Affichage des articles dont le libellé est 2008. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 2008. Afficher tous les articles

jeudi 30 janvier 2014

MAGMA Archiẁ I & II (2008)

Magma - Archiẁ I & II
Jazz-rock / Zeuhl (France)


Pour terminer brièvement cette rétrospective Magma, et accessoirement rédiger la 300ème chronique d’Exil Progressif, je me suis penché sur le disque bonus du coffret Studio Zünd : Archiẁ I & II. Cet objet, devenu plus rare et moins bon marché, regroupe les 9 albums de Magma sortis jusqu’en 2004, c’est-à-dire K.A. compris. Si à ce jour, ce n’est pas une intégrale, ce coffret reste une pièce recherchée et le meilleur moyen pour s’engouffrer corps et âme dans la discographie du groupe. Il propose aussi de beaux livrets explicatifs.

Mais penchons-nous donc sur ce (double) disque bonus du coffret : Archiẁ I & II. Il comprend :
  • la bande originale du film 24 heures seulement (qui finalement ne sera pas utilisée), enregistrée du 27 au 30 juillet 1970 au studio Europa Sonor à Paris ;
  • une version instrumentale de Mekanïk Destruktïẁ Kommandöh, enregistrée du 11 au 15 avril 1973 au Manor Studio à Londres ;
  • des démos du premier album (la première maquette enregistrée par le groupe au studio des Dames à Paris, début avril 1970), suivi d’un extrait des sessions de l’album Merci (‘Eliphas Levi’, le bien connu).

S’il est utile d’obtenir un Mekanïk Destruktïẁ Kommandöh dans une certaine nudité, et si les démos de Kobaïa, bien qu’un peu redondantes, sont sympas, ce sont les titres de la B.O. qui sont les plus intéressants à mon sens. La qualité d’ensemble est évidemment orientée « démo » mais cela ne ternit pas l’intérêt porté à ces bandes, bien au contraire.

Parmi mes favoris : ‘La foule’, écrit par Teddy Lasry (saxophone soprano, flûte, vents), et ‘Blues de V.’ (« Blues de vache »…), écrit par François Cahen (piano), s’échouant finalement dans un tintamarre d’improvisations. Ce qui m’intéresse plus dans ces morceaux, c’est le jazz rock cuivré de Magma, typé seventies, jouissant d’une certaine liberté lumineuse. Un témoignage des origines, loin des productions ultérieures.

J’apprécie aussi l’agité ‘Fête foraine’ (Teddy Lasry) et la mélancolie de ‘Pascale’ (Claude Engel). Deux morceaux un peu plus longs (7-8 minutes) signés Vander, ‘Ourania’ et ‘Africa Anteria’, partent vers des horizons un peu plus torturés, poussant plus longuement les impros, mais toujours en restant accessibles, comme sur tout le disque.

Pour ses divers ingrédients, Archiẁ I & II est donc un bon complément, regorgeant d’énergie et d’authenticité. Et l’on se félicite bien naturellement de pouvoir l’écouter, tout comme d’avoir entre ses mains le fameux coffret Studio Zünd qu’il boucle avec un peu de magie.

Pas de note (compilation)

Morceaux fétiches : ‘La foule’, ‘Blues de V.’

samedi 28 décembre 2013

ANSUR Warring Factions (2008)

Ansur - Warring Factions
Métal progressif (Norvège)


Avec Warring Factions, Ansur accentue clairement les dynamiques progressives présentées dans Axiom, délaissant un peu le côté plus « extrême ». Éclatant davantage les structures, sollicitant des univers musicaux bien divers, technicisant toujours plus les compositions, ce second disque des Norvégiens n’est pas avare en surprises. Tout en défrichant et exploitant les bases du premier album, Ansur multiplie des nouvelles pistes, à la recherche de riffs absolus au sein de morceaux épiques plus copieux et agréablement instables.

Mais nous voilà de nouveau face au souci des vocaux… Si j’avais dit que cela n’était pas un problème pour le premier album, je soupçonnais un peu secrètement la production de masquer les limites vocales du chanteur-brailleur. Quoi qu’il en soit, dans Warring Factions, la voix se montre à découvert. Et on a un peu l’impression d’un musicien qui force sur sa voix malgré une rhino carabinée… Cela donne au chant un aspect assez grossier qui dessert l’ensemble, même si ses interventions demeurent relativement sporadiques.

Qu’à cela ne tienne, parlons des instrumentations des compos, ces longues étendues de musique progressive et éclectique. Intro acoustique, riffs rythmés et alambiqués (parfois presque bluesy), solo triomphal, coda délicate… Le conquérant ‘The Tunguska Incident’ démarre sur les chapeaux de roues et présente déjà les directions artistiques entreprises par le groupe sur Warring Factions : multiplier les pistes, et conserver le côté épique. L’auditeur pourra, et ce tout le long du disque, se sentir parfois un perdu devant l’instabilité des morceaux, mais le groupe tient néanmoins fermement la barre de son navire.

