
Objet Sonore Non Identifié (Japon)
Cinquième album des japonais excités de Boredoms, Super æ est un disque fiévreux et haut en couleur, avant-gardiste et jusqu’au-boutiste, électrique et électronique. Les délires sonores et distorsions psychiques sont poussés au maximum, pouvant parfois entraîner sur le web des chroniques enthousiastes et échevelées, à l’image de la musique hallucinée de Boredoms. De mon côté, je me contenterai d’une review un peu plus classique. En tout cas ce qui est sûr, c’est qu’avec Super æ, on semble plus proche de Mitsubishi que de Mozart.
Les délires de Boredoms se manifestent de différentes façons, et le disque prend des tournures parfois très différentes pour les exprimer : sous forme de traitements sonores, de manipulation de bandes, de guitares sulfureuses et hystériques, de percussions mécaniques en transe, de rythmes tribaux, de plages davantage ambiantes… Ce qui est vraiment frappant c’est bien cette diversité de caractères, de paradigmes musicaux, de panoramas instables… cette faculté d’offrir des choses différentes au sein d’un défouloir contrôlé, de se mouvoir de façon polymorphe et inattendue. Déboussolant, le disque masque avec brio son vrai pôle, son cœur profond, son identité réelle.
Chacun des titres des morceaux est une déclinaison du titre de l'album Super æ :
- ‘Super You’, avec ses vrombissements, ses accélérations, son fracas inquiétant, montre la capacité du groupe à froisser et déchirer les sons.
- ‘Super Are’ semble, aux premiers abords, plus apaisant et lumineux, et même plus religieux, parfois plus tribal, avant de se montrer bien plus énervé avec cette section de guitares frénétiques et saturées, appuyées par des percussions écrasantes, et menant à l’émergence progressive d’un capharnaüm sonore pas désagréable. Transition immédiate avec…
- ‘Super Going’, qui me plaît bien, avec ses longues minutes hypnotiques et spatiales, dans lesquelles les deux mêmes accords électriques semblent répétés à l’infini, sur un fond sonore en parfait équilibre, tapissé de sons qui se gondolent. Puis les instruments, piqués au vif, s’échauffent et s’agitent subitement, tentant une échappée qui se prolongera durant les quatre dernières minutes du morceau, qui se présente assurément comme l’un des meilleurs du disque.
- ‘Super Coming’ est comme une chanson interprétée de façon entêtante par des chœurs extra-terrestres goguenards au bord de l’euphorie. Là encore on retrouve cette volonté d’axer un morceau sur la répétition. Stimulant ou abrutissant, à vous de choisir.
- ‘Super Are You’, commence par un rock d’hystérique. Mais les effets sonores reprennent leurs droits ensuite. On se retrouve avec un morceau beaucoup plus mou et flasque, légèrement spatial et quasi-spirituel, animé par des voix fourbues et lasses, comme s’il illustrait la fatigue après le poids de l’effort. Un jeu de contraste, en somme.
- ‘Super Shine’ apparaît comme une séance d’aspirateur, chez soi, au réveil. Une cacophonie réglée s’ensuit, des chœurs sous fond de pseudo klaxons électroniques. Une ode à la modernité ? Les percussions mi-mécaniques, mi-tribales prennent le relais pour une danse étrange au pays du soleil levant.
- ‘Super Good’ est une accalmie pour terminer le disque. On entend le bruit des vagues et leurs mouvements agiles. Une dernière rêverie, avec moins de nervosité…
Note : 4,5/6
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