Affichage des articles dont le libellé est Canada. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Canada. Afficher tous les articles

vendredi 14 octobre 2011

SAGA 10,000 Days (2007)

Saga - 10,000 Days
Néo-progressif / Nouvelle vague (Canada)

Nous nous trouvons en terrain connu. C'est en tout cas ce que semble nous dire la première piste du disque 'Lifeline', morceau classique, exécuté sous une production solide. Il semble surtout briller par les ambiances des claviers et le solo rayonnant de Ian Crichton, marques de fabrique du Saga moderne. La suite de l'opus ne contredira pas trop les premières impressions : 10,000 Days, 18ème album du groupe, n'apporte rien de nouveau mais fait le boulot. Le disque devient une forme de célébration du temps passé, des 10 000 jours écoulés depuis les débuts de Saga... jusqu'au départ de Michael Sadler, quittant le groupe après cet album, pour des raisons familiales. Certes, il reviendra en 2009, mais au moment de la sortie de l'opus, on ne pouvait pas encore le savoir. Ces adieux au bout de 30 ans de carrière commune se firent dans la plus pure tradition de Saga, avec des morceaux aux qualités bien disctinctes. On retiendra la mélodie de 'Sideways' et le refrain un peu magnétique de 'Can't You See Me Now?', participant à une première partie d'opus plutôt lumineuse. L'instrumental technique 'Corkentellis' reste quant à lui assez peu passionnant, et la ballade 'More Than I Deserve', aux belles atmosphères mélancoliques, fait pourtant tomber son refrain dans une forme de mièvrerie un peu insupportable. Et puisque le disque semble pas mal jouer sur les atmosphères, la section instrumentale de 'Sound Advice' est quant à elle plutôt réussie. On pense aussi au morceau-titre, assez fédérateur et plaisant, même si son sentimentalisme aura raison de la patience de certains auditeurs. De mon côté elle finit par passer, notamment grâce à ses claviers qui en font une chanson appréciable. Le disque se termine par 'It Never Ends', pas forcément extraordinaire mais pourvu d'un refrain sobre et efficace. Dès lors, pour l'ensemble de ses points positifs, 10,000 Days sera appréciée par les fans les plus assidus de la formation canadienne et reste globalement un disque attachant, même s'il n'éclaire que trop peu la discographie du groupe. On gardera tout de même la satisfaction de quelques bons moments passés, toujours en savourant cette saveur nostalgique doucement amère et si particulière, propre aux albums de Saga.

Note : 4/6

lundi 1 novembre 2010

RUSH Test for Echo (1996)

Rush - Test for Echo
Heavy Prog / Hard FM (Canada)


Avec Test for Echo, le seizième album de Rush, j’achève ici une session d’écoutes personnelle (et hautement sentimentale) du groupe. Les années 80 et 90 ont été pour Rush l’occasion de faire un contre-pied au progressif traditionnel en s’orientant vers des styles plus directs (FM synthétique, rock alternatif…), tout en gardant une base hard/heavy, et en étoffant la discographie de titres majeurs. Test for Echo termine en fait la boucle amorcée par Roll the Bones (voire par Presto, peut-être encore un peu resté à la croisée des chemins), boucle dans laquelle Rush se voit jouer les ténors d’un rock nineties, accessible et moderne.

Dans Test for Echo, il n’y a pas de nouveauté fondamentale… mais quelques compositions qui valent le détour. Tout d’abord le morceau-titre, assez charismatique, demeure une très bonne ouverture des hostilités. J’ai également un penchant pour l’instrumental envoûtant ‘Limbo’ et le très catchy ‘Virtuality’, peut-être les deux principaux highlights de l’opus. Dans le pur style de Rush, ‘Carve Away the Stone’, efficace et sans surprise, fait également partie des morceaux que j’aime bien. La production d’ensemble est claire, et le disque se révèle assez plaisant à l’écoute. Le groupe utilise la sonorité de guitares acoustiques pour dynamiser le tout et donne en général priorité aux mélodies, souvent mémorisables. Certes, si d’autres titres traînent un peu la patte (‘Totem’, et surtout ‘Time and Motion’ & ‘Resist’) l’ensemble n’en demeure pas trop terni…

