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samedi 7 septembre 2013

MANSUN Six (1998)

Mansun - Six
Pop (un peu) progressive (Angleterre)


Mansun sur ce blog ? La britpop se serait-elle introduite subrepticement et frauduleusement sur Exil Progressif ? Pas vraiment... J’aime beaucoup la britpop, ce genre musical ayant sévi dans les années 90, nous rappelant au bon souvenir du songwriting pur, des guitares britonnes et de leurs pédales overdrive. Ceci dit Mansun, qui faisait partie du mouvement, a développé avec son deuxième album Six une pop accidentée, aux accents obliques et aux climats changeants, proche des dynamiques progressives. Des structures non conventionnelles, un zeste de psychédélisme et nous y voilà : Mansun obtient au forceps une colonne dans ce site.

La britpop de Mansun est particulière. Elle présente un côté un peu glam-qui-tâche mais également une composante vraiment dark par moment. La musique du groupe semble correspondre en partie au subconscient triste du mouvement britpop (tout mouvement a sa face sombre). Les deux caractères glam et dark se retrouvent pleinement dans Six qui n’échappe pas à la règle. Il la renforce même, forgeant un peu plus son identité. Mais en y ajoutant une troisième dimension, (un peu) progressive.

À l’instar du très sympathique premier album qui en regorgeait, Six met en avant un certain nombre de tubes (singles ou non) : l’excellent ‘Six’, mais aussi ‘Negative’, ‘Serotonine’… D’ailleurs, singles et britpop vont de pair, et cela m’a toujours amusé de voir comment chaque groupe allait mettre en avant telle ou telle chanson de son nouvel album, avec clip vidéo à la clef. La commercialisation d’une chanson peut être un élément essentiel de son « histoire » et de celle du disque qui la contient. Elle semble définir un ordre, des places, des rôles à des morceaux. De plus, la britpop entretient une grosse culture des EP "Maxi".

À mon sens, quatre morceaux se détachent dans Six :

- ‘Legacy’, pour ses arpèges de guitares clinquantes et la mélancolie puissante se dégageant de l’ensemble. Un morceau sinueux qui semble tournoyer autour de vous, mais qui lentement arrive à vous envoûter, à vous conquérir. Quand on parlait de clip vidéo, celui de ‘Legacy’ est franchement pas mal, mettant en scène l’essor et la chute d’un groupe de rock, incarné par de petites marionnettes. J’ai encore la nostalgie de la découverte de ce morceau et de sa vidéo en 1998, à Londres…

- ‘Cancer’, une belle petite pièce montée, avec ses ambiances nébuleuses et ses passages mélodiques fins et définitifs, appuyés par la voix de Paul Draper, pas forcément très éloignée de celle d’un Billy Corgan (Smashing Pumpkins). Un morceau sombre (et un peu inquiétant au début) d’où émerge un véritable charisme lumineux.

- ‘Special’, l’introduction du track ‘Blown It’. J’aime beaucoup comment le morceau apparaît, un peu sans complexe, avec sa ligne mélodique tendue qui déambule, bien mise en valeur par des atmosphères prenantes un tantinet dramatique. Un moment singulier d’une grande importance pour l’ensemble du disque.

- ‘Six’, déjà brièvement évoqué plus haut, et que je cite ici en dernier lieu. Un très bon morceau d’ouverture, notamment pour son couplet addictif. En version single, ce titre a été copieusement retapé pour l’occasion ; sa structure instable et ses traitements divers n’étaient pas forcément très adaptés pour les ondes.

Avec Six, Mansun tient un peu son album d’envergure, tentant de voir les choses en grand. La voix et le look un peu « vulgos » pourront déranger, certains titres aussi (l’horrible ‘Fall Out’ franchement…) mais la diversité des ambiances et l’efficacité de certains passages feront mouche chez les auditeurs qui ne sont pas rebutés par la personnalité artistique du groupe. De mon côté, j’ai un attachement particulier pour Six ; ayant toujours la fibre britpop, je ressens la nostalgie de ce mouvement comme de ce disque, qui embaumèrent mes étés adolescents d’un parfum lumineux.

Note : 5/6

jeudi 29 août 2013

BOREDOMS Super æ (1998)

Boredoms - Super æ
Objet Sonore Non Identifié (Japon)


Cinquième album des japonais excités de Boredoms, Super æ est un disque fiévreux et haut en couleur, avant-gardiste et jusqu’au-boutiste, électrique et électronique. Les délires sonores et distorsions psychiques sont poussés au maximum, pouvant parfois entraîner sur le web des chroniques enthousiastes et échevelées, à l’image de la musique hallucinée de Boredoms. De mon côté, je me contenterai d’une review un peu plus classique. En tout cas ce qui est sûr, c’est qu’avec Super æ, on semble plus proche de Mitsubishi que de Mozart.

