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mercredi 28 juillet 2010

NOSOUND A Sense of Loss (2009)

Nosound - A Sense of Loss
Atmosphères, Art Rock (Italie)


La chaleur d’un frisson… Le premier titre de l’opus est un vrai bijou. Cette mélodie d’éternité, ces atmosphères éthérées, ce rythme chaloupé, ces cordes plaintives, aériennes et poignantes… Nosound, formation italienne composée de cinq musiciens, s’accompagne ici d’un quatuor à cordes pour délivrer une musique mélancolique et onirique, atmosphérique, presque en évanescence, et pas forcément très éloignée de celle de Porcupine Tree. Les diverses compositions montrent les capacités du groupe à réaliser de façon accomplie et élégante une musique sombre et flottante, trouble et intense, comme sur les très beaux ‘Constant Constrast’ & ‘Fading Silently’. Les émotions demeurent ici contenues, comme voilées, étouffées. Mais bien réelles. Le temps semble suspendu. C’est l’échappée. Le piano de ‘My Apology’, chanson simple et émouvante, nous emmène loin, parce qu’au plus profond de nous-mêmes. Et c’est sur les quinze minutes fluctuantes et inquiétantes de ‘Winter Will Come’ que le disque se refermera. Son passage central, tout particulièrement réussi, avec ces cordes tristes et brumeuses, en arrière-plan, nous fait errer dans un univers lugubre et énigmatique… Dans ce voyage intérieur en clair-obscur, A Sense of Loss reste un album à la fois déboussolant et salvateur, dans lequel on découvre toute l’intimité d’une musique qui se veut impalpable, insaisissable, évanouissante. Un art contemplatif et profond, vaporeux et élégiaque, à la fois intime et distant, fugace, entre présence et absence. Un art qui ne saurait nous faire oublier que, de la Trieste mélancolique à l’énergétique Milan, de la Venise romantique à la Rome écrasante et majestueuse, l’Italie est aussi le pays du progressif, de la musique, de ces atmosphères si particulières et personnelles.

Note : 5,5/6

lundi 10 novembre 2008

DUELLO MADRE Duello Madre (1973)

Duello Madre - Duello Madre
Progressif / Jazz-Rock / "Canterbury" (Italie)


Duello Madre. Le pied. Avec Picchio dal Pozzo, on tient peut-être ce qui se rapproche le plus du courant Canterbury… en Italie. Les atmosphères moelleuses et fragiles, les cuivres perturbateurs, énergiques et agiles… auxquels on ajoute un gros travail à la basse… et l’on obtient cet album technique et insolite, portant le nom de son géniteur, groupe énigmatique entre mille, né de l’union d’anciens membres d'Osage Tribe et de Circus 2000 (et comptant en ses rangs Pippo Trentin, sax tenor).

Il s’agit d’un disque exigeant, ambitieux et élégant. La production de Gian Piero Reverberi met en valeur tout l'éclat et le rôle primordial de chacun des instruments (saxophone, flûte, guitare & basse, percussions). Néanmoins, beaucoup trouveront l'opus dense et confus, malgré sa courte durée le rendant assez accessible, comparé à un Third de Soft Machine par exemple (plusieurs écoutes furent tout d’abord nécessaire pour baliser le terrain, planter le harpon dans la bête, puis d’autres pour la maîtriser).

Cinq morceaux constituent cet album de jazz-rock progressif, faisant le grand écart entre les atmosphères méditerranéennes et les influences de la Nouvelle-Orléans. On retiendra surtout ‘Madre’, long morceau d’une dizaine de minutes captant la magie du mouvement Canterbury et jouant sur les contrastes de passages plus calmes et d’autres plus animés.

Cependant, le travail à la basse apparaît sans doute comme l’un des éléments les plus marquants, et ce sur tous les morceaux : que ce soit sur ‘Aquile Blu’, le titre d’ouverture (le seul track contenant du chant, d’ailleurs assez typiquement italien) ou sur ‘Momento’, qui contient un interlude onirique à la flûte. On ne saurait oublier non plus ‘Otto’ et ‘Duello’, titre final, montrant encore le sens du rythme du groupe et l’utilisation de sa basse serpentine.