Mais le plus important reste malheureusement à venir. Rétrospectivement, on ne peut s’empêcher d’y penser. Si l’album referme le cycle des 90’s, deux événements effroyables vont marquer une rupture majeure au sein du groupe : le décès de la fille de Neil Peart suite à un accident de voiture, et celui de sa femme 10 mois plus tard, le 20 juin 1998, emportée par un cancer. Faire le deuil, réfléchir. Devant l’ampleur d’une telle tragédie personnelle, Neil Peart sent le besoin de faire une pause avec le groupe. De s’évader, s’exiler. Neil va dès lors parcourir l’Amérique du Nord et l’Amérique centrale à moto. Un autre horizon de dérobe devant lui, le temps d’un voyage intérieur. Avant qu’il ne revienne vers Rush, à l’aube de 2001.

Note : 4/6

jeudi 28 octobre 2010

RUSH Counterparts (1993)

Rush - Counterparts - Heavy Prog
Heavy Prog / Hard FM (Canada)


Étonnante pochette… pour un disque qui ne l’est pas forcément moins. Counterparts continue ici sur la lancée de Roll the Bones en donnant une place d’honneur aux guitares sans pour autant délaisser le côté radio-friendly. Les synthés se mettent cependant plus en retrait, et Rush continue de métamorphoser le son de ses chansons, progressivement mais sûrement. Le rock conceptuel et alambiqué de la fin des 70’s tout comme les explorations synthétiques des 80’s sont déjà loin ; pour le coup, ça y est, Rush ressemblerait vraiment à un authentique groupe 90’s, mêlant rock heavy et alternatif.

Dans cette nouvelle collection de chansons, plusieurs morceaux semblent se détacher ; le robuste ‘Animate’ et l’excellent instrumental ‘Leave that Thing Alone’ sont de savants mélanges de rigidité, de solidité et de dynamique, quand ‘The Speed of Love’, ‘Alien Shore’ & ‘Cold Fire’ présentent un rock plus souple voire sensible, tout en demeurant volontaire et efficace. Pensons aussi à l’acoustique fm-isé de ‘Nobody’s Hero’, un peu emprunté mais plutôt prenant pour son bridge aérien et le son limpide de sa guitare.

Dans l’ensemble, si les morceaux de Counterparts donnent un aspect hétérogène et diversifié à l’ensemble, ils n’en gardent pas moins entre eux un certain liant. Et la qualité est au rendez-vous même si quelques titres paraissent toujours un peu moins bons. Mais qu’à cela ne tienne, Rush est bel est bien entré dans les nineties et se fait une place au sein de la concurrence avec un disque plaisant et attractif.

Note : 4/6

mercredi 27 octobre 2010

RUSH Roll the Bones (1991)

Rush - Roll The Bones
Heavy Prog / Hard FM (Canada)


Un morceau de lumière sorti de l’obscurité, tel est Roll the Bones… Une musique élégiaque et amère, mais aussi classieuse et fougueuse, malgré l’évocation de thématiques bien sombres comme celle du Mal métaphysique suprême : la Mort. Ce mélange de ténacité et d’amertume forme ainsi la nature de ce disque clair-obscur, parfois lugubre mais étrangement (trans)lucide. Et puis nous tenons peut-être ici le meilleur album 90’s de Rush…

Certes, encore une fois, tout n’est pas parfait. Et c’est précisément le propre d’un album de Rush de ne pas être parfait… On aurait en effet pu se passer de ‘You Bet Your Life’, et peut-être aussi du rap, audacieux il est vrai, du morceau-titre… Quant à ‘Heresy’, pas tout à fait mauvais au demeurant, il s’efface devant la qualité des autres titres.

