacité, malgré l’innocence dont il pourrait faire preuve. ‘Starglow Energy’, plus méditatif et mélancolique, et ‘Bright, Blue Tango’ demeurent quant à eux parmi les morceaux les plus soignés et intéressants du disque.

Sufficiently Breathless souffre même d’un problème majeur : beaucoup ont préféré le premier album et ont été un peu décontenancé de la tournure pris par ce deuxième disque. De plus, l'absence du cofondateur du groupe, Bobby Caldwell (attention à l’homonymie) reste peut-être pénalisante. Mais dans tous les cas, ce disque plaisant et sympathique aura tout de même une carte intéressante à jouer chez les amateurs de hard pop seventies… Sufficiently Breathless proposant la seconde face d’une même réalité : celle d’un groupe de rock psyché très expressif.

Note : 4/6

mercredi 2 avril 2008

RUSH Presto (1989)

Rush - Presto
Art Rock / Prog / FM (Canada)

Curieuse pochette… Reste à savoir ce que Rush a fait sortir cette fois-ci de son chapeau de magicien. Lisse et froid, Presto demeure en tout état de cause l'un des disques les plus FM du groupe. La production est claire, les nappes de clavier se montrent présentes… et la place de la guitare n’est pas pour autant négligée puisqu'elle est à nouveau mise au goût du jour afin de retrouver une certaine énergie. En fait, le groupe tente de s'éloigner progressivement de la technologie et du monde synthétique. En termes de qualité pure, on décèle dans Presto quelques pépites : le tubesque ‘Show Dont Tell’ ; ‘The Pass’ ; le très rythmé ‘Hand Over Fist’ ; ou encore ‘Available Light’. Malheureusement, le reste des morceaux demeure globalement d’un niveau inférieur. Ainsi, la créativité s'efface parfois un peu trop derrière une production pourtant très soignée. Ce qui n’empêchera pas de passer quelques bons moments avec ce disque. That’s entertainment…

Note : 3,5/6

RUSH Signals (1982)

Rush - Signals
Hard Prog / FM (Canada)


Signals termine en quelque sorte la trilogie novatrice abordée avec Permanent Waves et confirmée par Moving Pictures. Mais avec ce disque, Rush semble à la croisée des chemins : après avoir terminé sa mue, il se dirige vers une autre période dominée par un usage prépondérant des synthés. Dès l’introduction de l’hypnotique ‘Subdivisions’, nous savons clairement où nous sommes : Rush a muté son rock arty en une forme de néoprogressif habile. Ici, les claviers ont pris encore plus d’importance sans aller à l’encontre de l’identité de Rush : mieux, ils la refondent. Futuriste, atmosphérique, méditatif, mais surtout technique et appliqué, bien produit, Signals demeure une œuvre dystopique empreinte de modernité. Parmi les meilleurs moments du disque on note bien sûr l’ouverture du disque, les ambiances de ‘The Analog Kid’ et de ‘Chemistry’ (certains sons rappelant le Misplaced Childhood de Marillion) mais aussi la beauté empreinte de nostalgie de ‘Losing It’, et le très rythmé ‘The Weapon’. En définitive, Signals apparaît comme un classique du groupe, souffrant parfois de la comparaison avec ses deux prédécesseurs, mais comptant indiscutablement parmi ce que Rush a fait de mieux.

Note : 5,5/6

dimanche 30 mars 2008

RUSH Moving Pictures (1981)

Rush - Moving Pictures
Art Rock / Prog / FM (Canada)


Moving Pictures comprend deux points communs avec Permanent Waves. D’une part, il s’agit de la confirmation du tournant réalisé lors du disque précédent : un croisement de deux styles ennemis, le FM et le progressif, en y ajoutant des dynamiques hard et des inflexions new wave. D’autre part, il contribue également à asseoir plus encore la réputation de ce groupe et sa compréhension de l’essence d’un trio. Les morceaux de l’opus, très soignés techniquement et homogènes, prouvent d’ailleurs l’osmose absolument évidente qui règne entre les musiciens. À travers une production lisse et limpide se dévoile aussi une certaine noirceur, parfois inquiétante. Notons également la place stratégique importante qu’occupent les claviers. En règle générale, les différents titres de l’opus sont plutôt courts, à l’exception des 10 minutes de ‘Camera Eye’. On y décèle un tube parfait (‘Limelight’) et un instrumental qui rend plutôt bien en live : ‘XYZ’. Le groupe ourdit d’ailleurs quelques uns de ses classiques comme le fameux ‘Tom Sawyer’. Ainsi, Moving Pictures, à la fois abordable, rigoureux et précis, marque dès lors un pas supplémentaire en avant pour le groupe et demeure la pierre noire de sa discographie.

Note : 6/6

samedi 29 mars 2008

RUSH Permanent Waves (1980)

Rush - Permanent Waves
Art Rock / Prog / FM (Canada)


Difficile de ne pas succomber à l’explosion punk qui fit tant de mal au courant progressif. Difficile également de ne pas dénaturer son talent en s’orientant trop facilement vers une pseudo-new wave baveuse, c’est-à-dire vers le mauvais côté des 80’s (rassurez-vous, il en existe un bon : si elles n’ont pas atteint le zénith artistique des 70’s, les années 80 ont permis l’émergence d’une succession de groupes absolument excellents, et demeurent ainsi bien trop sous-estimées…). Pourtant, Rush a réussi à trouver la solution au problème en surfant à la fois sur la vague eighties, tout en gardant une certaine éthique progressive et une certaine énergie empruntée à ses origines hard rock. Permanent Waves est en fait l’aboutissement d’un crossover a priori contre-nature entre pop FM et rock progressif, influencé par le hard. Ce disque prouve également que c’est en se servant utilement des caractéristiques négatives (d’ailleurs souvent portées à tort) d'une époque que l’on permet l’émergence de nouveaux courants, de nouvelles possibilités musicales, bref que l’on atteint de nouveaux horizons artistiques. Un retournement de stigmates en somme. Permanent Waves opère donc un changement dans la carrière du groupe, qui va voir sa renommée accrue et solidifiée. Des morceaux courts et efficaces comme ‘The Spirit of Radio’, ‘Freewill’, le romantique et appliqué ‘Different Strings’ (une magnifique célébration de l’altérité), et l’épique et polymorphe ‘Natural Science’ (dont certains gimmicks inspireront des groupes comme Dream Theater), montrent ainsi au grand jour les ressources d’un groupe qui a su réinventer sa carrière.

Note : 5/6