Pfff… Et après, qui osera nous bassiner que les progueux n’ont pas de bonnes sections rythmiques ? En tout cas, si cet album éponyme demeure sans suite, il reste quand même un gros coup de pied dans la scène italienne, un disque formidable et chaleureux illuminant le courant progressif de ses lumières. Et puis, quelle pochette…

Note : 5/6

jeudi 31 juillet 2008

LOCANDA DELLE FATE Forse le lucciole non si amano più (1977)

Locanda delle Fate - Forse le lucciole non si amano più
Progressif Symphonique (Italie)


1977… cette année fait irrémédiablement penser à l’explosion – le boom et l’anéantissement – du punk. Et pourtant, loin de la bestialité de ce mouvement sortait en Italie Forse le lucciole non si amano più, pièce douce et paisible dans laquelle nous redécouvrons avec joie la tranquillité de l’âme.

Toutefois, cet album pourrait bien passer pour le point d’orgue mais aussi le chant du cygne des classiques du progressif italien. En effet, c’est au moment où la vague du progressif italien était presque retombée que surgissait ce miracle, rappelant les plus belles notes de Gentle Giant, de Genesis (première période) et des célèbres compatriotes Premiata Forneria Marconi.

Ce petit trésor présente des émotions touchantes, humbles et intimes, parfaitement décrites par une musique de chambre vivante et subtile, dans laquelle tous les musiciens se montrent complémentaires. L’ensemble des claviers apportent avec éclat une grande dynamique à l’ensemble, et se complète admirablement avec la solidité rythmique, la finesse des cordes et la voix simple, noble et tragique, de Leonardo Sasso.

Le disque est ainsi marqué par une grande cohérence et je sais aussi que l’auditeur éprouvera un grand plaisir à découvrir avec soin la richesse de chacun des morceaux qui compose cet opus magistral et féerique. La beauté de l’existence nous est ici comptée, dans toute sa fragilité, dans toute sa pureté, dans tout ce qu’elle a de poétique et de magique.

Locanda delle Fate propose une musique fraîche et sincère, délicate et généreuse, et son oeuvre figure comme l’une des plus belles choses qu’il m’ait été donnée d’entendre. Forse le lucciole non si amano più demeure un régal de musicalité, incarnant le progressif « symphonique » dans ce qu'il a de plus raffiné, l'Italie pour ce qu'elle donne de meilleur, et peut-être la Musique, tout simplement.

Note : 6/6

lundi 18 juillet 2005

MUSEO ROSENBACH Zarathustra (1974)

Museo Rosenbach - Zarathustra
Progressif Symphonique Italien


La très belle pochette (également controversée) m’ayant fait à plusieurs reprises les yeux doux pour me plonger dans l’œuvre de Museo Rosenbach, je me dois bien de livrer un petit texte relatant mes impressions… Que ce soit au niveau de l’imagerie (tranchant allègrement avec les idéaux politiques rencontrés habituellement dans le prog italien) ou de la thématique du disque (le surhomme nietzschéen), Zarathustra est la musique d’une certaine émancipation, un disque symbolique très coté, proposant un progressif heavy, atmosphérique, teinté de nombreuses influences classiques.

A travers une musique technique, puissante, appliquée et riche, dont l’aspect sombre est bien mis en valeur par la présence parfois imposante des claviers, l’œuvre va réveiller le surhomme qui sommeille en nous, ou plus exactement ce qu’il y a de surhumain. À quoi cela correspond-il ? A une élévation de valeur, à un dépassement du mode de vie humain que l’on retrouve de façon prédominante dans la culture contemporaine en Europe et au type pulsionnel que celle-ci propose : celui du « bon », lié aux valeurs morales. Le surhumain renvoie à l’homme le plus sage ou le plus fort, à celui qui a pour tâche la transfiguration de l’existence.