Certes oui, on aurait pu se passer de tout cela… Mais que dire de cette entrée en matière ? ‘Dreamline’, pleine de tension et d’énergie, ouvre les débats de la meilleure façon, suivie de la nostalgie lumineuse et émouvante de ‘Bravado’… Ajoutez à cela la dynamique de ‘Roll the Bones’, les synthés inquiétants et ténébreux sur ‘Face Up’, les atmosphères envoûtantes et méditatives de ‘Ghost Of A Chance’…

Et puis surtout, il y a ces deux morceaux qui me plaisent tout particulièrement : ‘The Big Wheel’ déjà, pour ses claviers un peu menaçants mais au final vraiment magnétisants ; et l’entêtant ‘Neurotica’, qui brille par son refrain et son solo de lumière… Deux compositions que je ne me lasse pas d'écouter.

Enfin, Rush n’oublie pas de concocter un instrumental supplémentaire : ‘Where’s my Thing?’, qui assoit encore un peu plus l’identité de l’album. Il fut d’ailleurs nominé pour la meilleure performance instrumentale rock en 1992, lors des Grammy Awards.

Alors, tristesse ? Résignation ?… non la flamme semblerait encore présente, elle brille toujours et nous drape dans l’espérance. Hostilité ? Mélancolie ? Rush tient cette flamme haute, et se dépasse sur une musique irrésistible, ce panache et cette émotion restant au service d’une musique à la fois sincère et ambiguë. Solide, efficace et maîtrisé, véritablement énergisant, Roll The Bones n’est dès lors pas très loin d’être une référence dans la discographie du groupe.

Note : 5/6

mercredi 6 octobre 2010

RUSH Hold Your Fire (1987)

Rush - Hold Your Fire
Hard Prog / FM synthétique (Canada)


Une simple affaire de style… C’est bien sur ce point que seront divisés les fans de Rush pour l’album ici présent, Hold Your Fire, dernier wagon de ce tir groupé lancé par Signals, qui servait un peu d’album matrice. Comme sur Power Windows, Rush tombe dans une forme d’excès et de sophistication, mais de façon très différente : le son, pourtant toujours estampillé FM, n’est plus le même… Une autre profondeur, un autre éclat, une autre ambiance, et fatalement une nouvelle identité. Dense, brillante et lustrée, la production donne un éclairage particulier à des titres auxquels sied tout particulièrement cette pochette rouge vif. Comme pour le disque précédent, le style des compositions pourra rebuter, mais d’un autre côté, on ne peut légitimement occulter le réel travail effectué derrière celles-ci, et ce à tous les niveaux et instruments. En tout cas, de cette collection homogène de chansons clinquantes émerge un titre qui me plaît tout particulièrement : ‘Prime Mover’, un de mes morceaux favoris de Rush. Tout y est parfait, bien amené, avec un sens prononcé de la mélodie, de la structure, de l’arrangement, de l’atmosphère et de l’efficacité. Diversifiée, cohérente, cette composition se revêt d’une certaine classe. À faire de l’ombre aux deux classiques ‘Force Ten’ (un peu surcoté) & ‘Time Stand Still’, tout comme aux qualités d’‘Open Secrets’, ‘Second Nature’, ‘Lock and Key’, et de ‘High Water’, morceau dans lequel les boucles rythmiques de Neil Peart servent à nouveau de pivot. Là encore tout un chacun sera libre d’y trouver ses préférences, car, sur la chose Rush, personne n’est jamais d’accord… que ce soit pour la voix, la légitimité du style emprunté, le meilleur album, et les titres phare illuminant chaque disque… C’est vrai, dans tous les cas, Hold Your Fire restera certainement un peu délaissé par les fans, mais il me semble un peu dommage de négliger ce disque flambant et assez approfondi. Pour une simple affaire de style…

Note : 4/6

jeudi 30 septembre 2010

RUSH Grace Under Pressure (1984)