Autre mot d’ordre bien sûr : « progressif ». ‘Sierra Day’, le titre suivant, est une, si ce n’est la réussite notoire de l’album : intro aérienne, couplet mathématique, et une seconde partie de morceau exécutée en toute liberté, légère et euphorisante, dans laquelle s’invite notamment un saxophone haut perché. Dans des schémas musicaux aventureux, les deux premiers morceaux offrent ainsi un climat positif et une forme d’efficacité auxquels Ansur ne nous avait pas habitués sur le précédent disque.

Je mettrais de côté ‘Phobos Anomaly’, moins en vue, pour passer directement aux douze minutes d’‘An Exercise in Depth of Field’. Elles se montrent diversifiées, changeant assez souvent de cap : une petite introduction un peu obscure ; une courte section lumineuse, aérienne et cristalline à 4:06 ; une forme de rodéo musical joué par des guitares guillerettes, sous les acclamations d’un public acquis à leur cause ; un riff moderne, direct et catchy survenant de façon victorieuse vers 7:25 ; une clinquante section en delay et une petite coda acoustique pour couronner le tout.

Enfin, je me pencherais directement sur le titre final : ‘Prime Warring Eschatologist’, succédant à ‘At His Wit’s End’ (et son joli final) et ‘Cloudscaper’, tous deux plutôt de bonne facture. Ansur termine son disque avec un autre morceau de douze minutes, intéressant au moins à deux niveaux : son riff de matheux à 3:08, absolument excellent, avec en filigrane des barrissements de guitares (?) angoissants du plus bel effet ; sa belle coda au piano débouchant sur un solo de guitare flamboyant en guise de finish.

Ansur parvient à maîtriser une œuvre décousue librement dans laquelle les chemins, multiples, s’entrecroisent, générant de fait divers univers aux tonalités souvent étrangères les unes aux autres. Brillant également par une technique singulière, Ansur donne à Warring Factions des allures de tour de force. Si l’on regrette le chant défaillant, souvent planqué dans le disque, le disque se révèle captivant, apportant aussi une note assez positive très enthousiasmante. Et c’est d’ailleurs sur cette note que prend fin l’aventure Ansur… même si le groupe semble préparer un nouveau projet musical sur des bases encore plus progressives, et sous un autre nom.

Note : 5/6

samedi 19 octobre 2013

OPETH Watershed (2008)

Opeth - Watershed
Métal progressif (Suède)


Watershed signerait-il le début d’une nouvelle période artistique pour Opeth ? Le groupe ne délaisse pas son style, l’enrichissant toujours de dynamiques progressives, mais deux nouveaux membres se joignent au projet : le batteur Martin Axenrot et le guitariste Fredrik Åkesson. Ce, après deux départs majeurs, scellant la fin d’une ère particulièrement féconde : Peter Lindgren, qui représentait beaucoup l’âme du groupe, et Martin Lopez, quittant ses fûts pour des problèmes de santé. La fin d’un line-up d’exception, à l’origine de nombreux disques de grande valeur.

Watershed est un disque bien déstabilisant aux premières écoutes (et parfois difficile à évaluer), pour trois raisons :

- Tout d’abord, les meilleurs passages de Watershed semblent paradoxalement les plus calmes (les plus accessibles aussi ?) : la jolie intro ‘Coil’ (où s’invite la voix cristalline de Nathalie Lorichs), la section claire de ‘Porcelain Heart’, le début de ‘Hessian Peel’ et la ballade ‘Burden’ brillant pour son final de soli de guitares de toute beauté…

- De plus, à l’écoute de Watershed, on reste un peu dans l’attente d’un de ces riffs métal qui font la marque de fabrique d’Opeth. En vain… et ce malgré des morceaux à tiroir fougueux, sombres et toniques, proposant des changements de structure plutôt fluides. Cela est un peu frappant, surtout après un Ghost Reveries qui n’était pas avare en riffs implacables, Watershed ressemblant faussement aux chutes studio de ce dernier (s’il on veut noircir le trait).

- Ce nouvel opus se laisse difficilement comprendre, les ambiances nous paraissent parfois un peu étrangères, moins captivantes, plus difficiles à appréhender. Toutefois, l’album semble miser davantage sur l’équilibre et la cohérence entre des passages inquiétants et d’autres plus apaisés, le tout appuyé par une production lisse et agréable. Les subtilités se dévoilent progressivement, les choses semblent donner de leur sens au fil des écoutes, jusqu'à l'évidence...

... Watershed est de l'ordre de la révélation intérieure. Grâce à ses atouts indéniables, ce neuvième album du groupe regorge de belles surprises enfouies, se laissant découvrir avec émerveillement. Un achèvement authentique, sans pour autant être la pierre angulaire de la discographie.

Note : 5/6