Concernant les morceaux de l’album, le principal highlight est la longue suite ‘Zarathustra’, présentant des thèmes mélodiques intéressants ('Il Re di Ieri' et 'Superuomo' notamment) et une structure complexifiée. Les trois autres morceaux évoquent eux-aussi des concepts nietzschéens (l’éternel retour, et une référence à l’ouvrage Par-delà bien et mal) et restent dans un style similaire très appliqué (on notera surtout 'Della Natura'). Dans l’ensemble de l’oeuvre, on perçoit l’essence du groupe, son intelligence, ses motivations et son caractère, notamment à travers la dextérité des musiciens et l’énergie de la voix de Stefano Lupo Galifi.

Ce disque à l’originalité presque symbolique montre aussi la marque de fabrique de nombreux groupes progressifs : une certaine vigueur dans l’interprétation, une grande symbiose entre les musiciens et un héritage classique. Ce dernier point compense le fait que le rock ne se soit pas créé, ne se soit pas forgé une véritable culture en Italie par comparaison aux pays anglo-saxons (notons que la scène anglaise est plus porté sur des influences jazz et rock, la scène allemande sur la musique contemporaine)… Zarathustra est un album qui respire son époque tout en l’anticipant, en tentant de la dépasser. Une œuvre phare qui guide l’auditeur curieux en l’illuminant sans cesse dans ses découvertes.

Note : 5/6

dimanche 17 juillet 2005

AREA Arbeit Macht Frei (1973)

 Area - Arbeit Macht Frei
Progressif Italien / Jazz-Rock / Fusion


Area, groupe notamment aux trousses de Soft Machine, de King Crimson et de John Cage, développe ici une musique fusionnant jazz-rock, avant-garde, style Canterbury, et folklore oriental. Cette formation se revendique, par l’intermédiaire de la pochette dadaïste et militante du disque, comme un « groupe populaire international » et dénonce la barbarie nazie à travers le titre de l’album qui fait référence au tristement célèbre slogan. L’érudition des membres d’Area est mise au service d’une musique de qualité, rigoureuse et vivante, exécutée avec vigueur, proposant des thèmes éclatants et des expérimentations plutôt réussies. La chaleur du jazz vous prend aux tripes et annonce un peu parfois les illuminations des Italiens de Picchio dal Pozzo, eux aussi lancés sur les traces de Robert Wyatt. Le rythme de l’oeuvre est varié, parfois souple et soutenu, parfois dilué dans des expériences sonores psychédéliques. Quant à la voix acrobatique et expérimentée de Demetrio Stratos, elle s’insère parmi les autres instruments avec une étrange facilité, même si elle aura tendance à véritablement irriter l'auditeur pour son exubérance, point faible du disque. Arbeit Macht Frei est dans l’ensemble une œuvre de référence, et reste en tout cas une marque d’ouverture sur différents styles, parfaitement assemblés et entremêlés, une volonté de synthèse nécessitant l’éclatement des frontières musicales, où la diversité est au service d’une certaine « unicité ». Un très grand disque !

Note : 5/6

samedi 16 juillet 2005

PICCHIO DAL POZZO Picchio dal Pozzo (1976)

Picchio dal Pozzo - Picchio dal Pozzo
Progressif Italien / Canterbury

Comme quoi, la scène de Canterbury n’est pas figée dans le temps et dans l’espace ; nous sommes ici en Italie, en 1976. Dans cet album les musiciens se promènent sur les routes déjà tracées par Soft Machine et Hatfield and the North, celles qui nous mènent vers un univers énigmatique où se côtoient jazz téméraire et ambiances soyeuses.

Le disque est en effet un véritable générateur d’atmosphères nous transcendant par l'éclat de leur lumière (‘Merta’, magnifique introduction). On se sent capable de traverser, de transpercer le temps, et de ressentir une forme de nostalgie rayonnante grâce à cette musique dans laquelle l’avenir semble parfois décapité (‘Napier’), et qui pourrait habiller ces moments si particuliers de solitude absolue (‘Off’).