Rush - Grace Under Pressure
Heavy Prog / FM synthétique (Canada)


C’est donc crescendo que Rush continue à mettre en place une forme de rock progressif atmosphérique et FM, soutenu notamment par des synthétiseurs omniprésents. Le groupe témoigne ici de ses visions psychiques et artistiques, notamment sur l’excellent ‘Afterimage’, meilleur morceau du disque, grâce à ses panoramas sonores et ses harmonies artificielles. Sa section middle, particulièrement magnétique, reste à mon sens une des grandes réussites de l’album et transportera irrémédiablement l’auditeur dans les contrées de son imagination.

Grace Under Pressure contient également deux classiques : ‘Distant Early Warning’, et surtout ‘Red Sector A’, composition sombre mais dont le rythme souple et enlevé fascine assez vite. Rythmiquement, je dirais qu’il s’agit un peu d’un écho à ‘The Weapon’, présent sur Signals, dans le sens où les percussions de Neil Peart guident fatalement la trame de la chanson. Il règne toutefois une forme d’ambiguïté un peu déroutante et difficile à exprimer entre la thématique improbable et extrêmement noire de ce titre et l’aisance dont font preuve les musiciens. Une équivocité semblant se confirmer à plusieurs reprises dans l’album.

En outre, dans les moments marquants, je penserais peut-être aussi à ces synthés sur ‘The Body Electric’, assez cafardeux, voire lugubres. Ce titre de qualité renforce l’aspect morne et sinistre de l’ensemble. D’ailleurs si ce caractère pourrait un peu ressembler à la face cachée de Grace Under Pressure, il en est plutôt sa réelle identité, son vrai visage.

Autrement, je n’oublierai pas non plus ‘The Enemy Within’ qui conforte le disque dans sa démarche atmosphérique, et ‘Between the Wheels’ qui le clôt sur une note proche de Signals, avec ses ambiances synthétiques. Avec ce dernier morceau, Rush semble y gagner en poigne et en dynamique, et retrouve tout son éclat. En effet, ‘Red Lenses’ et ‘Kid Gloves’, les deux titres précédents, demeurent quant à eux des morceaux un peu en deçà des autres, à mon humble avis.

Dans l’ensemble, sans être un disque majeur du groupe, Grace Under Pressure reste plus qu’un chaînon manquant dans l’évolution de Rush, pour les quelques fulgurances et autres bons moments qu’il ajoute à la discographie du groupe. Aussi, P/G se révèle comme une réflexion supplémentaire sur la modernité et sur les pressions qu’elle provoque, et une forme de contemplation, de songerie un peu funeste contée sur un album largement perfectible mais plutôt attachant.

Note : 4/6

mercredi 15 septembre 2010

RUSH Power Windows (1985)

Rush - Power Windows
Heavy Prog / Atmosphères / FM (Canada)


Si Rush a su adopter le son des années 80 avec intelligence, le groupe pousse sa démarche à son absolu avec Power Windows, consciemment ou non. Valorisé par la production lisse et limpide de Peter Collins, le son est ici ample et grandiloquent, tout en gardant une certaine froideur clinique. Propulsés à leur paroxysme, les claviers en mettent plein la vue, volubiles, accompagnés de leur lot d'effets artificiels. Entre échos et réverbérations, les parties de guitares, éclatantes et explosives, sont mises au service d'une musique étincelante et résolument sophistiquée, rythmée par les percussions crypto-synthétiques de Neil Peart. Les instrumentations nous donnent l’étrange impression de nous trouver au sein d'une prison de verre ou de glace, dans un monde un peu inhumain et abandonné à la technique, domaine dans lequel les membres de Rush ne sont d'ailleurs pas en reste.

