Affichage des articles dont le libellé est Zeuhl. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Zeuhl. Afficher tous les articles

jeudi 30 janvier 2014

MAGMA Archiẁ I & II (2008)

Magma - Archiẁ I & II
Jazz-rock / Zeuhl (France)


Pour terminer brièvement cette rétrospective Magma, et accessoirement rédiger la 300ème chronique d’Exil Progressif, je me suis penché sur le disque bonus du coffret Studio Zünd : Archiẁ I & II. Cet objet, devenu plus rare et moins bon marché, regroupe les 9 albums de Magma sortis jusqu’en 2004, c’est-à-dire K.A. compris. Si à ce jour, ce n’est pas une intégrale, ce coffret reste une pièce recherchée et le meilleur moyen pour s’engouffrer corps et âme dans la discographie du groupe. Il propose aussi de beaux livrets explicatifs.

Mais penchons-nous donc sur ce (double) disque bonus du coffret : Archiẁ I & II. Il comprend :
  • la bande originale du film 24 heures seulement (qui finalement ne sera pas utilisée), enregistrée du 27 au 30 juillet 1970 au studio Europa Sonor à Paris ;
  • une version instrumentale de Mekanïk Destruktïẁ Kommandöh, enregistrée du 11 au 15 avril 1973 au Manor Studio à Londres ;
  • des démos du premier album (la première maquette enregistrée par le groupe au studio des Dames à Paris, début avril 1970), suivi d’un extrait des sessions de l’album Merci (‘Eliphas Levi’, le bien connu).

S’il est utile d’obtenir un Mekanïk Destruktïẁ Kommandöh dans une certaine nudité, et si les démos de Kobaïa, bien qu’un peu redondantes, sont sympas, ce sont les titres de la B.O. qui sont les plus intéressants à mon sens. La qualité d’ensemble est évidemment orientée « démo » mais cela ne ternit pas l’intérêt porté à ces bandes, bien au contraire.

Parmi mes favoris : ‘La foule’, écrit par Teddy Lasry (saxophone soprano, flûte, vents), et ‘Blues de V.’ (« Blues de vache »…), écrit par François Cahen (piano), s’échouant finalement dans un tintamarre d’improvisations. Ce qui m’intéresse plus dans ces morceaux, c’est le jazz rock cuivré de Magma, typé seventies, jouissant d’une certaine liberté lumineuse. Un témoignage des origines, loin des productions ultérieures.

J’apprécie aussi l’agité ‘Fête foraine’ (Teddy Lasry) et la mélancolie de ‘Pascale’ (Claude Engel). Deux morceaux un peu plus longs (7-8 minutes) signés Vander, ‘Ourania’ et ‘Africa Anteria’, partent vers des horizons un peu plus torturés, poussant plus longuement les impros, mais toujours en restant accessibles, comme sur tout le disque.

Pour ses divers ingrédients, Archiẁ I & II est donc un bon complément, regorgeant d’énergie et d’authenticité. Et l’on se félicite bien naturellement de pouvoir l’écouter, tout comme d’avoir entre ses mains le fameux coffret Studio Zünd qu’il boucle avec un peu de magie.

Pas de note (compilation)

Morceaux fétiches : ‘La foule’, ‘Blues de V.’

lundi 27 janvier 2014

MAGMA K.A. (Köhntarkösz Anteria) (2004)

Magma - K.A. (Köhntarkösz Anteria)
Zeuhl (France)


K.A. (Köhntarkösz Anteria) est le premier mouvement d’une trilogie comptant en son sein l’émérite Köhntarkösz (1974, deuxième mouvement) et Ëmëhntëhtt-Rê (2009, dernier mouvement). Il fut composé au début des années 70 et ne fut enregistré que 30 ans plus tard... Cela peut sembler compliqué, mais Magma nous a déjà habitués à cela avec l’autre trilogie, Theusz Hamtaahk, composée d’un premier mouvement du même nom (paru en 1981 dans le live Retrospektïẁ I-II), de Ẁurdah Ïtah (1974), et du célèbre Mekanïk Destruktïẁ Kommandöh (1973).

K.A. (Köhntarkösz Anteria) comprend lui-même trois mouvements (‘K.A. I’, ‘K.A. II’, ‘K.A. III’), respectivement de 10, 15 et 20 minutes environ. On retrouve globalement un Magma plus classique que sur Merci, fort logiquement, puisque composé début seventies.