Les délires de Boredoms se manifestent de différentes façons, et le disque prend des tournures parfois très différentes pour les exprimer : sous forme de traitements sonores, de manipulation de bandes, de guitares sulfureuses et hystériques, de percussions mécaniques en transe, de rythmes tribaux, de plages davantage ambiantes… Ce qui est vraiment frappant c’est bien cette diversité de caractères, de paradigmes musicaux, de panoramas instables… cette faculté d’offrir des choses différentes au sein d’un défouloir contrôlé, de se mouvoir de façon polymorphe et inattendue. Déboussolant, le disque masque avec brio son vrai pôle, son cœur profond, son identité réelle.

Chacun des titres des morceaux est une déclinaison du titre de l'album Super æ :
  • ‘Super You’, avec ses vrombissements, ses accélérations, son fracas inquiétant, montre la capacité du groupe à froisser et déchirer les sons.
  • ‘Super Are’ semble, aux premiers abords, plus apaisant et lumineux, et même plus religieux, parfois plus tribal, avant de se montrer bien plus énervé avec cette section de guitares frénétiques et saturées, appuyées par des percussions écrasantes, et menant à l’émergence progressive d’un capharnaüm sonore pas désagréable. Transition immédiate avec…
  • ‘Super Going’, qui me plaît bien, avec ses longues minutes hypnotiques et spatiales, dans lesquelles les deux mêmes accords électriques semblent répétés à l’infini, sur un fond sonore en parfait équilibre, tapissé de sons qui se gondolent. Puis les instruments, piqués au vif, s’échauffent et s’agitent subitement, tentant une échappée qui se prolongera durant les quatre dernières minutes du morceau, qui se présente assurément comme l’un des meilleurs du disque.
  • ‘Super Coming’ est comme une chanson interprétée de façon entêtante par des chœurs extra-terrestres goguenards au bord de l’euphorie. Là encore on retrouve cette volonté d’axer un morceau sur la répétition. Stimulant ou abrutissant, à vous de choisir.
  • ‘Super Are You’, commence par un rock d’hystérique. Mais les effets sonores reprennent leurs droits ensuite. On se retrouve avec un morceau beaucoup plus mou et flasque, légèrement spatial et quasi-spirituel, animé par des voix fourbues et lasses, comme s’il illustrait la fatigue après le poids de l’effort. Un jeu de contraste, en somme.
  • ‘Super Shine’ apparaît comme une séance d’aspirateur, chez soi, au réveil. Une cacophonie réglée s’ensuit, des chœurs sous fond de pseudo klaxons électroniques. Une ode à la modernité ? Les percussions mi-mécaniques, mi-tribales prennent le relais pour une danse étrange au pays du soleil levant.
  • ‘Super Good’ est une accalmie pour terminer le disque. On entend le bruit des vagues et leurs mouvements agiles. Une dernière rêverie, avec moins de nervosité…
Parfois peu accueillant mais souvent intrigant, l’ensemble nécessite un certain effort pour le pénétrer. Multidirectionnel et déroutant, le disque peut être moins parlant pour de nombreux auditeurs, peu avides de ce type d’expérience sonore. Amusant et fascinant pour les uns, il restera un peu gratuit et lassant pour d’autres, malgré des qualités évidentes de diversité artistique et de manipulation instrumentale. Dans tous les cas, Super æ reste un gros travail de production musicale et, plus largement, un disque majeur de psychédélisme contemporain.

Note : 4,5/6

mardi 21 février 2012

OPETH My Arms, Your Hearse (1998)

Opeth - My Arms, Your Hearse
Métal progressif (Suède)


