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jeudi 20 juillet 2006

LOVE Da Capo (1967)

Love - Da Capo
Rock / Psychédélisme (Etats-Unis)


Da Capo est le deuxième album de Love, sorti en 1967. C'est aussi un nouveau départ, l'occasion d'élargir le line up. Il contient deux faces, deux mondes, un peu comme les deux visages de Janus.

Du côté de la face A : si Love interprète quelques chansons colorées, baroques et cristallines, le groupe nous offre aussi ‘7 and 7 is’, titre proto-punk obscur et visionnaire. Le ronflement des cordes rend le son de ce titre autobiographique et chaotique encore plus unique. On compte aussi l'énigmatique ‘The Castle’, qui annonce un peu l'acoustique épuré de Forever Changes, et le classique ‘She Comes in Colors’ qui servira d'inspiration pour le titre ‘She's A Rainbow’ des Stones.

Du côté de la face B : ‘Revelation’, le déluge. Un jam psychédélique apocalyptique, une oeuvre d'art. Le blues y est revisité, et rencontre à nouveau, de façon violente, le psychédélisme. Une entame de haute voltige laisse ensuite place à une pure illumination d'une vingtaine de minutes. Une ligne de basse continue, qui finira par se métamorphoser, soutient des guitares diluviennes. Un chant insensé, des paroles hallucinées, une touche jazz... ‘Revelations’ se positionne comme l’un de leurs meilleurs morceaux. Il s'agit aussi du seul titre, avec ‘Orange Skies’ (écrit en 65 par MacLean), qui ne fut pas composé exclusivement par Arthur Lee.

‘Revelations’ est donc  un jam collectif, ambitieux par sa longueur, sa structure, son ambiance. À l'instar du Velvet et de Love, les meilleurs groupes des 60's ne manqueront pas de se lancer dans des épopées psychédéliques : les Rolling Stones (avec ‘Going Home’, avant Love), Pink Floyd et Red Crayola pour ne citer qu'eux. De l'art pur et dur, alors que bien d'autres groupes sont encore restés à la structure traditionnelle d'une chanson – ce qui, entendons-nous bien, n'est pas nécessairement un reproche.

Da Capo apporte une base crédible et solide pour une formation émérite des années 60. Muni du long ‘Revelations’, Love se montre en avance sur son temps. Actif sur tous les fronts, Love a également le don d'écrire des chansons sobres, imprégnées de la magie du matin ; l'album Forever Changes viendra renforcer cette impression.

Note : 5/6

lundi 17 juillet 2006

LOVE Forever Changes (1967)

Love - Forever Changes
Folk-Rock Baroque / Psychédélisme (Etats-Unis)


Même si Da Capo avait posé quelques unes des bases artistiques de Love, Forever Changes semble venir d'un autre monde, à mi-chemin entre les châteaux espagnols et la brume matinale de Los Angeles. Si le précédent opus était plus avant-gardiste, plus intellectualiste, Forever Changes demeure davantage axé sur l'émotion et les atmosphères d’un songwriting folk très raffiné.

La face A du disque est une véritable rêverie, un modèle du genre : cordes cristallines, basse percutante, violons célestes, batterie veloutée, voix suave et plaintive, et puis ces cuivres... À partir de compositions poreuses et homogènes, lyriques et aériennes, Love donne sa définition de l’agréable, idée qui revient comme un leitmotiv dans les pensées de ceux qui s'adonnent à l'écoute de ce disque fantastique. Le groupe présente une palette d'émotions et des chansons aux couleurs pastel, au service d'un folk moderne et érudit. Les six premiers morceaux de l'opus, classieux et éthérés, prennent leur envol dans une nouvelle dimension contemplative ; avec ‘Alone Again Or’, ‘A House Is Not A Motel’, ‘Andmoreagain’, ‘The Daily Planet’, ‘Old Man’, ‘The Red Telephone’, le disque a de quoi être surprenant.

La face B de Forever Changes demeure cependant à un niveau en dessous. Elle démarre pourtant par les pas de danse du cuivré et festif ‘Maybe The People Would Be The Times Or Between Clark And Hilldale’, morceau à la classe zénithale. Mais ‘Live And Let Live’ est plus contrasté : un bon couplet, une bonne section middle, mais la fin du premier refrain est faible (le second est en revanche plus intéressant). Le titre suivant, ‘The Good Humor Man He Sees Everything Like This’, est le plus mièvre du disque : si Love invente son style, il n'est pas loin ici de la caricature. J'ai un peu de mal aussi avec le rappé ‘Bummer In The Summer’. Pour terminer l'album, ‘You Set The Scene’ démarre quant à lui avec la précision d'une horloge. La voix nargue les vents, danse sur les cordes. Un titre mirifique, délicat, gracieux, et qui se termine avec une très bonne section de cuivres.

Réussite notable, Forever Changes montre la capacité d'un groupe à développer ses réflexes dylaniens et à puiser son influence dans le folk des Byrds (écoutez la mélodie de ‘You Set the Scene’…) Au carrefour des influences, Love fait véritablement preuve de personnalité et d’application. Ce troisième album est ainsi une nouvelle pierre à l'édifice, une preuve et une facette supplémentaire du talent du groupe.

Note : 5/6