- Le premier mouvement est assez rythmé et tonique, et les chœurs s’en donnent à cœur joie. Un voyage dans le temps, pas forcément palpitant mais facile d’accès, en tout cas pour ceux qui souhaitent avoir un nouveau témoignage archéologique du Magma, disons, « originel ».

- Plus progressif peut-être, le deuxième acte présente davantage de ruptures rythmiques mais garde toujours cet allant dynamique, énergique, presque fougueux. On retrouve étrangement dans les paroles un fragment (« Les musiciens du bord du monde ») également présent sur Ẁurdah Ïtah. Les trilogies s’entrecroiseraient ?

- La troisième composition, également la plus longue, montre un Magma tentant une approche différente de la modernité. Elle ne ressemble pas vraiment à du Magma. Le motif d’introduction, assez hypnotique, se répète et se décline longuement. Magma joue une nouvelle carte pour un jazz lounge spatial réussi. La seconde partie du morceau reste plus classique, non sans emphase évidemment, mais apparaissant un peu longuet par moment.

Chœurs vigoureux et bouillonnants, claviers denses et profonds, rythmes frénétiques et appliqués… Sans être renversant, K.A. est un disque très solidement exécuté, rappelant le passé grandiose tout en offrant quelques ingrédients neufs. Un nouveau « nœud » conceptuel, permettant d’apporter encore davantage de sens à une trilogie désarticulée qui « commence » ici de belle manière et « continue », avec Köhntarkösz, sous les meilleurs auspices. Magma, défragmenteur du temps…

Note : 4/6

Morceaux fétiches : ‘K.A III’ notamment pour ses premières minutes

dimanche 26 janvier 2014

MAGMA Merci (1984)

Magma - Merci
Zeuhl (France)


Merci est un disque étonnant. En tout cas, il m’a bien surpris à la première écoute. Après Attahk, je craignais étrangement une redite sans profondeur. Pourtant l’eau avait coulé sous les ponts, et le groupe n’avait rien enregistré d’officiel depuis 1978. De quoi se mettre sur ses gardes ? Merci est même réputé comme l’album le moins aimé des fans...

Le style affiché aux premiers abords peut désorienter. Je me suis même demandé si je ne m’étais pas trompé de disque en le mettant dans la chaîne hi-fi. C’est tout l’aspect synthétique de la programmation rythmique (LinnDrum) qui m’interpella d’abord sur le premier titre, ‘Call from the Dark’. Ce morceau, comme une bonne partie de l’album ressemble aussi à une célébration eighties et un peu forcée à la soul et au funk, genres que l’on aurait bien tort de délier de l’identité profonde de Magma.

L’aspect synthétique, finalement très isolé, se justifie sans doute par l’aura des années 80. Magma accorde juste ses machines. La dimension soul est étroitement liée au caractère spirituel de la musique de Magma, et l’aspect funk directement en relation avec leur science du rythme et sa rigueur. Et puis le groupe se permet un hommage soul en deux parties, avec le titre ‘Otis’…

On retrouve Christian Vander principalement à la production, pour un gros travail studio, de son et d’enregistrement. Le musicien Vander s’efface ici de façon inédite derrière le producteur Vander. Jouer, mais surtout diriger, ce coup-ci. Si durant toute l’aventure Magma, Jannick Top et René Garber ont su apporter, entre autres, des éléments pour façonner l’esprit du groupe-concept, Vander restera toujours le maître à bord, et Merci comme Attahk ne viendront pas contredire cela.

Au niveau des morceaux proprement dits, il s’en dégage souvent une certaine énergie (‘Do the Music’, assez peu engageant malgré tout), ou une douceur un peu nocturne (le long ‘Eliphas Levi’, forme de valse crépusculaire plutôt bienvenue), voire une forme de communion (l’apaisant ‘The Night We Died’). Les intentions sont louables mais l’ensemble garde malgré tout un côté un peu suspect, pas toujours naturel. Je retiendrais en tout cas les passages plus posés, atmosphériques, comme la seconde partie d’‘Otis’ et ‘The Night We Died’.