Et au niveau de la qualité des compositions, mis à part le refrain très ampoulé de ‘Marathon’ et son final un peu odieux, le disque ne regorge que de moments plutôt complexes et intéressants, voire brillants, même si le style emprunté ici pourra dérouter. Rush signe d'ailleurs un de ses meilleurs morceaux avec ‘Middletown Dreams’, sorte d'écho thématique et atmosphérique à ‘Subdivisions’ présent dans l'album Signals. On ne peut pas non plus oublier la middle section synthétique et la coda de ‘Big Money’, la dynamique alambiquée de ‘Grand Designs’, les claviers crépusculaires de l’épique ‘Manhattan Project’, les abysses fascinantes de ‘Territories’, la mélodie de cristal d’‘Emotion Detector’ et la pulsation du classique ‘Mystic Rythms’, terminant parfaitement le disque avec ses ambiances dépaysantes et magnétiques…

J'ai toujours ce sentiment particulier que Power Windows reste le genre d'albums sur lequel on est content d’être tombé, et qu'il faut évidemment écouter. Un disque qui cultive sa propre ambiguïté, de façon un peu contraignante, puisqu’il semble à la fois original et conventionnel, personnel et prisonnier de son époque. Power Windows apporte ici son identité et des éléments nouveaux d'une qualité certes contestée mais à mon sens bien réelle. Mystérieux, inquiétant parfois, il s’agit d’un album vraiment réussi et porteur de sens, source de compromis, de tensions et de contradictions inextricables. Dystopique et rétro-futuriste, jusqu’au-boutiste et parfaitement assumé, Power Windows demeure le disque de toutes les incompréhensions, témoin d’une réelle profondeur sous couvert d’une pop progressive FM faussement désuète.

Note : 5,5/6

mercredi 2 avril 2008

RUSH Presto (1989)

Rush - Presto
Art Rock / Prog / FM (Canada)

Curieuse pochette… Reste à savoir ce que Rush a fait sortir cette fois-ci de son chapeau de magicien. Lisse et froid, Presto demeure en tout état de cause l'un des disques les plus FM du groupe. La production est claire, les nappes de clavier se montrent présentes… et la place de la guitare n’est pas pour autant négligée puisqu'elle est à nouveau mise au goût du jour afin de retrouver une certaine énergie. En fait, le groupe tente de s'éloigner progressivement de la technologie et du monde synthétique. En termes de qualité pure, on décèle dans Presto quelques pépites : le tubesque ‘Show Dont Tell’ ; ‘The Pass’ ; le très rythmé ‘Hand Over Fist’ ; ou encore ‘Available Light’. Malheureusement, le reste des morceaux demeure globalement d’un niveau inférieur. Ainsi, la créativité s'efface parfois un peu trop derrière une production pourtant très soignée. Ce qui n’empêchera pas de passer quelques bons moments avec ce disque. That’s entertainment…

Note : 3,5/6

RUSH Signals (1982)

Rush - Signals
Hard Prog / FM (Canada)


Signals termine en quelque sorte la trilogie novatrice abordée avec Permanent Waves et confirmée par Moving Pictures. Mais avec ce disque, Rush semble à la croisée des chemins : après avoir terminé sa mue, il se dirige vers une autre période dominée par un usage prépondérant des synthés. Dès l’introduction de l’hypnotique ‘Subdivisions’, nous savons clairement où nous sommes : Rush a muté son rock arty en une forme de néoprogressif habile. Ici, les claviers ont pris encore plus d’importance sans aller à l’encontre de l’identité de Rush : mieux, ils la refondent. Futuriste, atmosphérique, méditatif, mais surtout technique et appliqué, bien produit, Signals demeure une œuvre dystopique empreinte de modernité. Parmi les meilleurs moments du disque on note bien sûr l’ouverture du disque, les ambiances de ‘The Analog Kid’ et de ‘Chemistry’ (certains sons rappelant le Misplaced Childhood de Marillion) mais aussi la beauté empreinte de nostalgie de ‘Losing It’, et le très rythmé ‘The Weapon’. En définitive, Signals apparaît comme un classique du groupe, souffrant parfois de la comparaison avec ses deux prédécesseurs, mais comptant indiscutablement parmi ce que Rush a fait de mieux.

