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lundi 26 juin 2006

HARMONIUM Les cinq saisons (1975?)

Harmonium - Les cinq saisons
Progressif Symphonique (Canada/Québec)


Harmonium, groupe québécois des années 70, nous offre un disque conceptuel vivaldien. En effet, chaque chanson représente une saison qui habille Montréal de ses couleurs. La musique évoque les modifications climatiques comme les changements d’humeur qui y sont parfois associés et le groupe s’engage à décrire les saisons avec toute la palette de couleurs sonores que cela nécessite. Les cinq saisons raconte les péripéties d’une jeune fille nommée Montréal tout en restant très imagé et poétique : le parallèle fille/ville semble même parfois envoyer des messages politiques concernant la situation du Québec. Mais cet album reflète aussi l’esprit du temps, la culture d’une époque, avec tous les idéaux qu’elle comporte : il s’agit donc en partie d’un disque « culturel ». La naïveté et la recherche de l’idéal (avec tout ce que cela a de dangereux et d'illusoire, mais aussi de constructif et d’ambitieux) que l’on retrouve dans Les cinq saisons rappelleraient également une forme de passage à l’âge adulte, où la prise de conscience fait fi des rêves passés bien souvent déconnectés de la réalité.

Mais le plus important c’est la musique. Et quelle musique ! Il est vrai que la voix garde un accent assez spécial, que les compositions sont parfois un peu trop typées… mais cela constitue finalement un passeport pour un nouvel univers. ‘Vert’ et ‘Dixie’, les deux premières chansons-saisons, sont hautes en couleur, chatoyantes, colorées, vives et ensoleillées. L’atmosphère chaleureuse est bien mise en valeur par une musique fouillée et les divers instruments apportent une richesse à l’opus, devenu une forme de peinture mélodique de couleur vive. Cette musique demeure fraîche et spontanée, luxuriante et épanouie, incarnant le rêve et l’illumination de deux saisons. Cependant, je préfère largement le premier morceau, si prenant et tellement bien composé, au deuxième titre, dont la mélodie du refrain me rappelle malheureusement trop Balavoine (!). Notons au passage une particularité du disque : il ne comporte pas de percussions, ce qui ne l’empêche pas d’être parfois très rythmé. Les deux chansons suivantes, ‘Depuis l’automne’ et ‘En pleine face’, sont évidemment plus tristes et sombres et révèlent un côté nostalgique (puisque l’on vous parle d’« idéal »…). Elles continuent de montrer également tout le talent et la maturité de Serge Fiori.

Et puis vient cette fameuse cinquième saison, ‘Histoire sans paroles’, un véritable monument du rock progressif, et je le pense vraiment. Un poème symphonique instrumental… une authentique merveille. Ici toute l’atmosphère prend son sens pendant plus d’une quinzaine de minutes de magie pure. Au milieu du morceau survient une section de piano absolument bouleversante, quelque chose d’inoubliable, un trésor que l’on aimerait à la fois garder pour soi mais aussi offrir à la Terre entière. La mélodie du piano que vient rejoindre la voix du chanteur est absolument parfaite et enivrante. Le genre de « truc » que l’on écoute les yeux mouillés et la gorge serrée… Effectivement, cette cinquième saison est un véritable morceau de ciel… Toute parole demeure futile pour décrire ce que parviennent à réaliser ici le groupe québécois. Sincèrement, devant un tel moment de plaisir, devant tout le talent et la générosité des musiciens d’Harmonium, nous n’avons en définitive plus qu’un seul mot à leur dire : merci.