Car même si ce disque attachant s’insère dans une logique artistique probablement authentique, la qualité des morceaux est un peu en deçà de ce que l’on attend de Magma. C’est dommage, car derrière l’idée intéressante d’une pop fraîche, digeste et avenante, Merci aurait pu, avec des morceaux un tantinet meilleurs, asseoir un nouveau statut : celui du disque de l’ombre, de l’album des tréfonds, de l’œuvre un peu reniée mais gardant un charme particulier. Pour s'éloigner davantage des regards et des ravages du temps.

Note : 3,5/6

Morceaux fétiches : ‘Otis (ending)’, voire ‘Eliphas Levi’ & ‘The Night We Died’, éventuellement

jeudi 23 janvier 2014

MAGMA Attahk (1978)

Magma - Attahk
Zeuhl (France)


Quelle carte jouer si l’on veut concilier identité et modernité ? Magma tente de donner une réponse à cette question avec Attahk. Le groupe essaye encore d’avancer, d’évoluer… Magma veut ressembler à une bête polymorphe qui fait sa mue sans changer son âme. Les sept morceaux sont courts, mais nous abreuvent de nouvelles expériences. Le disque se veut plus simple et direct, mais manque à mon sens de magie, et de cette aura qui animait les plus belles œuvres de Magma.

Jannick Top ne fait plus partie de l’aventure, Klaus Blasquiz se montre plus en retrait qu’à l’accoutumée, et Magma ressemble donc une nouvelle fois à un projet solo de Christian Vander, à un disque avec lequel il entretient une étroite proximité. Vander prend le contrôle du chant, élément fondamental de Magma. Vander est au cœur de la bête. Il devient la bête. Il devient son cri.

Le contexte est difficile : la période sombre récemment vécue par Vander ne le prédisposait pas nécessairement à l’accomplissement d’un nouveau projet pour Magma. Attahk fut enregistré dans la douleur, dans la spontanéité et l’imprévu, dans l’urgence aussi… malgré les difficultés matérielles. Mais Magma a souvent montré que les périodes plus ardues ne sont pas incompatibles avec tout effort de création.

Attahk est lui-même un disque polymorphe, varié. Du Magma classique (‘The Last Seven Minutes’), ou parfois tonique, soutenu par deux basses prêtes à groover (‘Maahnt’ & ‘Liriik Necronomicus Kanht’). Mais du Magma un peu gospel aussi (‘Spiritual’), voire plus intimiste (‘Rinde’), ou plus angoissant (‘Dondaï’, ‘Nono’), sans oublier tout le côté story-telling cher au groupe (‘Dondaï’).

Cependant, le temps est une force à laquelle il est difficile de résister. Avec Attahk, Magma peine à réellement progresser, à exploiter ses nouvelles idées, souvent bonnes, et l’identité du groupe pose question. Malgré une certaine maîtrise, aucun morceau ne parvient réellement à me conquérir. L’ensemble est comme toujours très bien exécuté, mais cette fois-ci, son allure hostile fait que l’on s’y sent particulièrement étranger.

Note : 3/6

Morceaux fétiches : /

mardi 21 janvier 2014

MAGMA Üdü Ẁüdü (1976)

Magma - Üdü Ẁüdü
Zeuhl (France)


Avec ses allures martiales, la musique de Magma ressemblait à un combat avec l’extérieur, et pour un idéal (celui de Kobaïa par exemple). Ici, avec Üdü Ẁüdü, on perçoit davantage l’enjeu d’un combat intérieur, entre deux membres éminents du groupe : Christian Vander, le gourou, et Jannick Top, le lieutenant devenant (?) son égal. Mais ce combat est fécond et positif, créatif et productif ; dans un élan d’émulation, chacun se surpasse et met sa créativité au service de l’œuvre. Au service de la renaissance de Magma. Avec de nouveaux musiciens, sous une autre forme et sous une autre latitude.

Dans Üdü Ẁüdü, il s’agit donc de faire entendre sa « voix » et sa voie, de se faire une place de premier plan au sein de Magma, mais sans anéantir le résultat artistique. Le style mis en place par Vander subit l’incursion de la basse grésillante de Jannick Top, mise en avant par la production, et participant plus que jamais à l’identité des différents morceaux. C’est l’axe, le véritable pivot du disque. Cela permet à Magma de développer un nouvel aspect de sa personnalité artistique polymorphe.