Note : 5,5/6

dimanche 30 mars 2008

RUSH Moving Pictures (1981)

Rush - Moving Pictures
Art Rock / Prog / FM (Canada)


Moving Pictures comprend deux points communs avec Permanent Waves. D’une part, il s’agit de la confirmation du tournant réalisé lors du disque précédent : un croisement de deux styles ennemis, le FM et le progressif, en y ajoutant des dynamiques hard et des inflexions new wave. D’autre part, il contribue également à asseoir plus encore la réputation de ce groupe et sa compréhension de l’essence d’un trio. Les morceaux de l’opus, très soignés techniquement et homogènes, prouvent d’ailleurs l’osmose absolument évidente qui règne entre les musiciens. À travers une production lisse et limpide se dévoile aussi une certaine noirceur, parfois inquiétante. Notons également la place stratégique importante qu’occupent les claviers. En règle générale, les différents titres de l’opus sont plutôt courts, à l’exception des 10 minutes de ‘Camera Eye’. On y décèle un tube parfait (‘Limelight’) et un instrumental qui rend plutôt bien en live : ‘XYZ’. Le groupe ourdit d’ailleurs quelques uns de ses classiques comme le fameux ‘Tom Sawyer’. Ainsi, Moving Pictures, à la fois abordable, rigoureux et précis, marque dès lors un pas supplémentaire en avant pour le groupe et demeure la pierre noire de sa discographie.

Note : 6/6

samedi 29 mars 2008

RUSH Permanent Waves (1980)

Rush - Permanent Waves
Art Rock / Prog / FM (Canada)


Difficile de ne pas succomber à l’explosion punk qui fit tant de mal au courant progressif. Difficile également de ne pas dénaturer son talent en s’orientant trop facilement vers une pseudo-new wave baveuse, c’est-à-dire vers le mauvais côté des 80’s (rassurez-vous, il en existe un bon : si elles n’ont pas atteint le zénith artistique des 70’s, les années 80 ont permis l’émergence d’une succession de groupes absolument excellents, et demeurent ainsi bien trop sous-estimées…). Pourtant, Rush a réussi à trouver la solution au problème en surfant à la fois sur la vague eighties, tout en gardant une certaine éthique progressive et une certaine énergie empruntée à ses origines hard rock. Permanent Waves est en fait l’aboutissement d’un crossover a priori contre-nature entre pop FM et rock progressif, influencé par le hard. Ce disque prouve également que c’est en se servant utilement des caractéristiques négatives (d’ailleurs souvent portées à tort) d'une époque que l’on permet l’émergence de nouveaux courants, de nouvelles possibilités musicales, bref que l’on atteint de nouveaux horizons artistiques. Un retournement de stigmates en somme. Permanent Waves opère donc un changement dans la carrière du groupe, qui va voir sa renommée accrue et solidifiée. Des morceaux courts et efficaces comme ‘The Spirit of Radio’, ‘Freewill’, le romantique et appliqué ‘Different Strings’ (une magnifique célébration de l’altérité), et l’épique et polymorphe ‘Natural Science’ (dont certains gimmicks inspireront des groupes comme Dream Theater), montrent ainsi au grand jour les ressources d’un groupe qui a su réinventer sa carrière.

Note : 5/6

mercredi 25 juillet 2007

SAGA Trust (2006)

Saga - Trust
Art Rock / Nouvelle Vague (Canada)