Ces huit morceaux sont les clefs nous ouvrant la voie d'une oeuvre romantique, élégante et perturbante, à mi-chemin entre la chaleur du jazz (‘Cocomelastico’) et la froideur blanche d’expérimentations légèrement avant-gardistes et carrément psychédéliques (‘Seppia’). Les claviers et les cuivres, éblouissants, obtiennent une place de choix et nous guident dans nos réflexions autour de ces morceaux étincelants (‘La Bolla’).

Mais nos prophètes de Picchio dal Pozzo qui se font les témoins exemplaires du style Canterbury ont dédié leur œuvre à Roberto Viatti. Qui est donc ce personnage ? S’agit-il d’un maître à penser ? D’un guide ? D’un gourou ? Roberto Viatto n’est rien d’autre que Robert Wyatt, cette figure si importante pour le progressif et la musique en général. Cet album devient alors un témoignage, un testament, une réécriture du Canterbury dans sa propre langue, mais avec une chaleur, un recul, qui ne semblent correspondre à rien d’autre qu’à une profonde maturité.

Note : 6/6

vendredi 15 juillet 2005

LE ORME Felona e Sorona (1973)

Le Orme - Felona e Sorona
Progressif Italien / Symphonique


Le Orme s’avère être un guide de choix pour explorer les panoramas progressifs transalpins. Si certains thèmes de Felona e Sorona, un concept album dans la pure tradition du mouvement, se fixent assez bien dans la mémoire de l’auditeur, ce sont bien les atmosphères sombres et romantiques qui apparaissent comme l’atout majeur de l’opus.

Se plonger dans Felona e Sorona c’est en effet en découvrir l’aura si particulière qui entoure ces neuf morceaux d’une troublante suspicion. Même si l’on pourra regretter quelques légèretés dans le style d’écriture, le disque nous offre notamment deux grands titres : ‘Sospesi nell’Incredibile’, et un ‘Rittrato di un Mattino’ rappelant un peu étrangement le ‘A Whiter Shade of Pale’ de Procol Harum. Le reste de l’album navigue entre une tension inquiétante et des réflexions lascives qui donneront le beau rôle aux différents claviers de Toni Pagliuca.

Ce petit disque à la pochette bleutée que l’on écoute de façon très personnelle s’apparente de près ou de loin à un hommage aux plaisirs des sens de l’auditeur. Néanmoins, si Felona e Sorona est de façon générale une œuvre touchante et intime elle n'en dégage pas moins un certain sentiment d’universel. D’ailleurs, pour poursuivre ce paradoxe, si cet album sait se dissimuler sous les traits d’une curiosité locale, il fait figure de classique, particulièrement prisé par de très nombreux aficionados du groupe.

Note : 4/6

lundi 11 juillet 2005

BANCO DEL MUTUO SOCCORSO Io Sono Nato Libero (1973)

Banco del Mutuo Soccorso - Io Sono Nato Libero
Progressif Italien / Symphonique


Banco del Mutuo Soccorso est un groupe culte en Italie. Tout en étant influencé par ELP et Yes, le rock progressif de Banco garde une touche très personnelle. Même plus, il nous donne envie de voyager, notamment grâce à ce troisième album. La nostalgie méditerranéenne qui émane de ce disque se noue de la meilleure manière avec des parties plus enjouées qui apporte un caractère tout à fait enthousiasmant à Io Sono Nato Libero.

Que ce soit les parties raffinées de guitare, les sonorités aux claviers ou les percussions énigmatiques, tout porte à croire que ce disque est proprement accompli. Et il l’est, comme l'atteste cet épique premier morceau ‘Canto Nomade Per Un Prigi’, mélancolique et inquiétant, parfaitement travaillé, et ayant cette capacité à nous emmener dans un univers très spécial, pas forcément loin de nous, puisqu’il s’agit des atmosphères italiennes. Un classique donc.

