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jeudi 26 décembre 2013

SOLEFALD In Harmonia Universali (2003)

Solefald - In Harmonia Universali
Métal complexe (Norvège)


Ce qui frappe aux premiers abords dans In Harmonia Universali c’est cette dimension « totale » et complexe, telle une symphonie d’influences, un syncrétisme de styles. Des paroles en quatre langues, une palette de textures, et un métal polymorphe et emphatique jouant de plusieurs tonalités d’ambiances tout en restant homogène… Le quatrième album des Norvégiens de Solefald n’est pas avare en qualité et sophistication ; c’est même plutôt un disque généreux, bien qu’assez long en bouche.

Plutôt applaudi à sa sortie dans le milieu métal, In Harmonia Universali brille par son exigence et son ambition ; il n’est pas très loin de ce que l’on pourrait appeler du métal d’avant-garde. En témoignent ses structures alambiquées et ses mariages de sons : guitare tantôt acoustique, tantôt saturée et acide ; saxophone invité de façon impromptue ; variation des vocaux et des tempos… sans oublier un usage diversifié des claviers (notamment avec ce petit orgue qui fait la marque de fabrique de Solefald).

L’opus s’intègre donc dans cette branche toujours croissante de métal expérimental, repoussant un peu plus ses propres limites. Pourtant, les passages les plus directs ne sont pas en reste, comme dans ‘The Liberation of Destiny’, assez classique mais subtil et maîtrisé, ou encore sur ‘Dionysify this Night of Spring’, morceau de bravoure, tissant un univers complexe à partir d’une introduction mélodique et percutante. L’énergique et heavy ‘Buy my Sperm’ et le « single » sophistiqué ‘Mont Blanc Providence Crow’ complètent quant à eux efficacement le tableau.

Mais je penserais aussi à la mélancolie énigmatique d’un ‘Epictetus & Irreversibility’, un titre que seul Solefald semble capable d’ourdir. L’identité du groupe se décline également sur l’ouverture ‘Nutrisco et Extinguo’, très cohérente, et sur ‘Christiania’, plus théâtral, avec parfois des enchevêtrements de chants intéressants (même si les vocaux surjoués de façon fébrile gâchent un peu l’ensemble). Ces diverses facettes contribuent à dévoiler un monde bouillant, souterrain et sibyllin, aux frontières de l’occulte voire du fantastique. Reste à savoir si certains tics d’écriture et d’interprétation ne vous empêcheront pas de vous y engouffrer.

In Harmonia Universali est un album sombre et énigmatique, personnel et expérimental. Avec toujours le souci du groupe d’être contemporain à sa façon. Il est certes difficile de déceler intuitivement l’esprit avec lequel aborder cet album. Mais si le style n’est pas tout à fait… universel (notamment au niveau des vocaux), force est de constater la richesse d’un disque ambitieux à l’identité atypique très marquée, mettant intelligemment sa rigueur artistique au service de son rayonnement.

Note : 5/6

mardi 24 décembre 2013

SOLEFALD Pills Against The Ageless Ills (2001)

Solefald - Pills Against The Ageless Ills
Métal légèrement atmo, légèrement indus, légèrement progressif… (Norvège)


Le troisième album de Solefald propose un métal assez contemporain, sombre et arty, plein de contrastes tout en restant très homogène. Du black métal progressif instable, en pleine dégénérescence, présentant paradoxalement une rigidité et une urgence parfois proches de celle du punk. Il se rapproche aussi d’une forme de modernité industrielle, dans le son et l’agressivité qui y est mise. À mettre en regard de Rebel Extravaganza de Satyricon et de 666 International de Dødheimsgard, œuvres sorties en 1999 et ayant apporté un souffle indus assez marqué au monde black métal.

Même s’il n’y ressemble pas trop, Pills Against the Ageless Ills est un album conceptuel racontant une histoire (un peu à dormir debout). Mais cela reste assez secondaire ; l’essentiel est vraiment l’univers musical qui se déploie. À mon sens l’opus s’axe pas mal autour de ruptures mais aussi de passages ambiants, étranges et troubles, parsemés dans les morceaux (écoutez par exemple ‘Fuck Talks’). Cette démarche me rappelle curieusement celle de Faith no More et devient un peu la marque de fabrique subconsciente de Pills….

Le groupe se renouvelle, expérimente, tout en gardant une vraie personnalité, exprimée à travers des sons (ce petit orgue par exemple…), des gimmicks mélodiques, des jeux d’opposition (voix claire, voix black). Bref, des signes marquant clairement leur territoire artistique. Mais en termes d’efficacité, il nous gratifie tout de même de quelques titres assez accrocheurs, comme ‘The Death of Father’, ‘Hyperhuman’, mais surtout l’entêtant et tubesque ‘The USA don’t Exist’, qui ne manquera pas de tourner longuement sur votre platine.

Palettes de vocaux, de sons, de registres, d’humeurs… Sans atteindre des sommets, Pills Against the Ageless Ills attire l’attention, et demeure un disque personnel de très bon niveau, qui doit cependant s’apprivoiser. Grâce aux atmosphères distillées et à son style paradoxalement assez précis, Solefald fait du caractère un peu « insondable » de son œuvre un véritable atout.

Note : 4,5/6