Toujours dans la lignée des deux précédents albums, Saga développe un heavy prog FM mâtinée d’une production claire et plutôt maîtrisée. Trust nous montre dès les premières écoutes les points positifs habituels (guitares croquantes, ambiances travaillées…) et les défauts récurrents : parties de claviers hors de propos (‘That’s as far as I’ll go’), mélodie franchement à côté (‘Ice in the Rain’), voire pompière (‘Trust’). Certains morceaux valent néanmoins le détour et nous font pardonner les écarts du groupe : ‘Back to the Shadow’, morceau hypnotique, élégant, et doté d’une très bonne section instrumentale ; ‘I’m OK’, pas franchement convaincant mais honnête et appliqué ; ‘It’s your Life’, un peu facile, mais plutôt accrocheur au niveau de l’atmosphère (cela étant, le riff au clavier qui clôt le refrain est un peu inopportun) ; ‘Footsteps in the Hall’, titre plutôt solide rythmiquement ; et enfin le majestueux ‘On the Other Side’, bonne conclusion pour un disque qui aurait peut-être mérité mieux, notamment si les musiciens avaient corrigé certaines de leurs mauvaises habitudes, et donné la pleine mesure de leur talent.

Note : 4/6

lundi 24 juillet 2006

SAGA Full Circle (1999)

Saga - Full Circle
Art Rock / Nouvelle Vague (Canada)

Le progressif c’est aussi les concepts : les groupes-concepts, les chansons-concepts, les albums-concepts, les discographies-concepts... Avec Saga on se retrouve un peu dans le dernier cas de figure puisque le groupe a créé une sorte de fil conducteur dans sa discographie. Saga parsème en effet ses albums de chapitres ("chapters") qui, assemblés, forment une histoire. On retrouve notamment une interprétation de ces chapitres dans le live The Chapters Live qui reconstitue l’histoire dans l’ordre. Un objet important pour tout fan du groupe visiblement !

Full Circle peut être considéré pour beaucoup comme un retour gagnant, une remise en forme pour les Canadiens. Saga en profite aussi pour continuer à écrire les Chapters qui avaient été laissés en plan depuis 1981, avec World’s Apart ! Il est clair que l’album n’est pas très ambitieux s’il on tient compte des autres œuvres que propose le monde du rock progressif mais il n’en regorge pas moins de morceaux de qualité, comme l’excellentissime ‘Home’, et ses atmosphères mystérieuses ; ‘Time Bomb’, assez efficace ; ‘Not this Way’, une ballade toute simple mais vraiment envoûtante, donnant envie de s’engouffrer dans les profondeurs de l’océan avec sa bien-aimée ; et ‘Goodbye’, morceau constituant la fin atmosphérique et émotionnelle du disque. On remarquera aussi le très bon couplet de ‘Don’t say Goodbye’ et le titre ‘Uncle Albert's Eyes’, qui transmet une forme de sérénité et une nostalgie particulière. Dans Full Circle, il se dégage globalement une certaine sophistication, dépourvue d’excès, mais aussi une profondeur et une densité dans le son, ce que l’on retrouvera sur House of Cards. Ainsi, même si l’ambition n’est pas nécessairement au rendez-vous, Full Circle reste un disque sérieux et agréable.

Note : 4/6

dimanche 23 juillet 2006

SAGA House of Cards (2001)

Saga - House of Cards
Art Rock / Nouvelle vague (Canada)


C’est sur les bases de nouveau posées par Full Circle que Saga nous offre House of Cards. Certes ce disque est plus direct, voire plus FM que son prédécesseur, mais le style très propret du groupe, tout comme les ambiances étranges qu’il distille, demeurent. En tout cas, House of Cards possède bien quelques atouts : la production limpide, les ambiances créées par les nappes de claviers et le son croquant de la guitare de Ian Crichton, en verve sur plusieurs soli. Certains morceaux sont plutôt plaisants, comme l’inquiétant ‘God Knows’ ou encore ‘That’s How We Like It’, titre assez entraînant. Mais on retiendra surtout ‘We’ll Meet Again’ pour son riff d’intro excellent et ses atmosphères, tout comme le très bon ‘Only Human’ qui nous gratifie en effet d’une mélodie plutôt efficace au couplet et d’un solo court mais très accrocheur et classieux. On restera beaucoup plus circonspect pour le reste, et notamment à propos des morceaux les plus mièvres, comme ‘Once in a Lifetime’, le single ‘Money Talks’, ou encore la chanson-titre. Saga joue en effet parfois la carte FM décomplexée mais n'évite pas toujours les clichés du genre, ce qui demeure bien compromettant. Cependant, le disque reste assez attachant et ses meilleurs moments parviennent parfois à nous faire oublier ses écarts.