Note : 5,5/6

mardi 16 mai 2006

ANGE Au-delà du délire (1974)

Ange - Au-delà du délire
Progressif Symphonique (France)


Au-delà du délire, qui fait figure de classique dans la discographie du groupe, est un peu la confirmation de ce que l’on a pu entendre sur le précédent disque Le cimetière des arlequins. Ici encore, nous sommes en présence de nouveaux personnages (‘Godevin le Vilain’ par exemple) et la musique nous emmène dans un Moyen-Âge fictif et onirique (jusque dans les bois autour du château, où l’on entend le murmure perpétuel de la nature et de ses habitants). Quant aux textes, ils évoquent à la fois les hallucinations psychotiques et les visions bibliques qui ont déjà frappé l’esprit dérangé de Décamps sur les précédents albums. ‘Si j’étais le Messie’ en effet, est une déclamation déroutante, un morceau qui montre qu'Ange ne joue pas que de la musique mais sait aussi raconter des histoires troublantes (comme c’est aussi le cas sur ‘La bataille du sucre’, même si je suis bien plus réservé sur ce titre). Après cette vision messianique et une transition brutale, le disque se poursuit avec une autre réussite : ‘Ballade pour une orgie’, petite comptine de ménestrel en or fin. L’album regorge aussi d’un titre plus rock ‘Fils de Lumière’ et une fois encore d’un long morceau éponyme s’achevant sur un solo de feu. Ainsi, c’est sur cette dernière vignette que le livre d’images du petit page, le recueil de contes magiques, se ferme devant nos yeux.

Note : 5/6

lundi 15 mai 2006

ANGE Le cimetière des arlequins (1973)

Ange - Le cimetière des arlequins
Progressif Symphonique (France)


Le soir, dans la brume bleutée, j’aperçois la procession des arlequins… ils grimpent une montagne verdoyante et transportent des présents, de l’or, de l’encens… C’est avec Le cimetière des arlequins que j’ai découvert le monde musical si particulier d'Ange… Ce deuxième album du groupe demeure plus cohérent et plus homogène que le précédent, et le style y est plus affiné. Il nous emmène dans un univers onirique, magique et humoristique (‘L’espionne lesbienne’), parfois plus intimiste et coquet (‘La route aux cyprès’) mais toujours aussi sombre… et parfois même macabre, si ce n’est angoissant (les ambiances de ‘Bivouac final’ et surtout le terrible morceau éponyme). Dans l’ensemble, la musique reste toujours très exubérante et typée. D’ailleurs quoi de plus naturel pour Ange d’ouvrir l’album avec une reprise du très théâtral Jacques Brel (‘Ces gens-là’) ? Il y a en outre un morceau dont je ne me lasse pas : ‘Aujourd’hui c’est la fête de l’apprenti sorcier’, petite perle de progressif enveloppée dans des nappes de claviers célestes (notons que le mellotron n'est pas utilisé avant 1978 et l'album Guet-apens). De plus, les textes sont également réussis, demeurant bien sûr un élément particulièrement important. Bref, toujours très atmosphérique, et souvent dérangeant, ce deuxième album est un passage obligé dans le monde du progressif français.

Note : 5/6

dimanche 14 mai 2006

ANGE Caricatures (1972)

Ange - Caricatures
Progressif Symphonique (France)


« Ecoutez-moi… Caricatures… »… C’est ici que commence la très longue aventure d'Ange, l’Analyse Naturelle des Grands Esprits, le Genesis français… Avec ce premier opus, la petite troupe emmenée par Christian Décamps nous propose une musique personnelle, hallucinée et terriblement sombre, habillant des textes surréalistes aux allures prophétiques, poésie noire enrobée d’un humour grinçant et d’un cynisme glacial. Des appels du pied au Roi Crimson dans ‘Dignité’ à la comptine crépusculaire et mélancolique ‘Le soir du diable’, des déséquilibres mentaux et malsains de ‘Tels quels’ aux illuminations névrotiques et métaphysiques du long morceau-titre, c’est toute une série d’atmosphères qui nous saisit, nous dérange… Personnellement, ces ambiances m’emmènent dans les vieux quartiers de Paris, dans la brume du soir, dans ces rues intimes et théâtrales où se déploie la simplicité de la vie de tous les jours, dans ces endroits magiques où respire encore l’esprit haletant du Moyen-Âge. Le délire ronge l’intellect de Christian Décamps et celui-ci décrit ses visions, ses rêves, ses cauchemars pour les entremêler dans une folie musicale à mi-chemin entre rêve et réalité. Caricatures est ainsi un album brut et authentique, le début d’un parcours atypique d’un des grands groupes français des seventies.

Note : 4,5/6