Au menu de ce disque affublé d’une magnifique pochette vert de gris, nous trouvons :

- Cinq petits morceaux tournant autour de 3-5 minutes, appliquant la nouvelle formule. Parmi les plus belles pièces, on peut citer par exemple : le morceau-titre, étrangement dépaysant, quasi exotique ; ‘Tröller Tanz’, bien curieux, pour son caractère dansant et ses textures synthétiques ; et surtout ‘Soleil d’Ork’, groovy et gélatineux…

- Le vertigineux ‘De Futura’, un classique de près de 18 minutes, ayant imprimé de manière durable les musiques expérimentales. Une suite sinistre et pesante, obscure et cauchemardesque, dans laquelle s’exercent la basse de Top bondissant et s’entortillant sur elle-même, la batterie clinique de Vander, et des vocaux renfrognés et peu accueillants. Une forme de longue danse macabre extra-terrestre et rétro-futuriste…

- ‘Ëmëhntëht-Rê’, tranchant clairement avec le reste du disque, pour ses chœurs limpides et son interprétation plus classique et délicate. C’est en fait un élément de l’album du même nom, qui sortira en 2009. C’est également le cas du thème de ‘Zombies’, même si ce morceau se rapproche plus des autres titres d’Üdü Ẁüdü, par son style.

Üdü Ẁüdü apporte véritablement une nouvelle dimension. Son approche purement musicale est plutôt riche et unique : le rôle de la basse, le traitement des textures, les rythmes diversifiés… De plus, il permet l’émergence d’un nouvel univers et de nouvelles ambiances, toujours lourdes, sombres et hostiles, atypiques et surnaturelles. Et je me permettrais de citer Christian Vander, qui a su décrire cet album de manière évocatrice : « Une œuvre d’une glaciale beauté et d’une rigueur interne implacable ».

Avec Üdü Ẁüdü, la musique de Magma renaît de ses cendres… avant d’être plongée de nouveau dans le chaos ; Üdü Ẁüdü reste aussi la fin d’une collaboration émérite entre Christian Vander et Jannick Top. Ce dernier quitte l’aventure Magma à la fin de l’année, au bout d’une relation artistique aussi fructueuse que tendue. Magma cherche alors un nouveau souffle, pour une nouvelle mue.

Note : 5/6

Morceaux fétiches : ‘Soleil d’Ork’ & ‘De Futura’

lundi 20 janvier 2014

MAGMA Köhntarkösz (1974)

Magma - Köhntarkösz
Zeuhl (France)


Köhntarkösz est comme un flux de pensée, ou comme un spectre sombre et inquiétant avançant progressivement, de façon latente, comme tapi dans l’ombre. Magma montre une nouvelle facette de son art, ici plus expérimental, là où le groupe me plaît davantage. Avant tout, le groupe nous propose un imposant morceau titre, formé de deux sections d’une quinzaine de minutes. Il présente aussi deux petites compositions de cinq minutes environ : ‘Ork Alarm’ du bassiste Jannick Top, et ‘Coltrane Sündïa’, en hommage au maître.

Cet album représente l’un des premiers contacts que j’ai eu avec le groupe. Mystérieux, il avait plusieurs secrets à révéler. Loin de la musique « totale » de Mekanïk Destruktïẁ Kommandöh, Köhntarkösz n’en demeure pas moins une forme d’alter ego, en « négatif photographique ». Si le groupe n’a cessé de gagner en renommée, il semble ici se diriger vers une musique de plus en plus intérieure, délaissant cette fois les cuivres, mais jouissant toujours des atouts du groupe : ses chants venus d’ailleurs, ses claviers sinueux et son assise rythmique, incarnée par Christian Vander et Jannick Top.

La première partie du morceau titre est une véritable réussite. Le tempo est entretenu ici de manière lente et pensante, comme marque de fabrique d’un disque étrange. Tout semble cohérent, autonome et en parfait équilibre. Les atmosphères sont évocatrices, insidieuses, mais charment l’écoute. Les instruments et les voix semblent s’écouter, voire s’observer. Le morceau est un vrai régal, pourtant mêlé d’interrogations. La montée en tension de la composition aboutit à l’apparition brutale d’un clavier saturé, appuyé par un étourdissant travail d’harmonies au piano, dures et implacables.