Note : 4/6

lundi 26 juin 2006

HARMONIUM Les cinq saisons (1975?)

Harmonium - Les cinq saisons
Progressif Symphonique (Canada/Québec)


Harmonium, groupe québécois des années 70, nous offre un disque conceptuel vivaldien. En effet, chaque chanson représente une saison qui habille Montréal de ses couleurs. La musique évoque les modifications climatiques comme les changements d’humeur qui y sont parfois associés et le groupe s’engage à décrire les saisons avec toute la palette de couleurs sonores que cela nécessite. Les cinq saisons raconte les péripéties d’une jeune fille nommée Montréal tout en restant très imagé et poétique : le parallèle fille/ville semble même parfois envoyer des messages politiques concernant la situation du Québec. Mais cet album reflète aussi l’esprit du temps, la culture d’une époque, avec tous les idéaux qu’elle comporte : il s’agit donc en partie d’un disque « culturel ». La naïveté et la recherche de l’idéal (avec tout ce que cela a de dangereux et d'illusoire, mais aussi de constructif et d’ambitieux) que l’on retrouve dans Les cinq saisons rappelleraient également une forme de passage à l’âge adulte, où la prise de conscience fait fi des rêves passés bien souvent déconnectés de la réalité.

Mais le plus important c’est la musique. Et quelle musique ! Il est vrai que la voix garde un accent assez spécial, que les compositions sont parfois un peu trop typées… mais cela constitue finalement un passeport pour un nouvel univers. ‘Vert’ et ‘Dixie’, les deux premières chansons-saisons, sont hautes en couleur, chatoyantes, colorées, vives et ensoleillées. L’atmosphère chaleureuse est bien mise en valeur par une musique fouillée et les divers instruments apportent une richesse à l’opus, devenu une forme de peinture mélodique de couleur vive. Cette musique demeure fraîche et spontanée, luxuriante et épanouie, incarnant le rêve et l’illumination de deux saisons. Cependant, je préfère largement le premier morceau, si prenant et tellement bien composé, au deuxième titre, dont la mélodie du refrain me rappelle malheureusement trop Balavoine (!). Notons au passage une particularité du disque : il ne comporte pas de percussions, ce qui ne l’empêche pas d’être parfois très rythmé. Les deux chansons suivantes, ‘Depuis l’automne’ et ‘En pleine face’, sont évidemment plus tristes et sombres et révèlent un côté nostalgique (puisque l’on vous parle d’« idéal »…). Elles continuent de montrer également tout le talent et la maturité de Serge Fiori.

Et puis vient cette fameuse cinquième saison, ‘Histoire sans paroles’, un véritable monument du rock progressif, et je le pense vraiment. Un poème symphonique instrumental… une authentique merveille. Ici toute l’atmosphère prend son sens pendant plus d’une quinzaine de minutes de magie pure. Au milieu du morceau survient une section de piano absolument bouleversante, quelque chose d’inoubliable, un trésor que l’on aimerait à la fois garder pour soi mais aussi offrir à la Terre entière. La mélodie du piano que vient rejoindre la voix du chanteur est absolument parfaite et enivrante. Le genre de « truc » que l’on écoute les yeux mouillés et la gorge serrée… Effectivement, cette cinquième saison est un véritable morceau de ciel… Toute parole demeure futile pour décrire ce que parviennent à réaliser ici le groupe québécois. Sincèrement, devant un tel moment de plaisir, devant tout le talent et la générosité des musiciens d’Harmonium, nous n’avons en définitive plus qu’un seul mot à leur dire : merci.

Note : 5,5/6