Le reste est peut-être un peu moins attrayant mais reste de bonne qualité. ‘Non mi rompete’ est une composition au caractère tantôt intimiste, tantôt plus enjoué, et ‘La Citta’sottile’ et ‘Dopo Niente E’piu’lo S’ nous offrent une belle alchimie mélodique et harmonique, où les claviers sont rois. Le dernier morceau est vraiment très agréable mélodiquement mais souffre beaucoup de la texture de certains instruments utilisés par moment qui rendent malheureusement le tout très pompeux et artificiel.

L’ensemble du disque respire le romantisme et la liberté, la tristesse et l’angoisse parfois, et un petit quelque chose d’indescriptible qui vous rappelle un peu les sentiments que vous éprouvez parfois lors de la découverte d’un nouveau pays et de son climat si particulier, ou lorsque vous le quittez et vous rendez compte après coup que la magie du dépaysement a opéré. Très soigné, et même s'il lui manque encore un peu d'efficacité par moment, Io Sono Nato Libero est un disque quasi-incontournable dans le paysage du rock progressif transalpin, une œuvre de bravoure réalisée par l’un des pères de la scène italienne.

Note : 4,5/6

dimanche 10 juillet 2005

MAXOPHONE Maxophone (1975)

Maxophone - Maxophone
Progressif Italien / Symphonique


Cet unique album de Maxophone livre une musique haute en couleur, très mélodique et étoffée, riche et vivante. Grâce à leur maîtrise du rock, du jazz et du classique, ces musiciens érudits produisent un disque romantique, dynamique et équilibré.

L'oeuvre est animée par divers instruments (cordes, claviers, flûte, trompette, clarinette, vibraphone...) ornant chaque morceau d'arrangements baroques et chatoyants. Les textures sont variées et multicolores, les morceaux éclatants, cuivrés, frais et bigarrés, le tout merveilleusement orchestré et entraîné par la voix chaude, rauque et énergique d’Alberto Ravasini.

En outre, de nombreux passages sont véritablement excellents : l'introduction fracassante de 'Ce Un Paese Al Mondo'; les mélodies définitives de 'Al Mancato Compleanno Di Una Farfalla' et de 'Antiche Conclusioni Negre'; la fin instrumentale de 'Elzeviro' et celle de 'Mercanti Di Pazzie' au cours de laquelle on entend la nature, ou tout du moins l'écho de sa présence.

Cependant, Maxophone montre aussi que l’érudition ne mène pas nécessairement à la surenchère. Ici, tout est en place : les structures des chansons sont extrêmement cohérentes, les thèmes s'enchaînent à merveille. En effet, les motifs semblent presque se répondre les uns aux autres, se passant le relais dans un même élan créateur et une très grande fluidité.

En fait, le disque demeure plus direct et mélodique que d'autres classiques de progressif italien, mais le travail de l’auditeur pour comprendre l’articulation des chansons reste de taille et particulièrement enrichissant. Il s’agit alors d’un compromis parfait entre mélodies accrocheuses et complexité des compositions.

À vrai dire j’aurais tendance à penser aussi que cet album, grâce à son côté mélodique et ornementé, est un haut lieu pour les amateurs de pop baroque des sixties souhaitant découvrir les musiques progressives des seventies. Un disque très coloré, vif, et intelligent.

Note : 5,5/6

samedi 9 juillet 2005

IL BALLETTO DI BRONZO Ys (1972)

Il Balletto di Bronzo - Ys
Progressif Italien / Symphonique


Ys est un album qui capte l'énergie italienne et la renferme en lui-même. Dans ce disque de progressif symphonique, pêchu et animé, assimilant les héritages jazz et classique comme celui du rock schizophrène de King Crimson, se déroule une longue suite effrénée qui ravira, entre autres, les amateurs de claviers seventies et de batterie endiablée.