Pourtant, la fin de la première partie du morceau ‘Köhntarkösz’ annonce une forme de sérénité, comme celle parfois rencontrée chez Popol Vuh. Mais il n’en est rien : la seconde partie débute avec pour trame de fond cette même inquiétude, comme caractère dominant. C’est ensuite l’univers de Soft Machine qui s’offre à nous, avec de nouveau les tribulations d’un clavier saturé, toujours soutenu par des parties de piano et des vocaux en pointillés. Le titre s’enferme ensuite dans des répétitions un peu assommantes, avant de se retrouver ses esprits pour une coda triomphale et libératrice, plutôt réussie.

Concernant les deux autres titres, ‘Ork Alarm’ reste une curiosité un peu électronique et extra-terrestre, étonnante mais pas forcément palpitante, avec ses notes de violons hachées et monotones. Écrite par Jannick Top, cette composition un peu amusante et un peu inquiétante préfigure une autre façon de faire de la musique sombre. Elle pourra éventuellement servir de support aux développements d’Üdü Ẁüdü, le disque suivant. Quant à ‘Coltrane Sündïa’, le dernier titre, il est parfait pour la quiétude d’un dimanche. Une référence explicite à Coltrane, l’icône originelle, pour un morceau calme et léger, où le piano est roi. De l’expérimental discret, tout en douceur.

Derrière son aspect labyrinthique, Köhntarkösz s’apparente à une nouvelle révélation. Malgré l’échec commercial, il devient un disque majeur dans la discographie fragmentée de Magma, notamment pour son merveilleux morceau titre, parfaitement maîtrisé dans chaque direction entreprise. Cependant le climat commençait déjà à s’assombrir, l’époque devenant synonyme de tension musicale comme de débauches physique et nerveuse, amenant une mystérieuse dissolution en 1974. Pour un nouveau départ ?

Note : 5/6

Morceau fétiche : ‘Köhntarkösz’ (première partie notamment)

lundi 13 janvier 2014

MAGMA Ẁurdah Ïtah (1974)

Magma - Ẁurdah Ïtah
Zeuhl (France)


Ẁurdah Ïtah est le deuxième mouvement de la fameuse trilogie Vanderienne, Theusz Hamtaahk. Rappelons que, curieusement, ses trois parties commencèrent à être enregistrées à rebours, Mekanïk Destruktïẁ Kommandöh étant en réalité le troisième mouvement de la pièce. De plus, la première partie de la trilogie, portant d’ailleurs son nom, n’a jamais eu la chance d’obtenir un enregistrement studio.

Autre particularité, Ẁurdah Ïtah est travaillé par une formation de Magma resserrée. Il fut d’ailleurs sorti sous le nom de Christian Vander, même s’il est considéré par beaucoup comme un album de Magma. Le disque avait vocation à être de nouveau enregistré par le groupe dans son ensemble, mais le projet fut avorté.

Troisième élément, Ẁurdah Ïtah est la B.O. du film Tristan et Iseult d’Yvan Lagrange, que je n’ai moi-même pas pu visionner (et qui n’a d’ailleurs pas très bonne presse je crois). Christian Vander n’a finalement pas accepté l’utilisation de sa musique pour ce long-métrage (même s’il était trop tard). Paradoxalement, si le disque reste lié à une autre entité, un film, il est censé révéler plus que tout autre album l’identité artistique de Magma, puisant sa force dans ses chœurs fiers et les martellements de ses claviers.

Ainsi, « après » la tempête Mekanïk Destruktïẁ Kommandöh, on retrouve avec Ẁurdah Ïtah davantage de calme, voire plus d’intimité, sans pour autant délaisser l’intensité intérieure du groupe. Le disque semble encore un peu embryonnaire mais demeure interprété avec vigueur. Âme de Magma, le chant reste plus que jamais prédominant, et permet bien sûr l’émergence d’une forme de sacré.

Ceci dit, en écoutant Ẁurdah Ïtah je m’explique davantage pourquoi j’aimais Mekanïk Destruktïẁ Kommandöh : pour ses mélodies, ses harmonies, ses instrumentations et le son qui les mettaient en valeur… Ce n’est évidemment pas l’absence relative de grandiloquence ou d’exubérance qui me trouble dans Ẁurdah Ïtah, c’est tout simplement le manque de repères, de moments qui m’envoûtent, de chansons phare éclairant mon chemin.

