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mardi 28 février 2012

Tim BUCKLEY Lorca (1970)

Tim Buckley - Lorca
Avant-garde / Folk / Jazz / Blues (U.S.A.)


Lorca, du nom du poète espagnol, est un des disques les plus exigeants de Tim Buckley. Difficile d’accès, cet opus expérimental pourra désorienter les fervents admirateurs du folk flamboyant de Goodbye & Hello. Cela étant, il est inconcevable de passer outre l’impulsivité créatrice de l’artiste et de sa volonté d’explorer toujours plus loin l’horizon de la musique. C’est un peu dans ce sens qu’il faut, à mon avis, aborder Lorca. Au contact du jazz et influencé par la musique contemporaine, le disque développe un univers particulier, abstrait et avant-gardiste, parfois hostile, lugubre et menaçant. Une nouvelle narrativité se met en place, sous l’impulsion d’une voix utilisée comme un authentique instrument, ce qui fait l’une des forces majeures de Tim Buckley. Les mélodies semblent s’être fondues dans une dynamique jazzy et parfois dans des gammes chromatiques, donnant la formule d’une nouvelle poésie folk lyrique, à la fois expérimentale et spontanée, et un peu provocante. Nous ne sommes pas loin d’une certaine forme de transe mystique, quasi-tribale. Une vraie présence, d’un nouveau type, se dévoile dans cet album. Le climat est très sec, dépouillé, loin des harmonies de Goodbye & Hello. Ici, guitares nues, orgue et piano électrique, basse et contrebasse accompagnent les incantations vocales de Tim, intenses et romantiques, sous fond de congas. Les morceaux les plus emblématiques de l’œuvre restent bien sûr l’inquiétant et halluciné titre éponyme, ‘Anonymous Proposition’ et ‘Driftin’’, tournant autour de 8-10 minutes. Plus accessibles, ‘I Had A Talk With My Woman’ et ‘Nobody Walkin’’ permettent pour leur part de s’éloigner un moment de ces territoires austères et arides. Mais ces régions sont aussi celles de l’âme de Tim Buckley, mettant en valeur tout l’aspect exalté d’un folk mêlé de blues romantique et de jazz aventureux et minimaliste. Si le disque peut déranger, il n’en demeure pas moins un voyage unique, enflammé et fiévreux, qui vous transportera vers des recoins jusque-là inédits et inexplorés.

Note : 5/6

lundi 27 février 2012

Tim BUCKLEY Goodbye and Hello (1967)

Tim Buckley - Goodbye & Hello
Folk Rock / Psychédélisme (U.S.A.)


Premier changement de taille, et premier coup de maître. Avec Goodbye and Hello, Tim Buckley voit les choses en grand. Il y développe un folk psychédélique, très mélodique et raffiné, quasi-mystique. On y perçoit parfois le sens de l’éternel. Sur ce deuxième album aux accents médiévaux, Tim Buckley parvient à élaborer des atmosphères psychés et lyriques, mettant en scène une grande variété d’instruments (kalimba, vibraphone, congas, harmonium, orgue, clavecin…) A l’instar du titre éponyme, on se sent presque plonger dans une histoire, notamment grâce à l’étrange ‘Carnival Song’ ou aux visions resplendissantes du très réussi ‘Hallucinations’. Mais ce qui me frappe le plus, c’est la subtilité des compositions, mêlée à une âme visionnaire, illuminée, proche de la communion spirituelle. Les mélodies sont d’orfèvre, que ce soit sur le magistral ‘Pleasant Street’, fulgurant et animé d’une tension fébrile, ou sur le délicat ‘Phantasmagoria in Two’, absolument mirifique, beauté simple toute en retenue. Une partie de la grâce qu’il communiquera à son fils Jeff, probablement. Il lui clame d’ailleurs le bouleversant ‘I’ve Never Asked to Be Your Mountain’, témoignage poignant et humain. Autre titre plein d’emphase, le morceau éponyme, petite pièce contrastée et mouvementée de 9 minutes parfois proche de la musique de chambre, coloré et exaltant. Evidemment, je ne saurais oublier les 2 minutes 30 de bonheur lumineux de ‘Morning Glory’, et ses chœurs sombres et poignants… Des cordes délicates, une voix zénithale, pour l’une des plus belles fins de disque. À la fois soigné à l’extrême, authentique et spontané, créateur d’ambiances, Goodbye and Hello est un album unique, éblouissant, intense et d’une grande profondeur. Miroir des émotions de l’artiste, Tim Buckley tiendrait aussi son Blonde on Blonde. Premier coup de maître, et premier grand disque.

Note : 6/6

vendredi 24 février 2012

Tim BUCKLEY Tim Buckley (1966)

Tim Buckley - Tim Buckley
Folk Rock (U.S.A.)


Objectivement, on ne peut pas vraiment dire que le premier album de Tim Buckley soit sa plus grande réussite. La faute à un parcours étourdissant et exceptionnel, le plaçant parmi les plus grands. Ce n’est pas non plus son œuvre la plus représentative, même s’il est difficile de déceler le « vrai » Tim Buckley, puisque sa musique prit des virages et des visages différents. Ici, les morceaux semblent assez classiques, assez convenus, tournant autour de 3 minutes. La musique de Tim Buckley ne prend pas encore son envol, lui qui est plus à l’aise pour casser les carcans des musiques folk, rock, blues, jazz afin de révéler leurs essences cachées. Pourtant, son premier disque présente déjà une certaine verve, une certaine beauté, et avant tout de la générosité. Déjà, il met en avant une voix exceptionnelle pour un garçon qui n’a pas encore atteint la vingtaine. Et puis il y a un titre que j’aime beaucoup : ‘Wings’. Ah, ces petits arrangements de cordes qui font toute la différence et nous transportent dans un vent de nostalgie. Ces cordes sublimes, on les retrouve même davantage sur le magnifique ‘It Happens Everytime’, poignant et témoin d’une véritable puissance émotive. À cela on ajoute également ‘Song for Jamie’ que j’aime bien, un peu plus cristallin. Je noterais enfin le discret ‘Song Slowly Song’ qui tranche assez bien avec l’arrivée de ‘It Happens Everytime’. En revanche il faut un peu plus s’accrocher sur ‘Strange Street Affair Under Blue’, ‘Valentine Melody’, ‘Aren't You the Girl’ et ‘Grief in My Soul’, titres nettement plus faibles, voire un peu agaçants quand on n’est pas de bonne humeur. Le reste est plus inoffensif mais s’écoute agréablement pour ses atmosphères sixties. Ce premier album reste le fruit d’une époque dont on estime la saveur, le son et le sens. Le fruit d’un cheminement personnel aussi, de sa rencontre avec Larry Becket, ami participant au disque pour ses textes et arrangements. Si l'itinéraire entrepris par Tim Buckley prendra moult directions que l’on ne peut percevoir jusqu’alors, la magie est déjà un peu là, en partie, tout comme les premières illuminations d’une voix mirifique qu’il va progressivement user tel un authentique instrument.

Note : 4/6