Les musiciens, gonflés à bloc, se lancent ici tambour battant dans une musique nerveuse et exaltée, carrée et parfaitement maîtrisée, mais sans négliger pour autant la qualité des ambiances. Bien au contraire, ils savent développer des atmosphères inquiétantes et profondes, limite morbides et macabres, notamment dans la longue introduction qui reste un modèle du genre, mêlant désinvolture instrumentale et sérénité trompeuse. Il s'en dégage quelque chose de proprement mystique, spirituel, le tout bien mis en valeur par un son d'ensemble très équilibré.

Pourtant, ce disque semble parfois sujet à controverses. En effet, on pourrait pinailler sur la voix parfois trop exubérante du chanteur-claviériste Gianni Leone (le tout début de 'Secondo Incontro', juste avant que de belles ambiances inquiétantes viennent s'y greffer). Peut-être noterons-nous aussi les rares moments d'absence du groupe, que certains jugeront en pilotage automatique.

Mais au sein de cette musique débridée se révèle un mystère : si le titre de l'album se réfère au nom de la légendaire ville bretonne, Ys semble décrire une Italie théâtrale où l'on découvre avec angoisse le sentiment de l'infini. Ici, on retrouve une Italie radieuse comme l'Olympe, une Italie des grands espaces de pierre et de marbre, entre lumière et ténèbres, une Italie divine et métaphysique pour laquelle les démiurges extravagants et virtuoses d'Il Balletto di Bronzo joueront leurs plus belles pièces, turbulentes et prodigieuses.

Ys est donc un compromis de luxe entre une énergie musicalement canalisée mais révélant une certaine folie explosive sous-jacente, tout comme des atmosphères troublantes et enchanteresses. Un disque mémorable et unique, un détour d'importance dans le monde du progressif italien.

Note : 5/6

mardi 5 juillet 2005

PREMIATA FORNERIA MARCONI Storia di un Minuto (1972)

Premiata Forneria Marconi - Storia di un Minuto
Progressif Italien / Symphonique


Le premier album de la Premiata, très prisé par les amateurs de progressif, montre ses musiciens dans ce qu’ils savent faire de mieux : mettre à profit leur maîtrise des instruments pour produire des morceaux cohérents et riches en atmosphères. La formation italienne développe une musique romantique, intime et pastorale, synthèse personnelle d’héritages classique, jazz et acoustique.

Premiata Forneria Marconi nous dessine de façon subtile son idée de la mélancolie italienne. Une certaine idée de la simplicité et de la mesure aussi. Sans surenchère. Et c’est toute cette authenticité qui donne une signification parfois poignante à l’ensemble, la tonalité surannée offrant à l’œuvre tout son charme et sa profondeur.

Storia di un minuto brille par sa générosité. Les musiciens lèvent le rideau sur une scène de théâtre pleine d’enseignements. Claviers, voix, flûte et violon créent des mélodies anciennes et des ambiances diverses, tantôt feutrées et nocturnes, tantôt plus festives ou colorées. De temps en temps de grandes mélopées mystiques de mellotron viennent vous happer, tel un vent heureux.

Le disque tire la majeure partie de sa force dans sa seconde partie. L’acte II de ‘Dove… Quando…’ est une merveille, tout comme les atmosphères de ‘La carozza di Hans’ et de l'introspectif ‘Grazie Davvero’, qui n’est pas sans rappeler ‘Brain Damage’ de Pink Floyd. La première partie reste un ou deux tons en dessous (notamment l'enjoué ‘E festa’ qui, mise à part ses superbes envolées de mellotron, reste un peu agaçant).

Louant un certain sens de la tradition, Storia di un minuto est une œuvre d’artistes poètes accomplis. Artistes certainement, mais « artisans » plus encore… « Artisans » d’un progressif sincère, les musiciens de la Premiata nous offre avec ce premier disque une leçon de choses précieuse et profonde.

Note : 5/6

lundi 4 juillet 2005

PREMIATA FORNERIA MARCONI Per un amico (1972)

Premiata Forneria Marconi - Per un Amico
Progressif Italien / Symphonique


Le deuxième album de Premiata Forneria Marconi, Per un Amico, fait figure de classique incontournable de la scène italienne et du monde progressif en général. Inspiré par Jethro Tull et les débuts de King Crimson, le groupe y développe une musique méditerranéenne et céleste tout en nouant ensemble, avec précision, des instrumentations progressives et baroques.