Ici la musique est parfois trop linéaire, lisse et opaque, malgré une maîtrise indéniable. De plus, sa nudité semble mal s’associer à son caractère très typé. Enfin, le groupe cultive son style avec brio mais avec moins de générosité ; Ẁurdah Ïtah développe probablement une musique de qualité, agréable même, mais parvenant difficilement à conquérir totalement l’auditeur. En fait, c’est peut-être sur Ẁurdah Ïtah que l’art de Magma se montre le plus pur, le plus « essentiel », et donc le plus hermétique.

Note : 3,5/6

Morceaux fétiches : /

dimanche 12 janvier 2014

MAGMA Mekanïk Destruktïẁ Kommandöh (1973)

Magma - Mekanïk Destruktïẁ Kommandöh
Zeuhl (France)


1973… encore toi, année dorée… Tu t’ouvres ainsi à la transe de Magma, et à ses obsessions… Mekanïk Destruktïẁ Kommandöh est le troisième mouvement de la trilogie Theusz Hamtaahk, même s’il est le premier enregistré. C’est aussi le disque originel, l’an 0 pour Magma, le centre névralgique de la tentaculaire discographie d’un groupe à plusieurs dimensions. S’il incarne la vraie naissance de l’esprit Magma, il symbolise également l’intensification des forces de la vie, derrière un caractère pourtant sombre et élégiaque.

Mécanique et primal, le monolithe de Magma est intimidant. Si son esprit rôde encore, le jazz fusion semble parti en fumée, broyé par les températures et les éruptions étourdissantes de ce troisième opus. C’est ainsi qu’une musique emphatique aux accents teutons déboule et se dévoile en pleine lumière : l’ouverture ‘Hortz Fur Dëhn Stekëhn Ẁest’ brille par la superposition de ses chœurs et de sa rythmique, imperturbables. Aux velléités guerrières du concept, le contenu de Mekanïk Destruktïẁ Kommandöh offre ses répétitions insistantes de patterns, son langage dur, ses rythmes décalés, martelés et autoritaires. Une musique mathématique et inquiétante, parfois assommante, souvent obsédante.

Mais ce n’est pas tellement la dimension grandiose, inédite et conceptuelle qui fait de Mekanïk Destruktïẁ Kommandöh un grand disque ; j’y vois plutôt une œuvre précise, subtile, faite d’arrangements en or fin. Un opéra extraordinaire, mais peaufinant son art de façon plus classique et « terrestre », gardant même parfois un côté « musique soignée de conservatoire ». C’est toute l’attention apportée aux instrumentations qui donne au disque sa force, agrémenté d’une production noire et lustrée, de grande qualité (écoutez les magistraux ‘Ïma Sürï Dondaï’ & ‘Kobaïa Iss de Hündïn’). Les textures sont éclatantes et le rôle de chaque élément bien mis en valeur : la clarté du piano, percutant ; l’emphase des chœurs et des cris guerriers ; les cuivres rutilants ; la touche jazz cosmique apportée par la guitare lead…

La dualité puissance/subtilité se met au service d’une progression musicale saisissante. Tout le long de l’opus, la belle mécanique de Magma gagne du terrain. Elle progresse inexorablement, écrasant tout sur son passage, et s’offrant la victoire. Cela est assez flagrant sur ‘Nebëhr Gudahtt’, avançant sur un tapis de velours pour proposer une merveilleuse montée de tension, déchirante, et parfaitement exécutée, malgré quelques cris un peu surjoués. Le titre débouche sur ‘Mekanïk Kommandöh’, exultant jusqu’à l’euphorie, voire la danse extatique. Si le disque semble s’accomplir ainsi dans une certaine folie, ‘Kreühn Köhrmahn Iss de Hündïn’, le titre final, semble chanter avec douceur un paysage dévasté.

Mekanïk Destruktïẁ Kommandöh fait sensation. On pourra regretter que certains chants/cris excessifs et quelques redondances poussent le concept à ses limites (sur ‘Da Zeuhl Ẁortz Mëkanïk’, parfois). Mais le troisième album du groupe demeure un disque particulièrement abouti et poignant, une œuvre vibrante et dynamique explorant certaines directions proposées par Carl Orff, Igor Stravinsky ou encore Béla Bartók. Hostile et imposant, il propose en parallèle un vrai régal d’instrumentations. Et pour cause, il est véritablement le siège d’un combat entre puissance et subtilité, que la seconde aura finalement remporté.