Opeth semble s’être vidé de quelque chose. Pour éclore ailleurs. La section rythmique qui avait ourdit tant de belles choses sur l’opus précédent n’est plus là. Certes Johan DeFarfalla & Anders Nordin ne font plus partie de l’aventure mais l'arrivée de Martin Lopez à la batterie, ce n’est pas rien non plus, assurément. Le groupe abandonne également les structures de plus de 10 minutes. Les voix claires prennent davantage d’espace, les guitares acoustiques aussi. Le groupe semble rechercher un nouvel équilibre. Ailleurs. Un temps nouveau pour Opeth est arrivé et My Arms, Your Hearse demeure l’album de transition propice. Un vrai régal aussi. Un concept album enfin, sur les errances d’un fantôme autour de la femme qu’il a aimée. Musicalement, la tempête est toujours de mise avec une ouverture magistrale : ‘Prologue’/‘April Ethereal’. Le groupe soigne ses premières pistes, emblématiques (et notamment leurs motifs de conclusion), une habitude qui le suivra pour notre plus grand plaisir. Les riffs sont toujours efficaces, alambiqués, mélodiques, même s’ils demeurent plus directs que sur les deux albums précédents. Plus timoré et moins éblouissant, riche et impressionnant que ‘Morningrise’, My Arms, Your Hearse reste pourtant un successeur particulièrement digne. Creuset du nouvel Opeth, authentique préparation pour les disques suivants (écoutez ‘When’ par exemple, terrassant), nouvel preuve éclatante du talent d’une formation qui sait composer des œuvres d’envergure, et des titres perforants et décisifs comme jamais. ‘Demon of the Fall’ en est une preuve remarquable. J’ai aussi un petit faible pour le folk de ‘Credence’, annonciateur de beaucoup de belles choses futures, et le troublant ‘Epilogue’, mélancolique et incandescent, qui me laisse dans une rêverie crépusculaire. Pas grand-chose à blâmer une fois encore. La magie d’Opeth est bien là, et pour longtemps.

Note : 5/6

dimanche 12 septembre 2010

MARILLION Radiation (1998)

Marillion - Radiation - Néo-progressif
Néo-progressif / Pop-Rock (G.B.)


Le dixième album de Marillion… comme le souligne d’ailleurs l’artwork, de façon discrète et élégante. Et une nouvelle mutation musicale, même s’il on ne sait guère trop où l’on va. Les voies de Marillion seraient-elles impénétrables ? A vrai dire, on oublierait ici un peu l’acoustique pour se tourner peut-être vers quelque chose de plus fondamentalement rock. Encore que… En tout cas, dans Radiation le mal-aimé, la magie semble vraiment moins fonctionner. Derrière cette pochette pourtant bien réussie, sibylline et prophétique, se laissent découvrir des compositions résolument modernes, en phase avec leur époque, mais paradoxalement et sûrement déjà en retard face à la concurrence. Que retenir de ce nouvel opus alors ? Pas grand-chose en fait. L’entrée en matière est particulièrement faible et peu de morceaux demeurent vraiment au niveau. On a en effet la fâcheuse impression d’être en face d’une collection de faces B. Parfois Marillion se replace sur le terrain de la sensibilité où il reste le plus à l’aise, avec ‘Three Minute Boy’ ou ‘She’ll Never Know’, peut-être par facilité d’ailleurs, mais en se caricaturant malheureusement un peu, fatalement. Alors oui, probablement que ‘Cathedral Walls’ sort la tête de l’eau, notamment grâce aux backing-vocals sourdes et hallucinées au sein de son couplet. Et le meilleur moment du disque restera peut-être les instrumentations soignées du morceau final, ‘A Few Words For The Dead’, sur lesquelles Steve Hogarth pose délicatement sa voix. Mais dans l’ensemble, Marillion semble quand même loin de son zénith, tout cela demeurant encore un tantinet trop maigre... Si Radiation mérite tout au plus une forme d’affection, peu d’éléments permettent à ce disque frêle et un peu indigne d’aspirer au salut, ou au moins à davantage de crédibilité.

Note : 2/6

jeudi 3 décembre 2009

DON CABALLERO What Burns Never Returns (1998)

Don Caballero - What Burns Never Returns
Post-Rock / Math-Rock (U.S.A.)


What Burns Never Returns est le troisième album des fameux math-rockers américains de Don Caballero. Purement instrumental, il présente des rythmiques massives, compactes et puissantes, faisant souvent place à moult sections de guitares échevelées, imbriquées, entremêlées. Centré sur le jeu explosif de la batterie de Damon Che, What Burns Never Returns demeure un opus structuré, charpenté, parfaitement organisé, d’où ressort une alchimie technique a fortiori évidente. Les changements et modulations de rythmes haletants et époumonés apportent au tout une atmosphère oppressante, convulsive, spastique. Galvanisé par une impulsion jazz et des influences heavy, ce troisième album dévoile à sa façon les voies de l’expéri-mental au sein d’une culture intrinsèquement post-rock. Bien qu’un peu essoufflé sur la fin, il assoit en tout cas la renommée d’un groupe, au carrefour du temps et de l’espace sonores.

Note : 4,5/6