Per an amico propose des ouvertures et une escapade au royaume des rêves. Les mellotrons font émerger des atmosphères douces et nuageuses nous rapprochant de leurs contemporains anglo-saxons, Genesis, tout en conservant une touche très personnelle. Mais surtout, le groupe nous offre aussi un album plein de contrastes, contenant des morceaux-tiroirs, exécutés entre tranquillité et « tension ».

Dès l’ouverture de l’album, les premières notes suscitent un véritable éveil musical. ‘Appena un Po’’ est en effet un morceau aérien d’une rare intensité. Il fait connaître à l’auditeur de véritables montées émotionnelles à travers des passages particulièrement poignants. Ce titre constitue une des plus belles réussites du groupe, et s'écoute la gorge nouée, l'esprit en proie à des rêveries douces-amères.

Si l’on met de côté ‘Generale’, faisant office de seul (et léger) raté du disque à cause de sa deuxième section un peu niaise et irritante, les autres morceaux sont de très bonne facture. La chanson-titre, légère et dynamique, respire la maîtrise technique et exprime par moments une forme de tension ambiante. Le mélodique ‘Il Banchetto’ peut s’inscrire dans les classiques du groupe et le troublant ‘Geranio’ clôture le disque de façon marquante, en martelant des sons inquiétants et répétitifs.

Le jeu de Premiata Forneria Marconi, mélodique et soutenu, délicat et léger comme un nuage de lait, montre que des individualités soudées ne sont jamais aussi performantes que quand elles jouent ensemble. De cette façon, la Premiata réussit à travers cet opus raffiné à créer un univers onirique nous faisant visiter les plus belles régions du ciel comme les recoins les plus émotifs de notre âme.

Note : 5/6

dimanche 3 juillet 2005

SEMIRAMIS Dedicato a Frazz (1973)

Semiramis - Dedicato a Frazz
Progressif Italien / Avt-Garde & Symphonique


Dans son seul et unique album, Semiramis développe des paysages musicaux surréalistes, aux atmosphères sombres et très prégnantes. Les sept morceaux clairs-obscurs de Dedicato a Frazz nous font irrémédiablement entrer dans un univers extravagant et sans pareil, mêlant mystère et schyzophrénie.

Pour ce faire, le groupe synthétise des influences diverses comme le rock, le classique, la musique d’église, l’avant-garde et le folklore local. Emmené par un enfant-prodige, Michele Zarrillo, âgé jusqu’alors de 16 ans (!), le quintet fait preuve d’une réelle cohésion. La voix lunatique de Michele Zarrillo s’envole, se transforme en invocations lugubres et se glisse dans des collages d’instrumentations tourmentées, ornées d'arrangements lumineux de cordes et de vibraphone.

Les pensées musicales de Semiramis nous invitent à visiter un monde enfantin et onirique, une forme de cirque théâtral très personnel où s’entrecroisent pourtant les angoisses les plus adultes et des représentations sordides en diable. Dedicato a Frazz semble être le reflet d’une âme torturée, le malaise métaphysique y côtoyant les rêves doux-amers les plus innocents.

Le disque apparaît différent à chaque écoute et se parcourt autant qu’il ne s’écoute. Ses routes musicales vallonnées quadrillent des panoramas sonores irréels. L’œuvre s’adresse aussi bien aux oreilles de nomades en perpétuel exil qu’aux auditeurs qui voudront se faire une place de choix au sein de cet univers enchanteur en évanescence.

Impressionnant et saisissant, l’album de Semiramis est un opus d'une grande singularité, animé par un charme transalpin. Son imagination artistique, sa maîtrise instrumentale, son sens de la mesure et de la nuance, permettent au groupe d’incarner une partie du patrimoine musical italien.

Note : 5/6