Note : 6/6

Morceaux fétiches : ‘Ïma Sürï Dondaï’, ‘Kobaïa Iss de Hündïn’, ‘Nebëhr Gudahtt’, ‘Mekanïk Kommandöh’, mais un peu tout en fait…

lundi 6 janvier 2014

MAGMA 1.001° Centigrades (1971)

Magma - 1.001° Centigrades
Zeuhl / Jazz-rock (France)


// Concept

Les Kobaïens arrivent sur Terre ! Le deuxième album de Magma conserve le concept élaboré dans le premier volume, Kobaïa. Mais maintenant, les Kobaïens parlent aux Terriens, fraîchement débarqués sur la planète bleue pour révéler à ses habitants les bienfaits de Kobaïa. Si le storytelling se poursuit, des changements artistiques notables vont néanmoins s’opérer.

// Style

Si Magma se place encore dans une orbite jazz fusion, 1.001° Centigrades est plus resserré et cuivré que son prédécesseur. Les dynamiques rock entrevues dans le premier album sont annihilées. Les choses semblent s’alléger, s’éclaircir, se recentrer et moins se disperser. Il faut dire que les manques de temps et de moyens auront peut-être eu raison d’un disque aussi copieux que le premier. À l’image de la véritable pochette de 1.001° Centigrades (grise, avec la griffe de Magma), le groupe semble plus direct, plus sobre et moins lourd, moins brut et moins sombre. Le groupe lisse sa direction musicale en gardant son intégrité et son homogénéité, malgré le départ majeur du guitariste Claude Engel.

// Structure

Le morceau principal ‘Rïah Sahïltaahk’, de près de vingt minutes, semble frémir, s’agiter. Il s’agirait d’une forme de danse, une ode à Kobaïa, un hommage à la planète… en kobaïen bien sûr. Piano, basse et batterie, puis vents et chant, se mêlent progressivement à la fête. Le morceau exprime ensuite ses changements d’humeur, entre moment de vides un peu obscurs et passages plus mouvementés. Pour ma part, je ne suis pas totalement conquis par cette suite épique, qui ne parvient pas à me transporter, malgré le travail absolument considérable réalisé au niveau des instrumentations. Elle n’en reste pas moins un titre d’envergure pour les débuts discographiques du groupe, à l’aube des seventies.

Deux autres morceaux composent l’œuvre à 1 001 degrés : ‘"Iss" Lanseï Doïa’ et ‘Ki Ïahl Ö Lïahk’, tournant chacun autour d’une dizaine de minutes. Le jazz est encore assez posé et chaleureux, un peu à la manière d’‘Aina’ sur le disque précédent, laissant entrevoir des dynamiques proches de celles de Waka/Jawaka de Frank Zappa en 1972 (sur l’intro du premier titre), ou de Soft Machine (sur certaines phase du second). Les instrumentations d’‘"Iss" Lanseï Doïa’ sont cependant gâchées par les vocaux grommelés de façon bizarre en plein milieu du morceau, hors de propos et assez insupportables. Le reste de la composition s’écoute, sans faire de vagues. En revanche, le merveilleux ‘Ki Ïahl Ö Lïahk’ sort son épingle du jeu, grâce à sa sensibilité jazz, parfaitement assimilée et intégrée… Un morceau souple et ensoleillé, léger et agréable, assez enivrant, presque Canterbury-en. Par ailleurs, la basse sinueuse n’est pas sans me rappeler les Italiens de Duello Madre, dont l’unique album verra le jour plus tard, en 1973.

// Conclusions

Ce deuxième album de Magma pourrait s’évaluer à deux niveaux : objectif et subjectif. Tout d’abord, c’est un disque plutôt impressionnant dans son exécution, et dans sa précision technique. Il marque l’histoire à sa manière avec une longue suite d’une vingtaine de minutes. Cependant, en termes plus personnels, je dirais que seul un quart de l’album parvient réellement à me conquérir, avec le morceau ‘Ki Ïahl Ö Lïahk’, qui fait partie de mes titres fétiches du groupe et de jazz rock en général. Mais cela reste trop peu pour décerner une note globale plus flatteuse.

Dans 1.001° Centigrades, Magma développe aussi une musique d’obscurité, une musique du recueillement. Une musique de la guérison spirituelle. Mais Magma est comme un volcan massif, prêt à éructer… Magma se tord encore dans le noir, ouvrant ses yeux de feu. La lave d’un millier de degrés doit nous engloutir et tout détruire sur son passage. L’éruption est proche : elle s’appelle Mekanïk Destruktïẁ Kommandöh.

Note : 4/6

Morceaux fétiches : ‘Ki Ïahl Ö Lïahk’

dimanche 5 janvier 2014

MAGMA Kobaïa (Magma) (1970)

Magma - Kobaïa
Zeuhl / Jazz-rock (France)


On parle beaucoup de voyages musicaux et imaginaires dans ce blog. Avec le concept de Kobaïa, premier album de Magma, l’image n’est vraiment pas volée… Christian Vander et son équipage nous proposent en effet un pèlerinage pas comme les autres, en direction… de la planète Kobaïa. Loin de la Terre, de ses soucis comme de ses catastrophes. Alors, prêt pour le grand saut ?

Pour cette excursion spirituelle, on vous fera grâce d’une connaissance parfaite du kobaïen, langue chantée et construite par Vander, habillant les morceaux du groupe. Ces derniers forment avec cet étrange vocabulaire le Zeuhl, genre musical atypique et cri libérateur : un mélange de rock jazzy et sauvage, sombre et belliqueux, d’improvisation expérimentale et de chant choral halluciné, ce dernier servant bien souvent d’assise à l’ensemble… Certes, avec Kobaïa le genre n’en est qu’à ses balbutiements et atteindra son accomplissement avec une œuvre comme Mekanïk Destruktïẁ Kommandöh, très différente de l’œuvre ici présentée, comme nous le verrons.

Kobaïa scelle la naissance d’un groupe, mais reste surtout la renaissance d’un leader : Christian Vander, le père de Magma. Batteur de renom, chanteur et bassiste, Vander a créé la bête à son retour en France, après avoir intensément déprimé en Italie, pendant deux ans. La cause de sa grande dépression ? La mort de John Coltrane en 1967. Le décès de cette figure si fondamentale pour le jazz était véritablement synonyme de désespoir pour Vander. Mais une illumination d’un soir à Turin allait éveiller progressivement le volcan Magma, groupe-concept, aventure artistique régénératrice. Continuer après Coltrane. En faisant autre chose, en toute liberté.

Produit par Laurent Thibault (bassiste mais également multi-instrumentiste), Kobaïa est un imposant double disque de révolté, un peu illuminé et dérangé, entouré d’une aura utopique et quasi-religieuse. Mélange de spontanéité brute et d’intellectualisme inné, cette œuvre affirme pleinement sa volonté d’expérimenter en musique de façon inédite et de développer un concept/story marquant, venant de l’« intérieur ». Et puis surtout, Magma met en avant une identité forte, par son style et par son origine, européenne/française, alors soumise (un peu légitimement certes…) à l’hégémonie artistique anglo-saxonne.

Kobaïa regorge de morceaux majeurs : le long titre d’ouverture ‘Kobaïa’ est très stimulant, grâce à ses sections cuivrées, parfois hirsutes, et à sa seconde partie, gardant en elle une forme de tension palpable. J’aime beaucoup également ‘Sohia’, mon titre fétiche, pour ses impressions mélancoliques. Par ailleurs, le jazz chaleureux que l’on rencontre parfois dans ‘Aina’ et ‘Sckxyss’ n’est pas sans rappeler les compères britons de Soft Machine... L’ensemble des titres véhicule quant à lui une forme d’énergie électrique, tout en créant des climats parfois assez anxiogènes.

La planète Kobaïa est l’espace des possibles artistiques. Pourtant, devant l’austérité parfois un peu lugubre de l’œuvre, beaucoup pourraient rester à quai (surtout pour le second disque). La faute à son côté scabreux, longuet et un peu abrupt, écrasant voire étouffant. Mais l’inventivité et la qualité de morceaux stratégiques légitiment pleinement l’intérêt de ce premier album énergique, échevelé et sinueux, ambitieux et diablement contemporain. Un premier pas dans une discographie abondante, réunion de musiques vivantes, entre rock progressif périlleux et jazz électrique téméraire.

Note : 4,5/6

Morceaux fétiches : ‘Kobaïa’ & ‘Sohia’